Jamais aucun pays dans le monde n’a encore quitté cette institution judiciaire chargée de juger les personnes accusées de génocide, de crime contre l’humanité et de crime de guerre.

L’annonce du retrait de l’Afrique du Sud a résonné vendredi comme un coup de tonnerre à La Haye, au siège de la Cour pénale internationale (CPI), pièce maîtresse de la justice sans frontières. C’est le second pays en quelques jours, après le Burundi, qui déclare son intention de tourner le dos à l’instance entrée en fonction en 2003 et chargée de juger les crimes de guerre, contre l’Humanité et les génocides.

Même si le cas de figure est prévu par le statut de Rome, ratifié par 124 pays, ces retraits sont une première. Une fois que les démissionnaires l’ont officiellement notifié, leur retrait sera effectif un an plus tard. Les dirigeants burundais, accusés de réprimer l’opposition, craignent d’être eux-mêmes traduits en justice. L’Afrique du Sud, elle, réagit aux critiques après avoir laissé filé en 2015 le président soudanais Omar el-Béchir, inculpé par la CPI pour ses crimes au Darfour. Selon le statut de Rome, elle aurait alors dû l’arrêter alors qu’il participait à un sommet de l’Union africaine à Johannesbourg.

« Après les années Mandela et Mbeki, il y a eu une volonté accrue de se focaliser davantage sur les relations commerciales sur le continent et de forger des nouvelles alliances avec certains pays africains », rappelle David Hornsby. Pour ce professeur de relations internationales à l’université du Witwatersrand à Johannesburg, la décision sur la CPI est « le signe d’un alignement de l’Afrique du Sud sur la position de ses partenaires africains ».

La longue bataille menée par Jacob Zuma en 2012 pour faire élire son ex-femme, Nkosazana Dlamini-Zuma à la tête de l’Union africaine, avait été perçue comme une indication de l’affirmation de la puissance sud-africaine sur le continent.

Début octobre, M. Zuma s’est rendu en visite d’Etat au Kenya, une première pour un président sud-africain. Accusés d’être responsables de violences lors des élections de 2007 avant que la CPI ne renonce finalement à les juger, les président et vice-président kényans, respectivement Uhuru Kenyatta et William Ruto, ont ardemment fait campagne contre la Cour avec le soutien de l’Union africaine.

Si l’Afrique du Sud a historiquement toujours prôné la défense des droits humains, elle insiste sur le respect de la souveraineté de chaque pays. Pretoria s’est à plusieurs reprises agacé de l’ingérence de puissances occidentales, comme la France en Côte d’Ivoire en 2010, ou en Libye en 2011. Les présidents sud-africains successifs ont aussi toujours eu une attitude accommodante à l’égard de leur voisin zimbabwéen Robert Mugabe, malgré sa responsabilité dans la répression de l’opposition.

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