Le site archéologique de Persépolis, les mosquées d’Ispahan, les jardins de Chiraz, les tours du vent de Yazd et le grouillement de Téhéran : la richesse de l’Iran semble infinie. Y aller pour la première fois n’est pas anodin. C’est l’un de ces voyages qui vous conduisent à la rencontre d’une civilisation. Mais si la République islamique s’ouvre aux touristes, elle reste une théocratie sanglante, où la peine de mort est pratiquée massivement. Il faut donc régler une question essentielle avant de partir : craindre de cautionner ou parier sur l’ouverture d’un pays longtemps fermé.

Au fil des villes, de places en mosquées, entre religieux et femmes voilées, les Iraniens de la rue dégagent une impression de jeunesse très marquante. Mais le pays produit aussi un sentiment plus mélangé, qui interroge l’avenir. En treize jours, il fallait tenter de saisir cette singularité, faite à la fois de l’islam chiite, d’une tradition préislamique qui n’a pas disparu de « l’âme » iranienne, et finalement d’une forme de fierté nationale, qu’on ressent autant dans les ruines de Persépolis que face aux images officielles et aux drapeaux qui saturent l’espace.

Les tours du vent à Yazd, les mausolées de Chiraz, les vestiges émouvants de Persépolis…, alors que le pays s’ouvre au tourisme, ces villes aux noms mythiques racontent la grandeur passée de l’Empire perse.

Pour ce premier voyage en Iran, nous décidons de faire une boucle, depuis Téhéran, en visitant successivement Yazd, Chiraz, Persépolis, Ispahan, Kashan et finalement la capitale. Soit 1 400 km en voiture pendant treize jours. On rejoint Yazd par l’autoroute : 600 km de paysages désertiques, dans des plaines écrasées de soleil, sans l’ombre d’un village entre Qom, Kashan et Nain, où nous déjeunons.

Pejman, le chauffeur, a apporté des gojé sabz, ces prunes vertes de la famille des reines-claudes, croquantes et un peu acides, que les Iraniens dégustent avec du sel. Elles viennent du jardin de son père, à Téhéran.

« Merci. » Pejman ne parle pas un mot de français, et mal l’anglais, mais il est un compagnon de voyage enthousiaste, qui connaît les meilleures adresses et les moindres détails du paysage. Comme il est difficile de voyager en Iran sans accompagnateur (on serait vite perdu, notamment à cause de la langue), le choix du chauffeur et des guides est très important, qu’on soit en famille ou en groupe.

Yazd est une ville minérale, sèche et… chaude, une oasis dans le désert : en cette fin mai, tout s’arrête entre 14 et 18 heures, quand la température dépasse 40 degrés. On découvre Yazd par le zoroastrisme, qui fut la religion officielle de l’Empire perse avant l’arrivée de l’islam au VIIe siècle et qui s’incarne de façon spectaculaire dans les tours du silence, deux monticules qui servaient aux rites funéraires, aux portes de la ville.

Autre lieu symbolique, le temple du feu – l’Ateshkadeh – abrite un foyer dont la flamme ne s’éteint jamais. Car le zoroastrisme, dont le fondateur est le Zarathoustra qui a inspiré Nietzsche, est une religion vivante, et tolérée en Iran, notamment à Yazd, où plusieurs milliers d’habitants la pratiquent encore. Les zoroastriens, qu’en bon français et à l’imitation de Victor Hugo nous devrions appeler les guèbres, sont 200 000 dans le monde, notamment en Inde (les parsis) et au Kurdistan.

Culturisme chevaleresque et confiserie centenaire

Yazd vaut aussi pour ses vieilles rues aux murs en pisé (au couchant, il faut monter sur les toits de l’Art House, pour admirer les tours du vent), sa grande mosquée (Jâme’) construite au XIVe siècle, ou encore l’admirable jardin Dowlat-âbâd. Enfin, au cœur de la ville, la place Amir Chakhmâgh est flanquée de deux trésors. Une confiserie centenaire, à l’enseigne Haj Khalifeh Ali Rahbar & Shoraka, fait l’angle avec l’avenue. L’ambiance est inénarrable. On voudrait y rester des heures. Il faut en rapporter, dans une boîte en fer imprimée, des pâtisseries au miel, aux amandes ou aux pistaches.

