La Russie a annoncé son retrait du Statut de Rome de la CPI. Un geste qui fait suite à un rapport de cette instance qualifiant l’annexion de la Crimée à la Russie en 2014 de “conflit armé entre la Russie et l’Ukraine”.

"Je leur adresse un message solennel : ne partez pas !". Sidiki Kaba est en plein désarroi. La quinzième Assemblée de la Cour pénale internationale (CPI), qui se déroule sous sa présidence cette semaine, s'est en effet ouverte sur une nouvelle défection : celle de la Russie, qui va retirer sa signature du Statut de Rome (le traité signé en 1998 qui à l'origine de la création de la CPI ). Moscou prend ainsi le chemin de plusieurs pays africains qui ont multiplié les défections ces dernières semaines, remettant en cause l'existence-même de la juridiction.

Certes, la Russie n'avait jamais ratifié le texte, reprochant à cette juridiction de ne pas être "véritablement indépendante". Sauf que son départ intervient à l'heure où les autorités russes sont sur le gril de la CPI  : une enquête est en cours sur les allégations de crimes de guerre pendant la brève guerre de 2008 entre la Russie et la Géorgie à propos de la région séparatiste d'Ossétie du Sud, dans le Caucase.  C'est d'ailleurs la seule enquête qui se déroule hors du continent africain, où neuf pays sont dans le viseur de la juridiction. Sans surprise, donc la Gambie, l'Afrique du Sud et le Burundi ont récemment annoncé leur intention de se retirer de la CPI. Le Kenya, l'Ouganda ou la Namibie pourraient suivre, de même que les Philippines. 

Le ministre de l'information de la Gambie avait précisé en octobre 2016 que son pays quitterait la Cour pénale internationale (CPI), après des décisions similaires du Burundi et l'Afrique du Sud.

Actuellement, neuf des dix enquêtes menées par la Cour prennent place en Afrique tandis que la dixième a lieu en Géorgie. Le Président Russe dénonce le fait que cette institution ne soit pas "véritablement indépendante ".

Il s'en est alors suivi des retraits continus dans un intervalle de temps suffisamment court.

Du fait de son histoire et de son poids géopolitique, l'Afrique du Sud a longtemps été un soutien notoire de la CPI (créée alors que Nelson Mandela était président). Nous avons entendu vos critiques, elles sont légitimes.

Le Canada a joué un rôle déterminant dans l'établissement de la CPI: le 18 décembre 1998, le Canada a été le 14e pays à signer le Statut de Rome de la CPI; le 29 juin 2000, le Canada a promulgué la Loi sur les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre, devenant ainsi le premier pays à adopter une loi mettant en œuvre le Statut de Rome.

Le président de l’Assemblée des Etats parties de la Cpi, Me Sidiki Kaba pense que le retrait de certains pays (Afrique du Sud, Gambie, Burundi) de la Cour pénale internationale (Cpi) est un acte de souveraineté de ces Etats. «La Cpi c’est un statut, c’est une convention, c’est un traité. Vous y adhérez librement, vous en sortez librement ; mais il faut regretter chaque fois qu’un pays quitte le statut de Rome. Nous regrettons et nous leur avons demandé de discuter, parce qu’il y a un délai d’un an pour que la mesure soit effective. Il faut mettre à profit cette période pour poser la problématique, les critiques et les préoccupations », a indiqué le ministre de la Justice du Sénégal. Malgré ces retraits et les critiques de la Russie, Me Sidiki Kaba pense que la Cpi a tout son intérêt. «La Cpi a 14 ans d’exercice, elle est en train de se refaire l’idéal de justice pour que tous les êtres humains aient la possibilité d’avoir une égale justice. Bien évidemment, il y a actuellement une justice sélective à la Cpi, mais ce sont les Africains qui ont traduit d’autres Africains devant la Cpi. C’est normal, il faut écouter les Africains qui estiment qu’il y a un impérialiste judiciaire. Il faut changer cette posture pour une justice plus juste», a dit Me Kaba.  

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