Le premier ministre québécois, Philippe Couillard rappelle à la communauté musulmane sa responsabilité dans la lutte contre une perversion de l'Islam au nom de laquelle sont commis des attentats.

L’appel du premier ministre Philippe Couillard lancé à la communauté musulmane visant à « dénoncer la perversion de l’[islam] pour commettre des actes inexcusables, impardonnables » a insulté l’imam Hassan Guillet, qui dit assumer, comme tout Québécois, sa part de responsabilité dans la lutte contre le terrorisme.

« C’est un problème complexe. Venir dire à de pauvres citoyens comme moi ou mes collègues que c’est notre responsabilité, je trouve que c’est injuste et inhumain », a déclaré M. Guillet dans un entretien téléphonique avec Le Devoir jeudi soir. « On a une responsabilité de dénoncer le terrorisme comme tous les citoyens. Mettez-moi à la tête de la police, je vais voir ce que je peux faire de plus », a-t-il ajouté.

La communauté musulmane est mobilisée et elle a déjà dénoncé les attentats terroristes commis au nom de l'islam, souligne M. Couillard. «J'entends régulièrement des imams dire que ce n'est pas ça, l'islam, a indiqué le premier ministre. Mais il faut le dire très fortement, et surtout, entre eux également. À l'intérieur de leurs débats religieux et théologiques.»

Philippe Couillard

L’imam Hassan Guillet, du Conseil des imams du Québec, fait partie de ceux qui ont été pris de court par les propos de Philippe Couillard associant « l’islam radical » au terrorisme.

« Ça ne représente pas ce qu’on connaît de M. Couillard. Est-ce qu’il a été trop rapide sur la gâchette, est-ce que ses paroles ont précédé sa pensée? Je ne sais pas, je ne suis pas là pour lui prêter des intentions », a-t-il déclaré d’entrée de jeu.

« Ce que ces gens [les terroristes] font ne correspond pas aux enseignements de notre prophète. Ni au texte du Coran ni à l’esprit du Coran. Ils font plus de tort à l’islam que n’importe qui à travers l’Histoire. Je ne sais pas comment on peut être plus clair que ça », martèle-t-il à l’autre bout du fil. « Quand on s’adresse aux fidèles dans les mosquées, on le dit. Quand on est en famille, on le dit. […] Est-ce que tout le monde nous écoute ? Ça, c’est une autre chose. »

Après avoir vivement dénoncé, dans un premier temps, la sortie de Philippe Couillard, Hassan Guillet a toutefois reconnu que les propos du premier ministre ont été plus nuancés que ce qui a été rapporté dans certains médias.

« Les titres disent ''M. Couillard dit que les musulmans sont responsables’’. Mais quand on écoute l’extrait vidéo, il dit que « les musulmans ont aussi la responsabilité'' et là-dessus je suis à 100 % d’accord avec lui », a-t-il affirmé.

L’imam met en garde les citoyens qui seraient toujours tentés de faire des amalgames entre musulmans et terroristes.

« Non seulement on peut les dissocier [islam et terrorisme], mais on doit les dissocier. […] C’est comme le feu et l’eau, ça ne se mélange pas. L’islam est une religion de paix; le terrorisme, c’est un crime haineux ».

La surprise était aussi palpable dans la réaction de Samah Jabari, porte-parole du Forum musulman canadien, qui s'exprimait à l’émission Midi Info d'Ici Radio-Canada Première. Pour elle, les propos de Philippe Couillard sont « un peu surprenants et choquants » pour un premier ministre.

Selon Mme Jabari, l’islam et le terrorisme sont un amalgame presque automatique lorsque la violence survient, mais beaucoup oublient que les musulmans sont très souvent les premières victimes de ces actes terroristes.

Pour sa part, Haroun Bouazzi, coprésident de l'Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec, réfute carrément l’existence d’une « communauté musulmane ». Soutenir le contraire serait « essentialisant et donc stigmatisant », selon lui.

Sur sa page Facebook, M. Bouazzi rappelle que les Québécois de confession musulmane sont des « citoyens comme les autres » et quand ils « voient qu’un crime va être commis, ils appellent le 911 ». Du reste, il signale que « plusieurs arrestations dans un cadre terroriste ont été faites grâce à des ami(e)s, des membres de la famille ou des gens de la mosquée ».

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