Du même côté, en s’enfonçant dans une ruelle, on découvre la zurkhaneh Saheb A Zaman, située dans un ancien réservoir d’eau du XVIe siècle. Ici se pratique le sport traditionnel iranien, le varzesh-e pahlavani, sorte de culturisme chevaleresque. Les altères ont la forme d’énormes masses en bois. On peut assister à une séance d’entraînement, en fin de journée. Les athlètes (les pahlavan) suent dans une fosse, tandis que le morshed joue du tambour, pour donner le rythme. Le spectacle est déroutant, entre théâtre nô, cours de zumba et lutte gréco-romaine.

A deux heures de Yazd en direction de Chiraz, la petite ville d’Abarkuh mérite une halte. Le plus vieux cyprès du monde, dont on ne sait s’il a 4 000 ou 8 000 ans, se « visite » comme un monument. Il faut dire que les représentations de cupressus sempervirens hantent toute l’iconographie iranienne, des mosaïques aux tapis, des miniatures aux étoffes. Autre splendeur, l’imposant yakhchal de terre crue, un cône semi-enterré qui servait à conserver la glace apportée des montagnes. On y pénètre quand le soleil est au zénith, pour admirer le rai de lumière qui perce l’obscurité froide et produit une clarté unique.

Les tours du silence étaient au cœur des rites funéraires des zoroastriens.

 Le temple du feu des zoroastriens (« Ateshkadeh ») a été construit en 1934.

Les tours du vent (« badgir ») servent à ventiler les maisons en pisé de la vieille ville.

Le sport traditionnel iranien, Varzesh-e Pahlavani, se pratique dans une Zurkhaneh. Au mur, des photos d’avant la révolution islamique célèbrent les athlètes (« pahlavan ») qui ont fait la gloire du club. Mais les torses et les bras nus sont proscrits depuis 37 ans.

La zurkhaneh Saheb A Zaman est située dans un ancien réservoir d’eau construit en 1580, dans une ruelle qui part de la place Amir Chakhmaq. Les athlètes sont dans la fosse, tandis que le morshed joue du tambour, pour donner le rythme aux exercices de souplesse, en début de séance.

Le jardin de Dowlat Abad couvre 8 hectares. Créé en 1 160, il est typique du jardin persan, très structuré, avec ses canaux, ses bassins, son pavillon et son mur d’enceinte.

Dans le jardin de Dowlat Abad, la plus haute tour du vent de Perse. Lors des grandes chaleurs, on ressent très bien la fraîcheur qu’elle produit dans le pavillon hexagonal.

Première vision de Chiraz en arrivant, un mât colossal au sommet duquel claque lourdement un drapeau iranien long comme trois voiles de bateau. Chiraz ne se visite pas sans passages obligés, des chefs-d’œuvre qu’il faut absolument avoir vus avant le reste : les mausolées des poètes Hafez et Saadi (si possible avec la traduction du Jardin de roses par Omar Ali-Shah, chez Albin Michel) ; la mosquée Nasir-ol-Molk et ses vitraux multicolores ; le jardin d’Eram, joyau du jardin persan ; et enfin le mausolée de Shah Cheragh, avec ses mosaïques en miroir et sa coupole turquoise.

La douceur du jardin de Fin

Même chose, plus tard, à Ispahan : impossible de faire l’impasse sur la place Naghsh-e Jahan et ses alentours (classée au patrimoine mondial de l’Unesco), le quartier arménien, le palais des 40 colonnes, la mosquée, et enfin, la nuit, sur la fraîcheur des ponts qui enjambent la rivière. Avant de rentrer à Téhéran, on s’arrête à Kashan pour la douceur du jardin de Fin et la beauté de la maison des Tabatabaei, de riches marchands de tapis du XIXe siècle.

La piscine abandonnée du Homa, un des meilleurs hôtels de Chiraz. Comme beaucoup d’équipements touristiques, le Homa est un peu défraîchi.

Le portique en bois, les minarets et la coupole turquoise de la mosquée Shah Cheragh. Les pèlerins iraniens viennent au mausolée qui abrite les reliques du frère de l’Imam Reza, le huitième imam chiite duodécimain.

Plusieurs fois détruite par des tremblements de terre, la coupole de la mosquée Shah Cheragh, à Chiraz a été restaurée dans les années 1950 et soutenue par une coque d’acier.

