Alors que l'ONU parle de « nettoyage ethnique » à leur encontre, et que plusieurs centaines milliers de réfugiés issus de cette minorité ont fui la Birmanie le mois dernier, le ministre de l'Intérieur indien, Rajnath Singh, évoque de manière ferme et sans détour la volonté d'expulser les 40.000 Rohingyas présents en Inde.

A ses yeux, ces « migrants illégaux » constitueraient une « menace pour la sécurité nationale » sous le prétexte de liens prétendus, selon lui, de certains avec des organisations terroristes basées au Pakistan. Le 19 août, son ministère a diffusé une circulaire à l'adresse des Etats du pays afin qu'ils identifient et expulsent les Rohingyas. Cette mesure vient d'être une première fois appliquée dans le Tripura, à la frontière du Bangladesh, où des membres de cette communauté ont été refoulés par les forces de sécurité.

Pour enrayer cette machine infernale, les Rohingyas ont saisi la Cour suprême indienne qui tient une audition ce mardi. « Nous étions redevables au gouvernement indien de nous avoir accueillis, souligne Mohammed Salim, l'un d'entre eux. Aujourd'hui nous sommes terrorisés à l'idée qu'il puisse nous renvoyer. » Sa requête s'articule notamment autour du fait que ces expulsions violent l'article 14 - le droit à l'égalité - et l'article 21 - le droit à la vie - de la Constitution indienne.

Ne pas froisser la Birmanie

Que justifie cette posture si sévère de l'Inde à l'égard de cette minorité ? Certains experts y voient la volonté de New Delhi de ne pas froisser la Birmanie, où, lors de sa visite début septembre, le Premier ministre indien, Narendra Modi, n'a diplomatiquement pas évoqué les Rohingyas. « Pour contrer la présence grandissante de la Chine, New Delhi met les bouchées doubles en développant des projets d'infrastructures dans le pays », confirme Harsh V. Pant, professeur au King's College de Londres, dans un article du « Diplomat ».

Mais cet agenda international n'est pas le seul. « Quatre élections se profilent en Inde dans plusieurs Etats prochainement, explique un militant qui défend les Rohingyas. Le gouvernement veut aussi rassurer son électorat majoritairement hindou en se montrant zélé sur sa prétendue sécurité. »

Pour Prashant Bhushan, l'avocat en charge de l'affaire, « il s'agit clairement d'un cas de discrimination religieuse et, ni plus ni moins, d'une tentative de répandre un sentiment antimusulman ».