Conciliants avec Bachar al-Assad au nom de la lutte contre Daech, les deux candidats sont pris en étau entre les crimes en Syrie et leurs liens avec Moscou.

Marine Le Pen, qui jeudi soir encore s'inquiétait du soudain interventionnisme sous-entendu par Donald Trump, s'est dite «étonnée» ce vendredi par les frappes américaines en Syrie, en contradiction avec la position de non-ingérence longtemps tenue par le nouveau président américain.  

Marine Le Pen ne s'en est pas cachée ce vendredi sur France 2 . «Je suis un peu étonnée, parce que (le président américain Donald) Trump avait indiqué à plusieurs reprises qu'il n'entendait plus faire des Etats-Unis le gendarme du monde, et c'est exactement ce qu'il a fait hier» a-elle affirmé, avant de s'agacer : «Est-ce que c'est trop demander d'attendre les résultats d'une enquête internationale indépendante avant d'opérer ce genre de frappe?».

Et la candidate de préciser sa pensée après avoir rappelé qu'elle condamnait l'attaque «épouvantable» de Khan Cheikhoun : «ce que je voudrais, c'est qu'on ne retrouve pas le même scénario que celui qu'on a pu voir en Irak, en Libye, qui, en réalité, sont des processus qui ont entraîné le chaos, qui ont fini par conforter le fondamentalisme islamiste». Une phrase que n'aurait pas renié Donald Trump il y a 48 heures...

Pour Marine Le Pen, il faut continuer à parler avec le président syrien Bachar al-Assad «tant qu'il n'y a personne d'autre de crédible». «Ce qu'on peut faire, c'est organiser des élections. Il faut respecter la souveraineté des états, il faut s'assurer qu'il puisse y avoir des élections libres», a-t-elle répété. Une position qu'elle pensait jusqu'à cette nuit partager avec Washington. Notons toutefois que l'administration américaine a parlé d'une frappe ponctuelle, sous-entendant qu'elle ne changeait pas fondamentalement sa doctrine.

Fillon "comprend" Trump mais...

Lui aussi partisan du dialogue avec Damas et d'un rapprochement avec Moscou, François Fillon se trouve à son tour pris au piège de la situation syrienne. En septembre 2015, alors que des preuves d'attaques chimiques existaient depuis deux ans, François Fillon parlait "d'aider" le gouvernement syrien et refusait catégoriquement de le "combattre". En janvier 2017, il modérait ses propos et souhaitait "parler" avec l'entourage du président syrien.

Ce jeudi, François Fillon a refusé de condamner les frappes unilatérales américaines, disant "comprendre" l'attitude de Donald Trump. Pour autant, "cette riposte américaine, que l'on peut comprendre au vu de l'horreur des attaques chimiques, ne doit pas conduire à une confrontation directe des forces occidentales avec celles de la Russie et de l'Iran. Ce serait un terrible danger pour la paix", a-t-il nuancé dans un communiqué.

François Fillon demande que "le conseil de sécurité des Nations Unies mette tout en œuvre pour trouver les voies d'un accord qui évite les risques d'un embrasement dangereux pour la paix mondiale". Sans poser la question d'une éviction préalable de Bachar al-Assad.

Mélenchon fustige... Hollande et Merkel

Partisan affiché de la paix et du dialogue avec les Etats-Unis comme avec la Russie sur la question syrienne, Jean-Luc Mélenchon n'a pas réagi dans la matinée. L'un de ses lieutenants, Eric Coquerel, a toutefois condamné "avec gravité l'intervention militaire des Etats-Unis". "La décision unilatérale de Trump est irresponsable" et "la caution de la France" est "une faute supplémentaire dans le quinquennat de François Hollande".

En début d'après-midi, Jean-Luc Mélenchon, qui récuse régulièrement toute proximité politique avec Moscou, a finalement émis un tweet reprochant à la France et l'Allemagne d'accorder un blanc-seing aux frappes américaines.

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