L'Assemblée générale des Nations Unies a proclamé le 10 décembre Journée des droits de l'homme en 1950 afin de promouvoir auprès de tous les peuples la Déclaration universelle des droits de l'homme, idéal commun à atteindre par tous et par toutes les nations.

Sabr JENDOUBI est le grand reporter indépendant. Nous faisons une breve interview exclusive avec Sabr JENDOUBI sur la question des droits de l’homme dans le média!

En 2016, la Journée des droits de l'homme appelle chacun d'entre nous à défendre les droits de quelqu'un ! Il est de la responsabilité de tous de soutenir les droits de l'homme. Tout le monde doit prendre position et défendre les droits des réfugiés ou des migrants, ou les droits des personnes touchées par un handicap, les droits des femmes, des peuples autochtones, des enfants, les droits des personnes d'ascendance africaine ou toute autre personne susceptible de souffrir de discriminations ou de violences.

Muslimpress français: Aujourd’hui, de qui vous prenez la défense ?

Sabr JENDOUBI: En tant que journaliste, mon métier n'est pas de m'exprimer ou de défendre telle ou telle minorité discriminée. Mon métier est d'informer, relater des faits avec une distance humaine. Or rester objectif est un combat difficile et quotidien. Mais l'ojectivisme n'est pas le relativisme. Parfois, je redeviens un homme avec une trajectoire, des appétences philosophique qui peuvent parfois me faire relayer certaines opinions des peuples minorisées et des populations racisées.

Muslimpress français: Média et droits de l’homme, faux frères ou vrais amis?

Sabr JENDOUBI: Dans la presse occidentale, il y a certain consensus pour dire qu'un humain bafoué dans ses droits, c'est « pas bien ». Or, selon moi, les médias n'ont ni frères ni amis, ils n'ont que des intérêts. En un sens, les medias choisissent leur combat à l'aune de leur ligne éditoriale. Une volonté de traités certains sujets sensationnalistes donc rentables. Il y a aussi la problèmatique de l''identification à la victime. Mais je crois que ce n'est pas la question ?

Muslimpress français: Après les attentats en France, les modes de pensée ont changé envers les musulmans?

Les attentats en France n'ont rien changé sur les modes de pensée. Elles ont été le déclic, la parole s'est juste affranchie. Cela a été un lent processus d'une quarantaine d'années. D'abord ce fut l'arabe, puis l'immigré et par extension le maghrebin. Arriva la révolution iranienne de 79 où c'est l'islam (le musulman) qui devenait la source de tous les malheurs du monde aux yeux de la presse occidentale. Prenons un exemple, tous les jours un homme viens te voir et te répete, ou te fait comprendre, que t'es un bon à rien.. eh bien tu finiras par douter de toi, et te convaincre finalement que t'es un bon à rien. C'est exactement pareil avec une parole publique du même style. Tous les jours un titre de presse va titrer sur « le problème musulman » sous un angle ou sous un autre (le voile, le halal, la polygamie etc.. ) tu vas finir par croire qu'il existe « un réel problème musulman ». Cela a clairement façonné nos modes de pensée.

Puis des mots sont apparus dans la bouche d'obscurs penseurs (français de souche, islamisation, grand remplacement) rentrés, pour la plupart d'entre eux, dans le vocable journalistique. Sans parler des amalgames entre islam, islamisme, terrorisme. Je ne crois pas que ces journalistes soient malveillants pour nombre d'entre eux, ils sont juste plein de candeurs et répètent des mots lus ou entendus dont ils ne connaissent ni l'essence, ni la portée. « Mal nommer les choses c'est ajouter au malheur du monde » aurait-dit Albert Camus. Je valide.

Au final, ils ont fini par convaincre les opinions publics, en citant René Girard « qu’un petit nombre d’individus, ou même un seul peut se rendre extrêmement nuisible à la société tout entière, en dépit de sa faiblesse relative ». La recherche et la récrimination du bouc émissaire a toujours existé. Aujurd'hui ce sont les musulmans, hier les Rroms, avant hier les juifs … et demain ?

Muslimpress français: François Fillon, largement favori pour remporter la présidence en mai prochain, a réussi à mettre en colère beaucoup de musulmans en une seule déclaration explosive faite la semaine dernière pendant un entretien accordé à Europe 1 entre les deux tours de la primaire de la droite et du centre. Pourquoi douter de l’évolution de Fillon sur l’islam ?

Sabr JENDOUBI: On peut douter de l'évolution de toute la classe politique française sur la question l'islam en particulier et sur l'amour et l'inclusion de l'Autre de manière plus globale. La classe politique ne manque ni de white, ni de blancos. Au contraire ! (rires). Sur Fillon, pour être très honnête, Je ne sais pas quoi en penser. Il fut premier ministre de la France pendant 5 ans. A t il évolué ? Va t il s'excuser a propos de l'ignoble débat sur l'identité nationale de 2009 ? Sur la méchante campagne du 2nd tour de 2012 de son ex patron ?

Sur ce genre de petites phrases tonitruantes, j'y décèle un certain cynisme, du calcul politique. C'est le même qui vient après et qui dit : « Roh ça va ! c'était une plaisanterie/une maladresse, je voulais pas te blesser poto ». Trop tard.

Depuis récemment, on fait croire que le pinard et le camembert c'est la seule gloire aux Français (adieux les Lumières donc). Alors quand il se promène dans la rue, qu'il s'aperçoit qu'en face de lui, se promène un homme en djellaba une femme en boubou, et un Breton avec sa coiffe, ça l'épouvante littéralement : « Au secours ! , mais que vais je devenir ? Quelle est mon identité ? Maman j'ai peur!».

L'homme blanc commence à se rendre compte qu'il n'est pas le seul au monde, et cela ça l'emmerde.

Alors il se moque, il fait des blagues bien lourdes, puis méprise la différence. Il dit que cette différence est un danger. On en revient toujours à l'oeuvre de René Girard. Le politique s'approprie cette peur, construit sa rhétorique par dessus-ça, et c'est parti pour la campagne électorale!

En un sens, ces gens, qui ont le monopole de la parole publique, font du populisme. Et là encore, les conséquences peuvent être redoutables.