Le premier ministre québécois, Philippe Couillard, reste de glace devant les reproches de Gérard Bouchard, qui le pointe du doigt sur la question du port des signes religieux.

M. Couillard, qui a accueilli le volte-face de Charles Taylor avec enthousiasme, en début de semaine, n’a pas été ébranlé par la réplique de l’autre coauteur du rapport de la commission sur les accommodements raisonnables, Gérard Bouchard.

Le sociologue accuse notamment le premier ministre de manquer une occasion d’envoyer un message fort à l’international, en interdisant le port de signes religieux des juges, policiers et gardiens de prison.

«C’est une responsabilité très lourde qu’il va porter longtemps, a déclaré M. Bouchard, en entrevue avec Mario Dumont. Plusieurs Québécois auraient été fiers qu’on arrive à une entente sur un sujet qui divise toutes les sociétés occidentales.»

En point de presse à l'issue du Rendez-vous national sur la main-d'oeuvre, vendredi, le premier ministre a insisté sur l'importance d'«ouvrir les portes du marché du travail pour le plus de gens possible».

Plus tôt cette semaine, Charles Taylor, qui avait coprésidé la commission sur les accommodements raisonnables aux côtés de Gérard Bouchard, s'est rallié à la position du gouvernement libéral selon laquelle il n'est pas nécessaire d'interdire les signes religieux visibles chez les employés de l'État qui exercent des fonctions coercitives tels que les juges, les policiers, les procureurs de la Couronne et les gardiens de prison.

«Ce n'est pas parce qu'on est opposé à quelque chose qu'il faut l'interdire de façon législative», a nuancé Philippe Couillard, vendredi.

Le premier ministre dit rejeter la discrimination vestimentaire pour des motifs religieux, mais il l'admet lorsqu'il est plutôt question de sécurité, d'identification et de communication.

«Il faut juste connaître un peu ces communautés-là pour savoir très bien, par exemple, qu'une femme qui porte le tchador ne voudra pas travailler dans la fonction publique, donc c'est un problème qui est essentiellement théorique. Moi, j'aime mieux m'occuper de problèmes concrets et de véritables priorités», a-t-il poursuivi.

Couillard réitère sa position

En point de presse vendredi après-midi, le premier ministre a été interpellé à ce sujet. Il a répondu à la lettre de Gérard Bouchard en réitérant sa position. « Ce que je répète à tout le monde, c’est que nous avons des mesures sur lesquelles on est tous d’accord, l’encadrement des accommodements, la question des visages. Montrons un peu de cohésion là-dessus », a-t-il dit.0

Interpellé sur le projet de loi 62, qui interdit de recevoir ou de rendre un service de l’État à visage couvert, le premier ministre a précisé que « la distinction essentielle est la suivante : pas pour des questions religieuses, pour des raisons communication, de sécurité et d’identification. Il y a clairement des postes où il faut que l’on se voie le visage pour communiquer ensemble, c’est une question de principe de communication. [...] Il n'est pas question de faire de discrimination religieuse au Québec », a expliqué le premier ministre.

« Il faut juste connaître un peu ces communautés-là pour savoir très bien, par exemple, qu'une femme qui porte le tchador ne voudra pas travailler dans la fonction publique, donc c'est un problème qui est essentiellement théorique. Moi, j'aime mieux m'occuper de problèmes concrets et de véritables priorités », a conclu M. Couillard.

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