Le roi a décidé de bouleverser l’ordre de succession du royaume pour promouvoir son fils âgé de 31 ans.

Coup de tonnerre en Arabie saoudite. En pleine crise avec le Qatar, le royaume bouleverse son ordre de succession. Dans un décret publié mercredi 21 juin à l’aube, le roi Salman a promu son fils, le très ambitieux ministre de la défense Mohammed Ben Salman, 31 ans, au poste de prince héritier, en remplacement du ministre de l’intérieur Mohammed Ben Nayef, 57 ans, qui a été relevé de toutes ses fonctions.

Jusqu’alors vice-prince héritier, Mohammed Ben Salman, surnommé « MBS » dans les milieux diplomatiques, devient également vice-premier ministre, tout en conservant son portefeuille de la défense. Ce spectaculaire remaniement est l’aboutissement logique de la montée en puissance, depuis deux ans, de MBS dans l’appareil d’Etat saoudien.

En plus de ses attributions dans le domaine militaire, qui l’ont conduit à lancer la guerre au Yémen, le jeune trentenaire a la haute main sur les affaires diplomatiques et économiques les plus sensibles. Il est notamment à l’origine d’un vaste plan de réformes, Vision 2030, destiné à rompre la dépendance du pays au pétrole et à desserrer l’emprise des religieux sur la société.

La réorganisation de la succession royale consacre la marginalisation définitive de Mohammed Ben Nayef, dit « MBN », le « monsieur contre-terrorisme » du royaume, qui s’est montré incapable de résister à l’ascension de l’impétueux MBS. Au ministère de l’intérieur, il est remplacé par un jeune prince peu connu, Abdel Aziz Ben Saoud Ben Nayef, lointain parent du prince Nayef, qui a lui même détenu ce portefeuille pendant de nombreuses années.

« Saoudiser l'économie »

ll faut dire que la situation est inquiétante. Le déficit budgétaire saoudien et le taux de chômage atteignent des sommets. Depuis la découverte des puits de pétrole, l'Arabie saoudite a mis sur pied un État providence généreux, mais coûteux. A chaque crise, les autorités n'ont pas lésiné sur la dépense publique pour étouffer dans l'oeuf toute contestation politique et sociale. Dernier exemple ? Le printemps arabe en 2011 : elles avaient prélevé 115 milliards d'euros des caisses de l'Etat afin d'éviter la contagion.

Conséquence : le service public est aussi pléthorique que le secteur privé est atrophié. « L'Arabie saoudite veut faire avec le plan Vision 2030 ce que les autres monarchies du Golfe ont entrepris avant elle » , analyse Laurence Louër, spécialiste des politiques sociales et de l'emploi dans les monarchies du Golfe à Sciences Po Paris.

L'un des enjeux du plan de Mohammed ben Salmane réside dans la « saoudisation » de l'économie. Car, dans le royaume, les postes peu qualifiés du secteur privé sont encore majoritairement occupés par des étrangers. Le taux d'emploi des femmes est en outre dramatiquement faible (18% contre 65% chez les hommes). « Le secteur privé est celui qui a la plus grande capacité à se développer, même s'il est lui-même extrêmement dépendant de la commande publique » , souligne Laurence Louër.

Cette perspective suscite toutefois l'inquiétude des Saoudiens, habitués aux salaires élevés du public, mais aussi du patronat. « Le discours des autorités est très pro-travailleurs, voire populiste » , poursuit Laurence Louër. « Elles martèlent qu'après avoir beaucoup reçu, le patronat doit faire un effort et recruter des Saoudiens. »

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