Visant essentiellement les femmes qui portent le voile islamique, une loi interdisant de couvrir son visage dans les espaces publics vient d'entrer en vigueur en Autriche.

 

À Vienne, dimanche, des centaines de manifestants grimés en clowns ou en super-héros se sont rassemblés pour protester contre une loi interdisant de se couvrir le visage dans les lieux publics. Si la burqa est clairement visée, le texte évoque également les déguisements: interdits "sauf pour raison professionnelle ou lors d'événements culturels". Une "hypocrisie", selon ses contestataires.

Une loi "islamophobe" et "ridicule"

Des clowns ont donc pu côtoyer des femmes vêtues de burqas sur le parvis de l'Assemblée nationale autrichienne. De nombreux slogans féministes étaient brandis comme celui de cette jeune femme, sur une pancarte accrochée à son cou: "arrêtons de dire aux femmes ce qu'elles doivent faire avec leur corps."

Pour les manifestants, cette loi est une "farce", du fait que seulement 150 femmes portent la burqa dans tout le pays, et est islamophobe. Pour illustrer le "ridicule" qu'ils dénoncent, certaines femmes en voile intégral ont arboré un nez de clown. D'autres ont préféré des tenues plus excentriques, comme des déguisements de licornes ou des cagoules de catcheurs tricotées.

Depuis plusieurs jours, le ministère de l'Intérieur relaie un document censé schématiser le contenu de cette nouvelle réglementation. Dessus, sont dessinées plusieurs personnes. Celle en niqab est accompagnée de la mention "interdit", par exemple, tandis que le personnage avec une écharpe et un bonnet est "toléré sous certaines conditions". Le port du chapeau ou du voile simple reste autorisé. Les infractions seront sanctionnées par une amende pouvant atteindre 150 euros. Des consignes et une communication qui sont devenues la risée des internautes autrichiens.

Portée par la coalition centriste au pouvoir, cette loi intervient en pleine campagne des élections législatives où le thème de l'intégration est omniprésent. L'extrême droite s'est félicitée de ces mesures, tandis que les Verts ont souligné une atteinte à la liberté des femmes. Un des organes représentatifs de l'islam en Autriche a lui condamné une "violation de la vie privée et de la liberté religieuse".

Le texte a été calqué sur la loi française adoptée en 2010, de l'aveu même du gouvernement. Ceci pour éviter toute censure par la Cour européenne des droits de l'Homme, qui a déjà jugé la version française conforme à la Convention européenne des droits de l'Homme.