Si tout va bien, d'ici deux ans, Jalal Khaldoune deviendra le premier aumônier francophone de confession musulmane dans les Forces armées canadiennes. Mais il ne voudra pas se faire appeler «imam», préférant largement les termes padre ou aumônier.

Le Service de l’aumônerie royale canadienne compte actuellement environ 350 aumôniers, dont trois seulement sont de confession musulmane, et tous anglophones. Mais les Forces armées canadiennes, championnes de la diversité, veulent être et, de fait, sont à l’avant-garde de l’œcuménisme, du dialogue inter-religieux et de la lutte à l’islamophobie.

Les Forces canadiennes ont donc bien l’intention d’en recruter davantage et déjà, à Québec, un jeune étudiant de l’Université Laval, Jalal Khaldoune, deviendra au terme de sa formation le premier aumônier militaire francophone de confession musulmane.

Né le 23 juin 73 au Maroc « au sein d’une famille pleine d’amour » selon ses mots, Jalal dit être quelqu’un de choyé par la vie. « Ma mère est une personne qui est très généreuse, mon père, c’est quelqu’un qui est droit, très honnête ». Pour lui, ce plein d’amour qu’il a pu faire dans sa jeunesse est très important et c’est cet amour qui lui donnera la force d’accomplir sa mission.

« À mon point de vue sérieusement, je pense que , et c’est écrit partout dans les livres sacrés, il faut rester dans l’amour, et montrons l’exemple pour que les gens ne puissent pas avoir peur d’approcher et qu’ils vous jugent. Donnons un exemple d’un bon citoyen et les gens, par la suite, ils vont, eux, se poser de questions: ‘Ah, il est comme nous, il est pas comme on le pense! Ça, à mon avis, c’est quelque chose à faire. »

Après avoir mis son corps à rude épreuve en suivant, en 2014, un entraînement militaire long de trois mois, aux airs de parcours du combattant, Jalal Khaldoune, qui en est ressorti « grandi » et conforté dans sa volonté d’y faire carrière, a fini par trouver sa vocation par hasard, au détour d’une conversation nouée dans l’enceinte du Collège royal militaire de Saint-Jean.

Lui qui ignorait tout du poste d’aumônier des armées, jusqu’à son existence même, avant que quelqu’un ne l’incite à revêtir les habits de la foi, l’imaginant bien dans ce rôle, s’est empressé de rencontrer l’aumônier en chef du Collège militaire, persuadé que ce nouveau costume lui irait comme un gant.

Le chemin est encore long pour marquer de son empreinte l’armée canadienne où, depuis 2003, seuls trois aumôniers musulmans anglophones officient. Il passera par un nécessaire retour sur les bancs d’école en vue d’approfondir ses connaissances en théologie, que viendra compléter un engagement pastoral durant deux ans.

« La religion est complètement innocente lorsqu’il y a des actes terroristes », répète Jalal Khaldoune à l’envi, et avec d’autant plus de force qu’il est en train de peaufiner une maîtrise portant sur l’islam et la radicalisation au sein de l’Université de Laval.

Solidarité avec les membres de la Grande Mosquée

Près d'un mois après l'attentat à la Grande Mosquée de Québec qui a fait six morts, l'aumônier général des Forces armées canadiennes, le brigadier-général Guy Chapdeleine, s'est rendu avec 16 autres aumôniers de l'armée sur les lieux du drame pour témoigner leur solidarité envers les membres de la communauté musulmane. 

«Je voulais aussi faire comprendre que les Forces armées étaient ouvertes à toutes les religions sans distinction», explique le padre Chapdeleine. 

Il dit avoir été d'autant plus touché qu'un militaire se trouvait au premier rang au moment de la prière en plus de Jalal Khaldoune, le futur aumônier francophone de confession musulmane. Le brigadier-général et l'aspirant aumônier ont également participé au souper organisé vendredi pour rendre hommage aux victimes et à leurs familles.

A lire: Le Canada adopte une loi contre l’islamophobie: une victoire pour la communauté musulmane