Pour Amnesty International, les preuves sont « accablantes » : dans un récent rapport, l’organisation internationale de défense des droits de l’homme dénonce en effet un « crime contre l’humanité » perpétré par l'armée birmane au Myanmar. Plus de 530 000 Rohingyas ont été déportés au Bangladesh, fuyant le nord de l'État d'Arakan dans lequel les forces de sécurité mènent une campagne de répression ciblée, se livrant à « des meurtres, des viols et des incendies généralisés et systématiques. »

« Les preuves sont irréfutables. Les forces de sécurité mettent [le territoire] à feu et à sang dans le cadre d’une campagne ciblée visant à faire partir les Rohingya de Birmanie, rapportait Tirana Hassan, la coordinatrice du rapport, dans un communiqué publié en septembre.  Il s’agit bien de nettoyage ethnique. Sur le plan juridique, ce sont des crimes contre l’humanité. »

Amnesty International dénonce aujourd'hui « une campagne de répression systématique, planifiée et impitoyable contre la population des Rohingyas ».

Musulmans minoritaires dans un pays à grande majorité bouddhiste, les Rohingyas sont apatrides de fait : ils ne sont pas considérés par le régime birman comme faisant partie des ethnies officiellement reconnues par Naypyidaw, et sont traités comme des citoyens de seconde zone, n'ayant pas les mêmes droits que les autres communautés. Dans le Bangladesh voisin, pays à majorité musulmane, ils ne sont pas non plus les bienvenus, puisque considérés comme des étrangers, malgré leurs similitudes culturelles.

Depuis 1962 et l'arrivée au pouvoir de la dictature, les Rohingyas ont subi un nettoyage ethnique systématique de la part des bouddhistes birmans. Tous leurs droits politiques, économiques et sociaux leur ont été retirés : ils n'ont par exemple pas le droit de voter, de faire des études, de tenir un magasin, ni d'avoir accès aux soins. Ils n'ont pas non plus le droit de se marier et d'avoir plus d'un enfant, selon une logique qui vise à entraver leur fertilité soi-disant « animale » (et donc mener à terme à une épuration ethnique).

Persécutés depuis longtemps en raison de leur religion et de leur origine ethnique différente, les Rohingyas ont longtemps subi les entraves à leurs droits sans mot dire.

Cependant, cet événement a donné à l'armée birmane le prétexte qu'elle attendait pour se livrer à un véritable génocide des Rohingyas. En guise de représailles, les soldats ont pu se livrer à toutes sortes d'exactions, s'attaquant aux civils, aux femmes, aux enfants, sans distinction aucune, rapporte Amnesty International.

L'organisation dénonce une série de crimes contre l'humanité perpétrés par l'état birman, et en appelle à une réaction urgente de la communauté internationale.

Aujourd'hui, le monde est en train d'assister à un véritable exode des Rohingyas : 600 000 d'entre eux ont déjà quitté le Myanmar, soit plus de la moitié de la population totale.

Tassés dans des camps de réfugiés au Bangladesh, ils  n'ont désormais plus nulle part où aller : la possibilité de leur retour en Birmanie semble bien improbable, et ils ne sont pas pour autant chez eux dans ce pays voisin.

Villages brûlés, femmes violées, populations décimées de manière systématique

Dans son rapport, publié ce mercredi 18 octobre, Amnesty International relate les témoignages horrifiants de civils Rohingyas victimes des exactions des forces de l'ordre birmanes. Plusieurs unités de l'armée et de la police ont pu être reconnues grâce à leurs insignes. À chaque fois, des miliciens bouddhistes les accompagnaient lors des attaques.

Dans le village de Tula Toli, les hommes et adolescents ont été emmenés sur la berge de la rivière et exécutés les uns après les autres. Les femmes et les jeunes enfants ont ensuite été ramenés vers les maisons où ils ont été torturés, et les femmes violées.

Une femme,  S. K, âgée d'une trentaine d'années, a déclaré à Amnesty qu'après avoir assisté aux exécutions, elle a été emmenée, avec beaucoup d'autres femmes et jeunes enfants, jusqu'à un fossé, où elles ont dû rester debout, avec de l'eau jusqu'aux genoux :

« Ils ont emmené les femmes par groupes dans différentes maisons... Nous étions cinq [femmes], emmenées par quatre soldats [en uniforme de l'armée]. Ils ont pris notre argent, nos biens et nous ont frappées à coups de baguette en bois. Mes enfants étaient avec moi. Ils les ont également frappés. Shafi, mon fils de deux ans, a reçu un violent coup de baguette. Un coup, et il est mort... Trois de mes enfants ont été tués. Mohamed Osman (10 ans) [et] Mohamed Saddiq (cinq ans). D'autres femmes [dans la maison] avaient aussi des enfants [avec elles] qui ont été tués. »

Elle poursuit :

« Toutes les femmes ont été déshabillées... Ils avaient des baguettes de bois vraiment dures. Ils nous ont asséné des coups sur la tête, pour nous affaiblir. Puis des coups [dans le vagin] avec leurs baguettes en bois. Et nous ont violées. Un soldat différent pour chacune. »

Au début du mois, un programme d'opérations satellitaires aurait identifié plus de 20 km2 détruits par le feu dans les municipalités de Maungdaw et Buthidaung, signale encore Amnesty.

L'image ci-dessus, prise par satellite, montre le village de Inn Din, situé dans le district de Maungdaw. On voit très nettement la différence de couleur entre les bâtiments préservés et les bâtiments incendiés.

De nombreuses images similaires montrent des villages méthodiquement incendiés, apportant des preuves irréfutables qui viennent confirmer les témoignages.

Fini le temps de l'indignation : il faut agir

La communauté internationale ne peut plus ignorer les violences méthodiques dont sont victimes les Rohingyas en Birmanie. Pour Amnesty International, « Il est temps de dépasser le stade de l'indignation et de passer à l'action pour mettre fin à la campagne de répression qui a conduit plus de la moitié de la population des Rohingyas à quitter le Myanmar. »

L'organisation internationale de défense des droits de l’homme exhorte les états à condamner explicitement l'État Birman, et à mettre désormais en œuvre des moyens d'action concrets, en appliquant des sanctions ciblées sur les responsables, en imposant des embargos sur les armes ou encore en interrompant toute forme de coopération.

Afin d'interpeller les pouvoirs publics, Amnesty International a lancé une pétition, qui a déjà recueilli quelque 76 000 soutiens à l'heure de l'écriture de cet article.