La mosquée Nasir-ol-Molk, comme nombre de sites remarquables, n’a pas de site internet. Mais Instagram est autorisé en Iran (contrairement à Facebook), et des particuliers ouvrent des comptes utiles, comme celui-ci : « Hi’ I’m Hamid. I live with my wife and son in mosque. I work here as an employee of the Tourist Office. I take photo of nasir al mulk mosque everyday. »

La cour intérieure et le bassin de la mosquée Nasir-ol-Molk, typique du style Qadjar. Construite à la fin du XIXe siècle, la mosquée est aussi célèbre pour ses vitraux.

Au nord-est de Chiraz, le jardin persan du mausolée de Hafez. Grand poète persan du XIVe siècle, Hafez est célèbre pour ses poèmes d’amour pétris de soufisme.

Ce n’est pourtant pas dans une de ces villes, mais aux confins d’une plaine agricole bornée par la montagne Kuh-e Rahmat, à 70 km de Chiraz, au milieu de nulle part, qu’on aura le plus grand choc de ce voyage : Persépolis. On a beau s’y être préparé, la visite des vestiges de la capitale de l’Empire perse achéménide, fondée par Darius Ier en 521 av. J.-C., se fait avec le cœur qui bat la chamade.

Sous un soleil cruel, le gigantisme des palais en ruine n’écrase pas, au contraire. A Persépolis, la grandeur habite les moindres détails, les traits les plus fins d’un visage sculpté sur un escalier de l’Apadana. Au-delà de l’émotion, profonde, il faut s’organiser : y aller dès l’ouverture, ne pas compter son temps, prendre de l’eau et ouvrir grand les yeux. Une journée entière ne sera pas de trop. En quittant ces vestiges, depuis la terrasse qui domine l’horizon, on aperçoit – fragiles comme des esquisses – les tubes d’aluminium des tentes plantées sur un terre-plein désertique et qui servirent de chambres aux invités du Chah en 1971, pour la célébration du 2 500e anniversaire de la fondation de l’Empire perse. Grandeur et décadence, les pins ont poussé depuis.

Persépolis était la capitale de l’empire perse achéménide. Le site est à 70 km au nord-est de Chiraz, dans la province de Fars. Des 72 colonnes de l’Apadana, le palais construit par Darius le Grand à partir de 515 av. J.-C. (vu ici depuis l’escalier nord), 13 sont encore debout. Hautes de 20 m, elles portaient une salle d’audience royale qui pouvait accueillir 10 000 personnes à la fois.

L’escalier sud du Tachara, un petit palais construit par Darius le Grand situé au sud de l’Apadana. Le relief représente deux groupes de neuf gardes. Ce sont des Perses, reconnaissables à leur vêtement : une longue tunique et une tiare cannelée.

Vue du sud, la Porte de tous les Peuples (ou Porte des nations) et le rocher en forme de bassin dans la cour nord de l’Apadana.

Au sud-ouest de la terrasse, dans une zone interdite d’accès, on distingue les tubes d’aluminium des tentes qui servirent de chambres aux invités du Chah en octobre 1971 pour la célébration du 2 500e anniversaire de la fondation de l’empire perse. Une forêt de pins a poussé depuis.

Les taureaux ailés androcéphales du portique est de la Porte de tous les Peuples, construite par Xerxès.

Sur la face sud de l’escalier est de l’Apadana, deux membres de la délégation assyrienne apportent des béliers en guise de cadeaux de Nowrouz pour Xerxès.

Le site archéologique de Naqsh-e Rustam se trouve à 5 km au nord-ouest de Persépolis. Quatre tombes royales de la dynastie achéménide (550-330 av. J.-C.) en forme de croix sont creusées dans la falaise. L’une d’elle est celle de Darius Ier. Ici, au centre, la tombe d’Artaxerxès Ier ; en bas à un bas-relief sassanide représente le triomphe de Shapur Ier sur l’empereur romain Valérien.

Dans la capitale iranienne, débordante de vie et grouillante de jeunesse, se mêlent étonnamment la nostalgie du chah et le culte de l’ayatollah Khomeiny.

Première impression ? Intimidante. Téhéran ne se laissera pas découvrir en quarante-huit heures. Nous logeons au centre de la ville, à l’hôtel Laleh International. L’ancien Intercontinental, construit à l’époque du chah par le groupe américain dans le parc du même nom, n’est plus ce qu’il était. Défraîchi, le Laleh l’est plus que de raison, mais depuis les chambres des étages supérieurs, la vue majestueuse sur les monts de l’Elbourz d’un côté et sur le sud de la capitale de l’autre sauve la mise. Sous nos yeux, 15 millions d’habitants : on comprend de là-haut à quel point Téhéran est immense.

