La bataille d’Alep touche à sa fin après 4 ans de conflit. L’armée syrienne progresse dans les toutes dernières poches de résistances des quartiers Est de la ville qui pourraient être reprises dans les heures qui viennent. Un épilogue qui provoque un tollé général dans les médias français. Florilège. La ville, qui devait être la capitale des espoirs de cette « révolution syrienne » pro-occidentale, devient ainsi le cimetière des ambitions impérialistes dans la région.

La reconquête d’Alep redonne espoir au peuple syrien qui aperçoit enfin le bout du tunnel après 6 années sanglantes.

Près de 6.000 civils, dont 2.200 d'enfants, ont quitté les derniers quartiers d'Alep tenus par des combattants, au cours des dernières 24 heures.
Dans le même temps, 366 combattants ont déposé leurs armes et ont quitté la ville, rapporte le Centre russe pour la réconciliation des parties en conflit en Syrie. 

LES OCCIDENTAUX MÉCONTENTS

Si 98 % de la ville est à présent aux mains de l'armée syrienne, les médias semblent, contrairement à de nombreux « combattants rebelles », ne pas déposer les armes. En effet, depuis ce matin, les médias français mainstream se livrent à une surenchère de titres tous plus alarmistes les uns que les autres, comme par exemple Courrier International : « Syrie. À Alep, les civils attendent la mort », ou Libération : « Bataille d'Alep: "C'est le jour du jugement dernier"»

«Alep, une fin dans le sang et les flammes » pour France Inter, quant à Le Monde : « Alep, en passe de tomber aux mains du régime de Bachar Al-Assad » (rappelons qu'un million et demi de civils vivent actuellement à Alep en zone gouvernementale). D'autres médias titrent sur le spectre des massacres et autres « atrocités contre les civils », tel que RFI ou L'Express. La palme revient néanmoins à l'Obs, qui semble affectionner les comparaisons historiques, via Rue89, «Alep: "C'est Srebrenica qui parle. Impuissance" », quelques heures plus tard, autre article autre titre, « ALEP. Comme à Grozny, la stratégie russe est simple: c'est la destruction totale».

Christian Harbulot, Directeur de l'École de Guerre Économique (EGE), voit dans la couverture médiatique de la libération d'Alep, une sorte de « danse de Saint-Guy » des journalistes français:

«Nous assistons hélas à un concert de protestations qui relèvent plus de l'intention d'influencer l'opinion publique que le devoir d'informer l'opinion publique française.»

Aujourd’hui, les langues se délient et beaucoup reconnaissent dans la chute d’Alep la défaite de la stratégie américaine en Syrie, et les critiques commencent à fuser concernant le soutien US aux forces tafkiries qui ont mis le pays à feu et à sang.

Ainsi, un expert américain avouait récemment, sous couvert de l’anonymat, à l’agence de presse Reuters : «Qui a gagné ? Poutine, les Iraniens et Assad. Qui a perdu ? Nous et spécialement la Jordanie [où la CIA a formé et armé des rebelles modérés comme l’explique Reuters], les Saoudiens et certains états du Golfe persique».

Le peuple syrien résiste et construit 

Après avoir remporté la bataille d’Alep, le gouvernement populaire syrien se prépare maintenant à libérer les autres régions de la Syrie encore détenues par les tafkiris à la solde de l’étranger. Il est probable que dans la foulée d’Alep, la reprise de l’ensemble du territoire syrien sera effective d’ici quelques mois.

Cette pseudo-révolution, téléguidée de l’étranger, apparait désormais pour ce qu’elle est : une tentative de changement de régime orchestrée par les forces américano-sionistes, et menée par des mercenaires wahhabites sponsorisés par les pétromonarchies du Golfe persique.

La bataille d’Alep se termine et la Syrie va probablement remporter la guerre contre les tafkiris soutenus par l’étranger, ce qui va obliger Washington à réajuster sa stratégie régionale.

