Alors qu’ils ont appelé, fin juillet, à l’instar des Marocains de confession chrétienne, à la préservation de la liberté de culte, les chiites marocains de l’association «Ressalis progressistes» comptent saisir le Conseil des droits de l’homme de Genève. Objectif ? Dénoncer «la discrimination» qu’ils subissent. Détails.

Des figures de proue du chiisme au Maroc coordonnent avec des associations internationales des droits de l’homme pour pouvoir prendre part aux sessions de septembre du Conseil des droits de l’homme (CDH), organe des Nations unies basé à Genève. Au sein de la communauté religieuse au Maroc, les procédures de la préparation du dossier pour appuyer la «discrimination» dont ils font face ont déjà été lancées.

Un dossier qui doit réunir les «preuves» selon lesquelles les chiites marocains sont «victimes d’un embargo et d’une interdiction arbitraire qui portent atteinte à [leurs] droits civils et religieux». A en croire l’activiste chiite Issam Hassani, porte-parole de l’ONG «Ressalis progressistes», le dossier comportera un point sur «les violations qui ont marqué le procès du président de l’association Ressalis progressistes». «Une poursuite fabriquée et basée sur les mêmes charges, les mêmes parties prenantes et les mêmes faits, ce qui est contraire aux termes des exigences d’un procès équitable en droit international», indique-t-il.

Pour Issam Hassani, les autorités marocaines sont «responsables de cette campagne de propagande pratiquée par les courants réactionnaires contre les Marocains chiites».

«Cette campagne est autorisée par les autorités à travers l'utilisation d’équipements publics sous la supervision des agents de l’Etat. Cela ne laisse aucun doute sur le fait que les autorités sont le moteur de ces campagnes qui font appel à des courants destinés à répandre la culture de la haine et de l'extrémisme, à enflammer les conflits sectaires et à déclencher des affrontements entre les citoyens.»

«140 pages» pour documenter «la persécution et la discrimination religieuse» contre les chiites

Le porte-parole de «Ressalis progressistes» dénonce également le fait que le parquet général «n’intente pas de poursuites contre ces courants extrémistes, bien que le ministère public n’ait pas besoin de plaintes des parties lésées. Il suffit seulement qu’il prenne note de ces pratiques». Toutefois, «ces courants et leur existence ont été évoqués par des médias électroniques et documentés avec du son et des images», poursuit-il.

Issam Hassani nous confie que le dossier qui doit être présenté au CDH dépasse actuellement «140 pages» et documente «la persécution et la discrimination religieuse contre des citoyens». Il explique que la saisie des ONG internationales est une possibilité évoquée depuis plusieurs années. «On espérait ne pas avoir à franchir ce pas et que les autorités fassent marche arrière sur ces pratiques inconstitutionnelles et illégales, qu’elles comprennent que la discrimination et les punitions basées sur la religion sont contreproductives et ne peuvent donner lieu qu’à des crises», nous dit le porte-parole de l’ONG interdite par les autorités. «Après des années et l’arrestation de notre président ainsi que sa condamnation à deux reprises dans le cadre du même dossier, nous sommes certains que des parties ne veulent pas que les choses soient paisibles et poussent vers la tension et la crise», poursuit notre interlocuteur.

Issam Hassani de conclure : «L’approche du dossier du Hirak du Rif et l’arrestation de journalistes, à l’instar de Hamid Mahdaoui (...) est la preuve d’un colmatage. D’ailleurs, l’avocat Mohamed Ziyane a estimé que le recours à des organisations internationales reste la seule option pour faire face à l'intransigeance, à l’absence de dialogue et pour la compréhension des revendications des citoyens, qui se résument à la liberté, la justice et la dignité.»

Mardi 18 juillet, la cour d’appel de Fès a condamné à un an de prison ferme Abdou Chougrani, président de l’association chiite «Ressalis progressistes». Ce Marocain de confession chiite avait été condamné en novembre 2016 à un an de prison ferme. Il est accusé de «détournement de fonds publics» - environ 140 000 dirhams d’une agence bancaire à Taounate - et de «faux et usage de faux».

Il s’agit d'un deuxième jugement après celui prononcé l’an dernier par le tribunal de première instance de Meknès. Pour les chiites marocains de cette ONG, et à leur tête Issam Hassani, «ces poursuites et cette affaire sont un coup monté» contre cette communauté.

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