D’après un bilan provisoire, une personne est morte et dix autres ont été blessées. Le conducteur a été arrêté. Une enquête a été confiée au commandement du contre-terrorisme.

La première ministre britannique, Theresa May, a annoncé que la police de Londres considérait comme un « possible attentat terroriste » l’attaque commise vers minuit vingt, lundi 19 juin, par le conducteur d’une camionnette qui a tué une personne et en a blessé dix autres en fonçant sur des piétons près de la mosquée de Finsbury Park, dans le nord de Londres. Le conducteur, un homme de 48 ans, a été arrêté. En trois mois, le Royaume-Uni a déjà été frappé par trois attentats, dont deux (à Westminster et au London Bridge) impliquant des véhicules fauchant des piétons.

Les faits se sont produits à environ 300 mètres du lieu de culte – connu pour avoir été une pépinière de terroristes dans les années 1990 – entre la prière qui clôt la journée de ramadan à minuit et un autre service qui débute à 1 heure du matin. Selon des témoins, une camionnette blanche est montée sur le trottoir dans Seven Sisters Road, au niveau de la Muslim Welfare House, un centre social qui est aussi un lieu de culte, renversant un groupe de passants dont certains sortaient de la prière de rupture du jeûne.

« Toutes les victimes faisaient partie de la communauté musulmane », a annoncé Neil Basu, responsable de l’antiterrorisme. Le maire de Londres, Sadiq Khan, musulman lui-même, a dénoncé lundi cette « attaque terroriste horrible » qui a visé « délibérément d’innocents Londoniens dont beaucoup qui finissaient de prier en ce mois saint de ramadan ».

Le van a roulé « intentionnellement » sur des fidèles

Ahmed Muose fumait une cigarette à la terrasse d’un café éthiopien quand la camionnette a surgi. « Elle devait aller à 100 km/h, elle allait vraiment très vite », raconte-t-il. Le véhicule a fauché un groupe, puis le conducteur en est sorti et a tenté de fuir. Avec d’autres passants, M. Muose s’est précipité sur l’homme : « On l’a attrapé, on l’a plaqué au sol. On est resté comme ça trois ou quatre minutes jusqu’a ce que la police arrive. Il y avait des gens qui voulaient le frapper. » A côté de lui, une adolescente criait que son père était mort. Aweys Heikh, lui, était chez un ami et il est sorti en entendant beaucoup de bruit : « J’ai vu un homme avec une blessure ouverte à la cuisse. Un homme en fauteuil roulant était tombé. » Il précise que les personnes visées étaient reconnaissables en tant que musulmans par leur habillement. Un autre témoin, Abdikakdir Warfa, a vu un homme grièvement blessé : « Il s’est retrouvé coincé sous la camionnette. Il a fallu la déplacer pour le libérer. »

Selon le Conseil musulman de Grande-Bretagne (MCB), le véhicule a roulé « intentionnellement » sur des fidèles. Très vite, la principale organisation musulmane britannique a dénoncé une « manifestation violente d’islamophobie » et réclamé des mesures de sécurité supplémentaires aux abords des mosquées. Scotland Yard a chargé son unité antiterroriste de l’enquête. « Le conducteur de la camionnette a été conduit à l’hôpital par précaution, précise la police. A ce stade, aucun autre suspect n’a été identifié. » Scotland Yard précise que « du fait de la nature de l’événement, des renforts de police ont été déployés afin de rassurer les communautés », en particulier les musulmans qui observent le ramadan en ce moment.

Vers 3 heures du matin, alors que le mot « terrorisme » n’avait pas encore été employé par Theresa May, la colère grondait aux abords des mosquées contre les médias et la BBC était prise à partie. « Pourquoi on ne dit pas que c’est une attaque terroriste ?, s’agaçait Nasir Ali, qui sortait d’une salle de gym. C’était clairement délibéré. » Des juifs orthodoxes sont venus en signe de solidarité. « Cela ressemble à un attentat terroriste », pour le rabbin Herschel Gluck, qui estime que la colère des habitants de Finsbury Park soulève une « question légitime ».

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