Dans la rue, la capitale iranienne est grouillante de jeunesse, encombrée d’embouteillages et bruyante jusqu’à tard le soir. En bref, Téhéran déborde de vie, notamment devant le Grand Bazar, où il faut se perdre deux ou trois heures. Oublié, les cartes postales des villes du Sud. A Téhéran, le tchador est minoritaire, mais on croise fréquemment des jeunes femmes très peu voilées, maquillées et affublées d’un petit bandage sur le nez. Le surgissement de la chirurgie esthétique à la mode californienne dans une République islamique réputée prude a de quoi surprendre. Pourtant, cette tension entre modernité et conservatisme illustre bien les rapports ambigus entre l’histoire récente et la réalité iranienne.

Hasard de notre voyage, nous arrivons à Téhéran un 3 juin, date du pèlerinage annuel à Behesht-e Zahra, qui célèbre l’anniversaire de la mort, le 3 juin 1989, de l’ayatollah Khomeyni. Le jour est férié ; la ville, morte. En arrivant par l’autoroute, depuis Qom, on a été frappé par les mâts de 10 mètres portant des drapeaux noirs et par les religieux qui marchaient sur le bas-côté de l’autoroute en direction du mausolée de Khomeyni.

Des diamants en vrac

C’est ce jour que nous choisissons pour visiter le Musée des joyaux nationaux d’Iran, où sont exposés les bijoux les plus ostentatoires des deux dernières dynasties de chahs d’Iran, les Kadjar et les Pahlavi. Reliques monarchiques d’un côté ; culte de la personnalité du fondateur de la République islamique de l’autre : de quoi donner une bonne idée de la schizophrénie iranienne. Le souvenir de l’ayatollah se mêle à celui de son meilleur ennemi au moment de découvrir la couronne impériale de Mohammad Reza Pahlavi. Elle est conservée dans le sous-sol blindé de la Banque centrale, avenue Ferdowsi, car la valeur de ces bijoux est telle qu’ils servent de réserve à la monnaie iranienne.Nous avons dû abandonner sacs et portables pour accéder à cette grande salle de 1 000 mètres carrés. A-t-on jamais vu autant de diamants réunis, simplement exposés en vrac dans une vitrine ou incrustés dans des chefs-d’œuvre d’orfèvrerie comme le Globe des joyaux, un globe terrestre du XIXe siècle couvert de pierres précieuses, ou la couronne créée par la maison Van Cleef & Arpels pour le couronnement de l’impératrice en 1967 ? Attention, le musée n’est ouvert que du samedi au mardi, et seulement de 14 heures à 16 heures.

Juste à côté de l’hôtel Laleh, deux musées témoignent eux aussi de cette hésitation du régime, entre censure et histoire. De façon caricaturale pour le Musée d’art contemporain de Téhéran, où seul un mobile d’Alexander Calder témoigne de l’exceptionnelle collection d’art moderne et contemporain constituée dans les années 1970. Les autres œuvres – des Warhol, des Picasso, des Bacon… –, jugées trop occidentales par les mollahs, sont conservées dans des réserves depuis la Révolution. Les salles sont utilisées pour des expositions didactiques.

A l’inverse, le caractère moins politique de l’art du tapis, si important en Iran, a permis au Musée du tapis de rester à la hauteur de sa réputation, fascinant ! Les tapis sont exposés sur les murs, comme des tableaux. Malheureusement, les cartels ne sont pas très précis, et parfois absents. Comment savoir pourquoi Louis XIV et Napoléon Bonaparte se sont retrouvés sur ce tapis du XIXe siècle ? Ce roi est-il Nasseredin Chah, comme semble l’indiquer sa moustache ?

Grandes poteries peintes des collections préislamiques du Musée national d’Iran, le musée archéologique de Téhéran, construit en 1937 par l’architecte français André Godard.

Dans une cour du Palais du Golestan, à Téhéran, d’immenses toiles imprimées cachent le talār (trône) du Palais de Marbre et sa salle aux miroirs.

Détail d’un relief polychrome au Palais du Golestan.

Un des bassins et le jardin du Palais du Golestan, vus depuis le Palais du Soleil (Shams-ol Emareh).

