Le président américain sortant Barack Obama ne veut visiblement pas quitter la Maison-Blanche sans avoir au moins remporté une bataille contre son tenace homologue russe Vladmir Poutine qui lui a rendu la vie difficile durant tout le long de son second mandat. Pour remporter sa victoire, il a ordonné vendredi 30 décembre l'expulsion de 35 officiels russes, qu'il a accusés d'être des «agents de renseignement» de Moscou, autrement dit des espions.

Cette expulsion, la plus importante depuis 2001, où 50 agents avaient dû quitter le territoire américain, vient sanctionner la supposée ingérence de Moscou dans la campagne présidentielle américaine, pendant laquelle le Parti démocrate aurait été victime de cyberattaques. Comme au temps de la Guerre froide, la Russie rend œil pour œil ou plutôt espion pour espion, et a annoncé aussi sa décision d’expulser 35 officiels américains.

Mais aussi spectaculaire qu’elle puisse paraître, la décision américaine cache cependant très mal l’immense frustration de son initiateur. Et il y a de quoi. Barack Obama a perdu sur toute la ligne son long face-à-face avec Vladimir Poutine, son meilleur ennemi. Un «ennemi» qu’il a essayé, en vain, de briser avec des batteries de sanctions économiques. Aussi, le président américain n’oubliera-t-il certainement pas de sitôt la manière avec laquelle son pays s’est fait évincer de la crise syrienne. Humiliés, les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux et arabes, qui s’étaient promis en 2011 d’avoir la tête de Bachar Al-Assad, sont bien obligés aujourd’hui de se rendre à l’évidence que la Syrie représentera sans doute pour eux leur «Viêt-Nam» du XXIe siècle.

Comme en Irak, c’est une défaite stratégique que les Occidentaux et leurs alliés arabes viennent d’essuyer en Syrie. Outre d’avoir échoué à faire partir Bachar Al-Assad et son régime, leur intrusion dans la région a permis aux Russes, aux Iraniens et aux Libanais du Hezbollah d’y revenir et d’accentuer leur influence. Cela en plus du fait que Washington est en train de perdre progressivement la Turquie qui semble apprécier davantage de travailler avec les Russes.

Résultat des courses : la Russie se positionne actuellement en tant que principal médiateur dans le conflit syrien. Elle s'est rapidement rendue incontournable après le début de son intervention militaire en septembre 2015, permettant aux troupes de Bachar Al-Assad, qui était sur le point de tomber, d'engranger les succès et d’imposer finalement un cessez-le-feu. Cette trêve négociée jeudi avec la Turquie et l’Iran et sans les Etats-Unis intervient une semaine après la reprise totale par l'armée syrienne de la deuxième ville du pays, Alep.

En un peu plus d'un an, Vladimir Poutine est donc parvenu non seulement à sauver Bachar Al-Assad, mais aussi à imposer son maintien à la tête de la Syrie. Il n’y a pas qu’en Syrie où Barack Obama a perdu son bras de fer avec Vladimir Poutine. En Ukraine aussi, le président russe a su le contrer. C’est la raison pour laquelle aujourd’hui Obama voit rouge et rue dans les brancards. Ce n’est certainement pas une hypothétique victoire symbolique qui lui rendra le sourire.

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