La coopération avec la Russie en vue d’une solution politique semble inéluctable, alors que le prérequis du départ du président Al-Assad n’est plus à l’ordre du jour. D’autant plus que cela concorde avec les propos du nouveau président américain Donald Trump qui a exprimé à plusieurs reprises son intention de coopérer avec la Russie et Bachar el-Assad pour défaire Daesh.

Israël voit quant à elle s’éloigner ses rêves de dépeçage de la Syrie, selon la stratégie du plan Oded Yinon, qui proposait un morcellement de toutes les nations arabes voisines en micro-états pour sécuriser l’état terroriste israélien. Sans compter que ce conflit, au lieu d’éparpiller et d’affaiblir la résistance libanaise, comme l’escomptait l’entité sioniste, a vu le Hezbollah s’aguerrir et se renforcer considérablement, le plaçant désormais comme une force militaire et politique d’envergure régionale avec laquelle il faudra compter à l’avenir.

BREF

À la « pluie d'obus », les médias semblent vouloir répondre par une pluie de rumeurs et de bruits alarmistes propres à émouvoir le chaland et à bloquer toute réflexion, tout recul sur le sujet. Un alarmisme, une réaction épidermique d'une presse appelant à l'action militaire, qui rappelle Timisoara en Roumanie, où les crimes de guerre présumés des Serbes au Kosovo (alors que les crimes, avérés, de l'UÇK étaient passés sous silence). Dernier exemple en date, dans la Lybie de Kadhafi, avec Benghazi, qui fut d'ailleurs, comme Alep, comparée à Srebrenica.
Que dire en effet des accusations répétées dans les médias à l'encontre des autorités syriennes, mais également russes, dans le conflit en Syrie ? Un article de France Info, sobrement intitulé, «Syrie: la Russie et le régime de Bachar Al-Assad mènent "une guerre d'extermination"», pourrait l'illustrer. Lorsque mi-octobre, interviewé, Nicolas Tenzer, professeur à Sciences-Po, expliquait «Concrètement, chaque seconde, chaque minute, chaque mois qui passe, ce sont des milliers, voire des centaines de milliers de morts.» pour lui, la « seule solution » était d'intervenir afin non pas d'armer les rebelles mais d'empêcher les avions russes de porter assistance aux troupes syriennes «C'est d'empêcher qu'ils puissent décoller et, donc, prendre le risque d'une confrontation avec la Russie».

Pour Christian Harbulot, là où les médias « perdent la face », c'est lorsqu'ils condamnent les syriens, voire les russes, en omettant totalement les exactions commises pas la partie adverse. Une attitude d'autant plus incompréhensible et impardonnable lorsqu'on connaît les liens entre les djihadistes qui déchirent aujourd'hui le pays et les attentats commis en Europe ces deux dernières années. « Là je suis désolé, mais il y a deux poids — deux mesures, les médias français n'ont aucune leçon d'humanisme à donner à personne à partir du moment où ils s'avèrent totalement incapables de dénoncer comme il se doit la barbarie, que ce soit celle de l'État Islamique ou des groupes du type Al-Qaïda ou affiliés [Front Fatah al Cham, ex Front al Nosra, ndlr]. Il y a là quelque chose de profondément choquant, de profondément injuste et on est plus dans des luttes d'influences que dans de l'information digne de ce nom. » D'autant plus que si un hiatus existe entre les informations relayées et la réalité des faits, ces derniers sont têtus : Ces derniers jours des milliers de personnes ont été évacuées d'Alep Est. Hier déjà, le Centre russe pour la réconciliation annonçait qu'en 24 heures « 13 346 civils, dont 5 831 enfants, ont été évacués des quartiers qui restent toujours sous contrôle des combattants. » Des individus qui sont partis à Alep-Ouest en grande majorité. On est bien loin de l'image des civils fuyant les chars du régime, refusant de tomber dans le « piège » des couloirs humanitaires et préférant mourir plutôt que de tomber sous la coupe de Bachar que nous décrivent certains confrères.

Quelques heures avant la fin des combats, c'est déjà la fin des bombardements, pour tous les habitants d'Alep, après 4 ans de conflit: alors pourquoi une telle posture des journalistes français? Une posture ou une imposture?