Au Maroc, le roi Mohammed VI a appelé à un front commun pour contrecarrer le fanatisme des jihadistes. Dans un discours à la nation prononcé à l’occasion de son anniversaire, le souverain alaouite s’est principalement adressé à la communauté marocaine vivant à l’étranger.

"Face à la prolifération des obscurantismes répandus au nom de la religion, tous, musulmans, chrétiens et juifs, doivent dresser un front commun pour contrecarrer le fanatisme, la haine et le repli sur soi sous toutes les formes", a plaidé Mohamed VI.

Le souverain alaouite et "commandeur des croyants", qui s'exprimait dans un discours à la Nation, a "invité" les cinq millions de Marocains vivant en Europe et dans le reste du monde "à rester attachés aux valeurs de leur religion et à leurs traditions séculaires face à ce phénomène qui leur est étranger". Il a "exhorté" ses concitoyens "à préserver la bonne réputation qui fait leur notoriété, à s'armer de patience face à cette conjoncture difficile, à s'unir et à être toujours en première ligne parmi les défenseurs de la paix, de la concorde et du vivre-ensemble dans leurs pays de résidence respectifs". "(...) Nous condamnons vigoureusement le meurtre d'innocents", et le meurtre d'un prêtre "dans l'enceinte d'une église est une folie impardonnable", a souligné le roi, en référence à l'assassinat du père Jacques Hamel.

Au Maroc, le roi est à la fois une autorité politique et religieuse. L'historien Benjamin Stora estime que c'est un geste « très important », notamment parce que « c’est la première fois qu’il y a un discours très clair, très explicite, très direct portant sur la question du terrorisme ».

« C’est une initiative qui doit être prise en compte dans la mesure où il appelle à se désolidariser fermement des agissements jihadistes, notamment venant de ceux qui appartiennent d’origine à la communauté marocaine. C’est important parce que, jusqu’à présent, très souvent, notamment au Maghreb, on avait l’habitude de dire que dans la fond les terroristes étaient Européens mais n’appartenaient pas disons, sur le plan d’origine, au pays de départ. Là, il y a cette revendication de se démarquer de personnes qui peuvent être originaires de pays du Maghreb, soit parce qu’ils y sont nés, soit par leur descendance, par leur famille », avance le chercheur.

Pour l'Association des Marocains de France (AMF), cettte déclaration du souverain chérifien est un bon signe. « C’est un appel que nous saluons parce que nous saluons tout travail qui va à l’encontre de la radicalisation des sociétés et surtout de la lecture obscurantiste de la religion. Traditionnellement au Maroc, l’islam est une religion plutôt pacifique », souligne Houcine Sardouk, responsable de projet à AMF. 

Son association est quotidiennement au contact de ce genre de problématiques. « Nous sommes implantés dans des quartiers populaires, donc souvent dans nos permanences, il y a des gens qui viennent et on essaie, si on voit des signes de quête de radicalité, de les approcher et surtout de leur donner une autre façon de comprendre et une autre façon de lire les textes que celles qui sont malheureusement données dans des cercles inconnus. »

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