Après la destitution parlementaire de Dilma Rousseff au Brésil et l’arrivée de Mauricio Macri à la Casa Rosada en Argentine, les États-Unis tentent désespérément d’augmenter leur présence militaire en Amérique latine, et en particulier dans le Cône Sud. Le Pérou, l’un des pays de l’Alliance du Pacifique, est la dernière victime des incursions impériales de Washington. Le gouvernement régional d’Amazonas (Pérou) a approuvé à la fin de 2016 l’installation d’une nouvelle base militaire américaine qui, dans l’opinion publique, est présentée comme un centre de secours en cas de catastrophes naturelles.

Juste quelques jours avant de quitter la Maison Blanche, Barack Obama a décidé de ne pas manquer l’occasion de renforcer le déploiement des forces américaines en Amérique du Sud.

Il se trouve que le gouvernement régional d’Amazonas, au Pérou, le commandement US du Southern Command  et l’entreprise Partenon Contractors EIRL viennent de signer le projet d’installation d’une nouvelle base militaire, camouflée sous le nom de Centre d’opérations régionales d’urgence (COER) d’Amazonas. Les travaux d’un montant un peu supérieur à $1 350 000 commenceront le 29 décembre 2016 et sont prévus pour durer environ 540 jours.

Selon les informations fournies par le gouvernement péruvien, la base militaire américaine aura un héliport de 625 mètres carrés, un bâtiment de deux étages, le premier sera un entrepôt d’aide humanitaire de 1 000 mètres carrés, et le seconde abritera les modules opérationnels – logistique, communication, surveillance et d’analyse, etc. – du COER. S’y ajoutent une salle de réunion, une salle de presse, des chambres et un parking de 800 mètres carrés.

Il ne fait aucun doute que cet interventionnisme est déguisé en aide humanitaire. Au contraire de ce qui est annoncé officiellement, il n’est pas orienté vers un renforcement de la réactivité des Péruviens contre les catastrophes naturelles. Les États-Unis plantent leurs griffes militaires dans le Cône Sud avec l’approbation du président du Pérou, Pedro Pablo Kuczynski. La souveraineté de l’Amérique du Sud est menacée.

Les États-Unis n’ont plus besoin de lancer des guerres de conquête pour affirmer leur hégémonie sur le territoire de l’Amérique latine. Maintenant, la discipline est assurée d’une manière beaucoup plus subtile grâce à des initiatives de militarisation clandestines. En plus de la lutte contre le terrorisme, Washington a utilisé la lutte contre le trafic de drogue, et son prétendu engagement à faire respecter les droits de l’homme, comme prétexte pour se mêler des affaires intérieures des autres pays.

Le Pérou est une plate-forme décisive pour les États-Unis dans le but de consolider son plan d’extension de la domination sur l’ensemble de l’Amérique du Sud, une région qui, comme nous le savons, a d’immenses réserves stratégiques de ressources naturelles – eau, gaz, pétrole, métaux, minéraux, etc.. Durant la dernière décennie, et plus, les gouvernements sud-américains ont fait subir d’énormes revers à la mainmise  économique et géopolitique des États-Unis sur le continent.

Cependant, depuis 2009 le Pérou n’a pas opposé toute sa résistance aux incursions impériales de Washington. Il est devenu l’un des pays d’Amérique latine qui avaient déjà la plus grande présence de forces armées américaines sur leur territoire avant l’approbation de la mise en place de cette nouvelle base militaire dans le département d’Amazonas. L’US Southern Command a déjà pris ses aises dans les régions de Lambayeque, Trujillo, Tumbes, Piura, San Martin et Loreto.

Il convient de noter que la coopération militaire entre Washington et Lima ne se limite pas à l’installation de bases militaires. Les États-Unis ont réussi à entrer pleinement dans l’appareil de sécurité et de défense. Par autorisation du Ministère de la Défense du Pérou, les unités d’Opérations spéciales du commandement conjoint des forces armées, du commandement du renseignement et de la composante spéciale du VRAEM ont reçu une formation par les forces américaines entre mai et septembre 2016 .

En parallèle, les forces péruviennes ont mené un certain nombre d’exercices militaires conjoints avec les États-Unis. Selon leurs arguments, il s’agit de renforcer la stratégie de défense contre les agressions extérieures. L’un des exercices les plus importants est l’exercice des forces silencieuses (SIFOREX en anglais), qui se tient tous les deux ans dans la mer de Grau, considéré comme l’un des exercices navals d’importance internationale.

La situation du Pérou reflète clairement le fait que l’Amérique du Sud passe par des moments critiques et subit une forte campagne de harcèlement. Avec les difficultés économiques, la région est victime d’une puissante offensive venue de l’extérieur pour essayer de renforcer, de diverses manières, la présence de Washington.

Les incursions militaires américaines dans la région avancent à un rythme rapide, autant en profitant du tournant de certains gouvernements vers le conservatisme, principalement après l’arrivée de Mauricio Macri à la présidence de l’Argentine et la destitution parlementaire de Dilma Rousseff au Brésil, que par un effort continu visant à saper l’influence de pays comme la Chine, la Russie et l’Iran.

S’armer jusqu’aux dents au Pérou représente un enjeu vital pour les États-Unis, permettant plus tard de mener à bien l’installation d’une autre base militaire en Argentine, à la frontière avec le Brésil et le Paraguay.

Sans aucun doute, la construction d’un avenir meilleur pour les pays d’Amérique du Sud est en grave danger…

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