Le pape François doit rencontrer ce 28 avril, au Caire, le grand imam de l'institution sunnite Al-Azhar. Jean Druel, dominicain au Caire et fin connaisseur du terrain, décrypte pour nous les enjeux politique de cette visite.

« Nous sommes tenus de dénoncer les violations contre la dignité humaine et contre les droits humains, de porter à la lumière les tentatives de justifier toute forme de haine au nom de la religion et de les condamner comme falsification idolâtrique de Dieu : son nom est Saint, il est Dieu de paix, Dieusalam. »

Ce sont des mots forts et choisis que le pape François a adressés, vendredi 28 avril au Caire, à la Conférence internationale pour la paix organisée par l’université Al-Azhar, l’une des principales institutions de l’islam sunnite.

Devant un parterre œcuménique et interreligieux, avec de nombreux représentants musulmans montrant le rayonnement d’Al-Azhar dans le sunnisme, le pape a salué en l’Égypte « une terre de civilisation, une terre d’alliance ».

 

« L’unique alternative à la civilisation de la rencontre, c’est la barbarie de la confrontation »

 

Rappelant l’héritage civilisationnel de l’Égypte, il a plaidé pour « une éducation adéquate des jeunes générations » et une formation correspondant « à la nature de l’homme, en tant qu’être ouvert et relationnel ».

Une éducation, a-t-il expliqué, qui ouvre cette sagesse qui « apprend du passé que du mal n’émane que le mal, et de la violence que la violence, dans une spirale qui finit par emprisonner ».

« Éduquer à l’ouverture respectueuse et au dialogue sincère avec l’autre, en reconnaissant ses droits et ses libertés fondamentales, spécialement la liberté religieuse, constitue la meilleure voie pour bâtir ensemble l’avenir, pour être des bâtisseurs de civilisation », a insisté le pape avant de mettre en garde : « L’unique alternative à la civilisation de la rencontre, c’est la barbarie de la confrontation. »

« La violence est la négation de toute religiosité authentique »

 

Rappelant que c’est au Sinaï (en Égypte aujourd’hui) que Dieu a fait alliance avec les hommes, il a souligné qu’« au centre des “dix paroles” résonne le commandement “tu ne tueras pas” », adressé aux hommes et aux peuples de tous les temps.

« En particulier aujourd’hui, ce sont les religions qui sont appelées à réaliser cet impératif », a-t-il martelé, rappelant une nouvelle fois qu’« il est indispensable d’exclure toute absolutisation qui justifie des formes de violence ».

« La violence est la négation de toute religiosité authentique », a-t-il expliqué, particulièrement applaudi par son auditoire très majoritairement musulman, soulignant que, « en tant que responsables religieux, nous sommes donc appelés à démasquer la violence sous les airs d’une présumée sacralité, qui flatte l’absolutisation des égoïsmes au détriment de l’authentique ouverture à l’Absolu ».

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