Allahu akbar ou Allahou akbar (اللهُ أَكْبَر), parfois improprement écrit « Allah akbar », est une expression arabe qui signifie « Dieu est [le] plus grand ». Cette formule s'appelle le takbîr, c'est-à-dire la « magnification » de Dieu.

De surenchère en surenchère, du site Riposte laïque qui qualifie les attentats contre la Mosquée de Québec d’acte de résistance en passant par le préfet de police de Paris qui déclare menaçante la première phrase de l’appel à la prière des musulmans…

En effet, il n’est pas un attentat sans que cette phrase « Allahou akbar » ressurgisse, comme si c’était une volonté d’affirmer que ceci est bien le fait de musulmans au cas où les terroristes s’échapperaient ou se feraient exploser sans laisser de traces.

Souvenons-nous du passeport écrit en arabe retrouvé après l’effondrement du World Trade Center et des tonnes d’acier carbonisés, ou bien la carte d’identité laissée par les assaillants cagoulés après la tuerie de Charlie Hebdo, ou encore un Coran oublié dans une voiture appartenant à de présumés « Djihadistes », ou enfin un plan de système explosif écrit en arabe si ce n’est une bouteille de gaz et quelques notes suspicieuces ou un tapis de prière… à l’inverse de la série Cold Case où les experts trouvent les coupables 50 ans plus tard via les ADN et autres indices, ici c’est identification immédiate via des services de renseignements infaillibles… et en filigrane, dans notre subconscient, cette idée que la langue arabe est criminogène : d’où le contrôle au faciès.

Surtout si le Coran se prévaut de celle-ci « arabe clair », et que des théologiens médiatiques auto-proclamés du JT de 20 heures nous font de l’exégèse sauvage à coups de citations de versets pour essayer de trouver des justifications religieuses à ces actes ignobles et pitoyables, qui tuent aussi bien les musulmans que les non musulmans _ rappelons-le.

Pourtant, toutes ces images et tous ces mots associés tournent en boucle dans nos médias et dans nos têtes… repris par des journalistes incompétents qui veulent faire de l’audimat, ou par des crétins ayant le même degré de fanatisme et d’ignorance que les croisés à l’époque de Saladin, ou encore les zélotes décimés par Flavius Josèphe.

Loin de ces croyants épris d’amour pour leur prochain, submergés par la grâce épiphanique comme un amoureux foudroyé par la passion, et qui dans toutes les langues disent Allahou Akbar (Dieu est grand !) devant la beauté de la nature, d’une œuvre d’art, de leur bien aimée, ou encore devant un miracle, une naissance, un acte de générosité, de compassion, de solidarité, de soulagement…

Non, nous n’aurons que des crétins fous en sac à dos armés de machettes, ou encore des minables assassins en camions renversant les estivants sur la promenade des anglais à Nice ou au marché de Noël de Berlin, ou encore des lâches en kalachnikovs tirant sur les gens assis dans les terrasses et les restaurants de Paris.

Cabu dans Charlie Hebdo avait raison de titrer, « C’est dur d’être aimé par des cons ». Sauf que les cons sont aussi nombreux du côté de ceux qui n’aiment pas le prophète Muhammad, on l’oublie souvent. Il suffit de voir les réseaux sociaux et ce déversement de haine islamophobe, digne des discussions de bistrots ou des caniveaux, le tout alimenté par des chroniqueurs de bas étages et des politiciens voulant monter dans les sondages.

Dès lors, il n’est pas étonnant d’entendre en toute sincèrité et naïveté de la part d’un élève de lycée ou de collège, qu’il est interdit de parler en arabe dans l’enceinte d’un établissement scolaire ; tout comme ces enfants à qui on a demandé de dire pour le nouvel an « bonne année » en espagnol, en anglais, en italien, en allemand, sauf en arabe… l’enseignante expliquant « parce que cela contreviendrait au principe de la laïcité » ! 

Jack Lang président de l’Institut du Monde Arabe aura beau réclamer qu’il faille traiter la langue arabe comme la langue anglaise (Frédérique Roussel, Libération, 12 décembre 2016), cela n’arrêtera pas l’exclusion des mères enfoulardées privées de sortie scolaire avec leurs enfants selon l’interprétation du maire (FN ou droite décomplexée).

Nous y voilà : La fabrique du crétin versus Frankenstein pédagogue, ou l’instruction contre l’éducation. Mais le fait est là, personne ne sait de quoi on parle, le crétinisme et le ridicule à heure de grande écoute. Surtout quand ça parle d’Islam et des musulmans : du Journal Télévisé en passant par les Anges de la téléréalité, résultat d’années de destruction massive. Et tout le monde à son petit mot à dire, même s’il n’y connait rien, liberté d’expression oblige. Edward Saïd l’avait bien dit : « ce n’est pas le choc des civilisations, mais le choc des ignorances ».

Comme cet élève que j’avais rencontré il y a quelques années de cela, et qui avec aplomb et barbe bien fournie ainsi qu’un saroual ou treillis afghan assortis d’un qamis, m’affirmait non sans fierté qu’il était Salaf ou salafiste. Quelle fut sa surprise lorsque je lui eus expliqué que le terme de Salaf n’apparaît que très peu dans le Coran, et qu’il signifie Anciens, désignant aussi bien le peuple de Sodome et Gomorrhe, qu’un autre. Il me rétorqua alors qu’il était Salaf Salih, plutôt un Anciens pieux. Il ne fallut pas longtemps pour le mettre face au ridicule de ses propos. J’avais à faire non pas à un jeune du XXIème siècle, mais à un revenant des siècles passés, comme si toute sa sociologie et la réalité historique de ses parents ainsi que la sienne étaient reniés (Cf, Dounia Bouzar).