Au musée du Tapis de Téhéran, ce roi Kadjar – probablement Nasseredin Shah – semble toiser le visiteur avec sa moustache.

Le musée d’Art Contemporain de Téhéran, inauguré en 1977, peu de temps avant la chute du Chah possède sans doute la plus grande collection d’œuvres modernes et contemporaines occidentales en dehors de l’occident. Mais elles sont gardées dans des réserves et ne sont plus visibles depuis la Révolution de 1979.

Dans l’entrée du musée d’Art Contemporain de Téhéran, un mobile d’Alexander Calder, seule œuvre visible de la collection d’art moderne et contemporain, cohabite avec un portrait de Khomeiny. Les autres salles sont consacrées à des expositions temporaires sans intérêt.

Rolls-Royce, piscines et cours de tennis

Téhéran se distingue des autres villes d’Iran par l’abondance des lieux de pouvoir, qui ramènent forcément au passé monarchique du pays. On visite le Golestan, un ensemble palatial inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, notamment pour son jardin, la richesse de ses céramiques et le talar du palais de Marbre. C’est de là que gouvernaient les rois Kadjar, au XIXe siècle. Mais surtout il faut garder un long après-midi pour le palais de Sa’dabad.

L’ancienne résidence de la famille Pahlavi, dans le nord de Téhéran, abrite plusieurs musées et palais sur le même site. La collection de Rolls-Royce de la famille impériale, des piscines et des cours de tennis abandonnés, les meubles un peu nouveaux riches de Jansen au palais Blanc : beaucoup de choses sont restées telles qu’en 1979. L’ouverture de ces vestiges aux touristes a évidemment pour but de stigmatiser le luxe et l’ambiance de plaisir dans lesquels vivaient le chah et ses proches. Mais les yeux des visiteurs iraniens sont écarquillés, et le tourisme nostalgique bat son plein.

La veille du départ, à la terrasse d’un café, devant une bière vraiment sans alcool de la marque Holsten – très populaire chez les Iraniens –, on se dit que le paradoxe de ce pays est peut-être bien contenu dans cette modeste cannette. Ce que la République islamique interdit garde une grande place en Iran, à l’état de traces ou de souvenirs.

 Image inattendue et rare du dernier Chah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi, destitué en 1979. Ce buste en biscuit se trouve dans le Palais blanc, sa résidence privée, un des édifices du parc du palais de Sa’dabad, à Téhéran.

Magnifiques Pinus eldarica, dans le parc du Palais de Sa’dabad, l’ancienne résidence de la famille impériale, au nord de Téhéran.

Plusieurs musées cohabitent à l’intérieur du site du palais de Sa’dabad. Ici, au Musée des voitures royales, une photo du jeune prince Reza Pahlavi, fils aîné du dernier chah d’Iran, en pantalon pattes d’éléphant dans les années 70 sur une Honda tout terrain, conservée par le musée.

Etre touriste au pays des Guides

Téhéran se distingue des autres villes d’Iran par l’abondance des lieux de pouvoir, qui ramènent forcément au passé monarchique du pays. On visite le Golestan, un ensemble palatial inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, notamment pour son jardin, la richesse de ses céramiques et le talar du palais de Marbre. C’est de là que gouvernaient les rois Kadjar, au XIXe siècle. Mais surtout il faut garder un long après-midi pour le palais de Sa’dabad.

L’ancienne résidence de la famille Pahlavi, dans le nord de Téhéran, abrite plusieurs musées et palais sur le même site. La collection de Rolls-Royce de la famille impériale, des piscines et des cours de tennis abandonnés, les meubles un peu nouveaux riches de Jansen au palais Blanc : beaucoup de choses sont restées telles qu’en 1979. L’ouverture de ces vestiges aux touristes a évidemment pour but de stigmatiser le luxe et l’ambiance de plaisir dans lesquels vivaient le chah et ses proches. Mais les yeux des visiteurs iraniens sont écarquillés, et le tourisme nostalgique bat son plein.

La veille du départ, à la terrasse d’un café, devant une bière vraiment sans alcool de la marque Holsten – très populaire chez les Iraniens –, on se dit que le paradoxe de ce pays est peut-être bien contenu dans cette modeste cannette. Ce que la République islamique interdit garde une grande place en Iran, à l’état de traces ou de souvenirs.