Les audiences de confirmation des candidats ministres présentés par Donald Trump confirment que son administration entend intensifier considérablement les exigences américaines de concessions économiques et stratégiques massives du régime chinois. Dans la poursuite des ambitions prédatrices d’une petite couche d’oligarques de la grande entreprise, les politiques qui sont proposées pourraient entraîner un conflit militaire et déclencher un échange nucléaire.

Rex Tillerson, le secrétaire d’État proposé par Trump, a fait des déclarations sans précédent sur l’attitude du prochain gouvernement américain à l’égard de la poldérisation et de la construction d’installations par la Chine sur les îlots et récifs que Pékin revendique comme faisant partie de son territoire souverain en Mer de Chine méridionale.

Tillerson a déclaré : « Nous allons devoir envoyer à la Chine un signal clair que, d’abord, la construction des îles s’arrête et, deuxièmement, votre accès à ces îles ne sera pas autorisé ».

Les implications d’une telle politique sont immenses. Les îles visées par Tillerson sont occupées par des militaires chinois. Les eaux qui les entourent sont patrouillées par la Garde côtière et la Marine chinoises. L’espace aérien au-dessus d’elles est patrouillé par l’aviation chinoise. La seule façon concevable de refuser l’accès de la Chine serait le déploiement à grande échelle de porte-avions américains et d’autres forces militaires en Mer de Chine méridionale.

Les manchettes des médias à travers le monde ont reflété la reconnaissance que la guerre serait le résultat le plus probable d’une tentative de mettre en application la déclaration de Tillerson. Pour sa part, la publication d’État chinoise Global Times, dont la ligne éditoriale est censée venir directement des plus hauts échelons du régime chinois, n’a pas ménagé ses mots en réponse.

Son éditorial du 13 janvier déclare : « À moins que Washington ne prévoit de mener une guerre de grande envergure en Mer de Chine méridionale, toute autre approche visant à empêcher l’accès des Chinois aux îles sera imprudente. Les États-Unis n’ont pas le pouvoir absolu de dominer la Mer de Chine méridionale. Tillerson devrait s’informer sur les stratégies nucléaires s’il veut forcer une grande puissance nucléaire à se retirer de ses propres territoires [notre italique]. »

Une analyse des forces sociales et des intérêts économiques derrière Trump ne laisse aucune place au doute sur le fait que son administration est plus que prête à utiliser la menace d’une guerre à grande échelle avec la Chine, en posant le risque d’un échange nucléaire.

Avant même de prêter serment, Trump et la cabale de milliardaires et d’anciens généraux qui composeront son cabinet ont signalé qu’ils provoqueraient un conflit avec la Chine sur une série de questions. En plus de rejeter les revendications territoriales chinoises en Mer de Chine méridionale, ces politiques incluent l’imposition de droits sur les exportations chinoises ; l’exigence que Beijing force la Corée du Nord à arrêter son programme d’armes nucléaires, et la menace d’en finir avec la « politique d’une seule Chine » en vertu de laquelle Washington, depuis 1979, a formellement reconnu que l’île de Taïwan fait partie de la Chine et n’est pas un État indépendant.

Venant s’ajouter à la liste de provocations possibles, l’un des principaux partisans de Trump au Congrès, le républicain de l’Arkansas Tom Cotton, a œuvré avec l’ex-candidat républicain aux primaires Marco Rubio pour introduire la « Loi sur les droits de l’Homme et la démocratie à Hong Kong » en Novembre. Cette loi obligerait le gouvernement américain à prendre des mesures pour s’assurer que Hong Kong reste « suffisamment autonome » par rapport au régime continental. Les nationalistes tibétains ont accueilli avec enthousiasme l’élection de Trump comme un signal que leur cause pourrait également être endossée par l’administration entrante.

L’accent mis sur la Chine découle directement des intérêts d’une puissante faction de l’élite capitaliste américaine qui la considèrent comme leur plus grand concurrent immédiat du point de vue économique, géopolitique et potentiellement militaire.

Rex Tillerson, ancien PDG du conglomérat pétrolier ExxonMobil, personnifie cette couche. Sous Tillerson, ExxonMobil a recherché agressivement l’accès à des champs pétroliers et gaziers potentiels en Mer de Chine méridionale, en partenariat avec le Vietnam et au mépris des revendications territoriales de la Chine. En 2014, l’un de ses champs était occupé par une plate-forme pétrolière chinoise. Les ambitions d’ExxonMobil pour une participation dans la production et la distribution d’énergie vers la Chine continentale ont été entravées par la domination des entreprises publiques chinoises qui monopolisent l’industrie nationale. Dans le monde entier, même dans l’Irak occupé par les États-Unis, les sociétés énergétiques américaines ont vu leurs candidatures pour des contrats éconduites au bénéfice de leurs rivales chinoises.

La volonté des oligarques de Trump de casser la concurrence chinoise est le plus clairement démontrée par leur volonté de défier les demandes furieuses dans la classe dirigeante américaine pour agir d’abord contre la Russie. Trump a jusqu’ici largement écarté les appels hystériques du Parti démocrate, de personnages dans le Parti républicain et des agences de renseignement pour une confrontation immédiate avec Moscou sur sa prétendue ingérence dans les élections américaines et son intervention en Syrie pour protéger le régime de Bachar al-Assad et des rebelles islamistes soutenus par les États-Unis.

En même temps, les représentants de Trump ont signalé que la nature des relations avec la Russie sera entièrement déterminée par la mesure dans laquelle le régime de Poutine se pliera aux diktats américains. James Mattis, nommé au poste de secrétaire à la Défense, a déclaré hier que Moscou était une « menace principale ». Il a dit que s’il est « pleinement pour un coopération », « Il y a un nombre décroissant de domaines où nous pouvons coopérer activement et un nombre grandissant de domaines où nous allons devoir faire face à la Russie ».

Pris dans son ensemble, le programme prédateur des oligarques américains à l’égard de la Chine défie les intérêts fondamentaux de la classe capitaliste chinoise et la stabilité politique et même la survie du régime du Parti communiste chinois. Le PCC, qui représente une oligarchie chinoise brutale et corrompue, ne peut y répondre qu’en menaçant l’impérialisme américain d’une guerre nucléaire tout en faisant appel en coulisse à un compromis. La faillite du capitalisme américain et la nécessité impérieuse pour son élite dirigeante d’inverser le déclin de sa domination mondiale excluent toute perspective de retrait à long terme de son objectif de transformer la Chine en un État client semi-colonial.

Le 18 février 2016, le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) publiait sur le World Socialist Web Site sa déclaration, Le socialisme et la lutte contre la guerre. Le CIQI a affirmé la nécessité de construire un mouvement international de la classe ouvrière et de la jeunesse contre la guerre et l’impérialisme, et a esquissé les principes socialistes sur lesquels un tel mouvement doit s’appuyer. L’éclatement d’une troisième guerre mondiale ne sera empêché que par l’unification de la classe ouvrière de par le monde dans la lutte commune pour le renversement du capitalisme et des divisions entre États-nations – qui sont les causes des guerres.

Alors que se profile un conflit entre les États-Unis et la Chine qui pourrait aboutir à un holocauste nucléaire, la lutte pour la perspective du CIQI doit être développée avec le sentiment nécessaire de son urgence politique.

A lire: "Après cette élection, tout est désormais possible. Un monde s'effondre devant nos yeux. Un vertige" 

(l'ambassadeur de France aux États-Unis)