Selon son idéologie, on pouvait jeter à la poubelle ceux-là même des illustres juristes des grandes écoles comme l’imam Malik, Ash-Shâfi’î, Ahmad, Abû Hanîfa, ne se référant qu’à Al Bokhari ou Muslim ainsi qu’au Coran, sans oublier les méthodes de Fiqh élaborées selon le raisonnement par analogie pour faire jurisprudence (CF, Corentin Pabiot, Les quatre écoles de droit sunnite, éd. Ennour).

Non ceux-ci (soi-disant salaf) oublient le travail collossal des savants historiques bien plus versés dans la langue arabe, que les semi-lettrés contemporains que dénonçait Meddeb dans la maladie de l’islam. Non, ils ne jurent que par le Texte, même s’ils n’y comprennent rien, comme Calvin et sa fameuse Réforme. Un peu comme ces Born Again évangélistes américains : après moi le déluge ou l’Armageddon.

Dès lors il n’était pas étonnant de me retrouver dans une autre situation opposée, devant un philosophe adepte du self islam, expliquant en conférence devant un parterre de têtes blanches, profs à la retraite pour la plupart, que le Djihad signifie Guerre Sainte. Je ne pus m’empêcher de lui rappeler toutes les dérives de l’Orientalisme via l’œuvre d’Edward Saïd, et d’exliquer au public médusé que Djihad veut dire Effort ou Progrès, et que le colonisateur à dessein de domination lui avait donné une signification erronée et criminelle.

Et que la guerre en arabe se disait Harb ou Qital, et que c’étaient les termes désignés dans le Coran à propos des batailles entre musulmans et Qurayshites polythéistes, ou autres. Tout comme Charia qui signifie Voie ou Boulevard ou chemin vers la source (du droit). Ou encore Islam qui vient de Salam ou de Shalom, et qui signifie non pas soumission mais Paix. Pas pour rien que les historiens parlent d’une fermeture de l’Ijtihad au XIIIème siècle, soit le déclin de l’intellectualisme ou des sciences arabes. Ce qui est au passage faux.

Depuis feu Jacques Berque et la chaire d’histoire sociale de l’islam contemporain au Collège de France et feu Mohammed Arkoun à la Sorbonne, beaucoup l’ont dit, qu’une chaire d’islamologie ou d’arabe classique est nécessaire dans le paysage universitaire français. Or, ne subsiste que des pseudo-experts, ou experts en terrorisme, explicitant la question de l’islam et des musulmans qu’à travers un angle belliqueux, pour justifier les exactions et les interventions militaires.

Pour comprendre le climat nauséabond actuel, il suffit de se souvenir de la polémique sur l’islamophobie savante qu’avait dénoncée Alain de Libera dans Les Arabes, Les Grecs et nous (éd. Fayard). Cela en disait déjà long sur l’orientation politique et la non volonté de créer en France des cultural studies. Pas pour rien que l’IREMAM (Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman) reste marginalisé, et que ses chercheurs sont traités d’islamogauchistes. Tout cela sur fond de débat des effets positifs de la colonisation, ou que les arabes n’avaient rien transmis à l’Occident (Sylvain Gouguenheim). Sans oublier le discours de Benoît XVI.

Loin ceux qui comme Fernand Braudel avaient mis en exergue le premier système monde dans l’extraordinaire épopée de la civilisation islamique en partant de l’Espagne jusqu’aux confins de l’Indonésie ou de l’Afrique centrale, et jusqu’en Inde, voire en Chine.

Quel serait l’émerveillement de jeunes issus de zones sensibles, d’apprendre qu’avant Marco Polo il y avait eu Ibn Battuta, et que l’équipée de Christoph Colomb était constituée de navigateurs arabes et que le premier mot prononcé sur le nouveau continent, avait été « Assalam Alaykum ! » (Henry Laurens, L’Europe et L’Islam, quinze siècles d’histoire, éd. Odile Jacob).

L’arabe étant à cette époque la langue internationale du commerce et de la science. Sans parler de la contribution scientifique et philosophique qu’a apporté cette civilisation durant des siècles. Et les références à l’Orient de Molière, de Voltaire, de Montesquieu, d’Hugo, de Goethe, etcetera, ne peuvent être comprises sans la dimension internationale de la Sublime Porte (L’Empire Ottoman), l’équivalent des Etats-Unis d’Amérique jusq’au XVIIIème siècle.

Comment s’étonner dès lors aujourd’hui de la perte de repères d’un jeune issu de « la diversité », pour ne pas dire d’origine africaine, lorsque tout ce qui est en lien à sa culture d’origine, est renvoyé soit à la barbarie de Daesh, soit au Bad Boys de certains clips de RAP adeptes de twerk et de Gang Bang ? C’est pour cela que le risque est plus prononcé d’une volonté de se créer une identité mystifiée fondée sur une mythologie dépourvue de toute analyse historique et d’un bagage intellectuel critique.

Du coup, le danger est grand d’avoir créé ainsi des schizophrènes, pour ne pas dire des monstres de Frankenstein, lorsque les médias associent en boucle des termes arabes coraniques qui ont une sacralité et un sens positif, pour les salir dans la boue de la barbarie la plus fétide et les associer à des actes ignominieux. Comme si à chaque exaction d’un colon israélien fanatisé au nom du peuple élu ou de la terre promise on associait des mots hébreux issus de la Torah, en boucle comme un leitmotiv, de même qu’une tuerie exécutée par un néonazi on y accolait des mots bibliques ou en référence à l’imaginaire occidental !

Si cela n’est pas une forme de propagande afin de criminaliser et de marginaliser la langue arabe… Cette façon de procéder est très néfaste, et renvoie le « Pas d’amalgames ! » au banc des hypocrisies institutionnalisées.