Deux ans après son dernier défilé, et trois ans et demi après le premier mariage homosexuel, la Manif pour Tous tente un come back.

Plusieurs milliers de personnes -200.000 selon les organisateurs, entre 23.000 et 24.000 selon la préfecture de police- se sont rassemblées dimanche en début d'après-midi porte Dauphine à Paris, à l'appel du mouvement qui continue à demander l'abrogation de la loi Taubira ouvrant le mariage et l'adoption aux personnes de même sexe. Faute d'avoir pu transformer les grandes mobilisations de 2012 et 2013 en véritable parti politique, la Manif pour Tous entend peser, à quarante jours du premier tour de la primaire à droite, et à sept mois de la présidentielle.

Dans la foule, de nombreux drapeaux tricolores ou des drapeaux rose et bleu aux couleurs du mouvement. Le défilé se fait sous haute sécurité : les policiers, très présents, ont barré les artères débouchant sur le parcours, tandis que des membres du service d'ordre filtrent les entrées. Scandant « PMA, GPA, on lâchera pas, tous ensemble pour mener le combat » ou « le ventre des femmes n'est pas à vendre », les manifestants ont suivi le mot d'ordre du rassemblement contre la procréation médicalement assistée (PMA) « sans père » ou encore le « scandale de la GPA » (gestation pour autrui). « Nos ventres ne sont pas des caddies », résumait une pancarte brandie par une manifestante.

la-manif-pour-tous-des-milliers-de-personnes-a-paris-pour-pe_826776_800x600

Sur les pancartes des militants les plus créatifs : «Tous des sans-dents d’un papa et d’une maman.» Ou encore, un énigmatique «ici on aime les nouilles et aussi la famille». Pour les autres, des punchlines à répéter, dictées par deux animateurs qui lancent : «Est-ce que la Manif pour tous, vous êtes chauds ? Allez on fait du bruit !» Puis enchaînent : «Un père, une mère, le premier des droits de l’homme», «Hollande, tes lois, on n’en veut toujours pas», «la femme ne sera jamais une usine à bébés». Le tout sur fond de techno assourdissante.

Trois ans après l’adoption du texte, en 2013, la Manif pour tous n’en démord pas : elle réclame toujours l’abrogation de la loi sur le mariage pour tous. D’où la mobilisation, ce dimanche, pour «stopper la déstabilisation de la famille, dire non à la PMA "sans père", à la pratique des mères porteuses et à la diffusion du genre à l’école, et poser les bases d’une politique ambitieuse pour la famille, la filiation et l’éducation», expliquent les organisateurs. Et, surtout, peser sur l’élection présidentielle.

Voilà pour la ligne officielle. Car dans les rangs, si tous s’accordent sur la défense de la famille ou la dénonciation de la gestation pour autrui (GPA), «une pratique esclavagiste», les avis divergent sur d’autres points. Certains, comme Bérangère et Sixtine, étudiantes, vont jusqu’à prôner l’interdiction totale de la procréation médicalement assistée (PMA), y compris pour les couples hétérosexuels, ou encore la suppression de l’avortement. Là où d’autres se disent ouverts à l’adoption par un homosexuel, «mais sans que la reconnaissance de deux pères soit possible».

Autre point de rupture : le terrain politique. «On se battra jusqu’à l’abrogation», gronde un retraité du Loiret qui fustige le bilan de Hollande, qui a fait «tout et n’importe quoi sur la famille, sur l’immigration sans limite, ou encore avec l’enseignement du genre à l’école». Pour lui, un seul homme peut changer la donne : Jean-Frédéric Poisson. «C’est le seul cohérent. Les autres ne font que retourner leurs vestes. Quant à Fillon, il ne va pas assez loin.» Absent du défilé, le candidat, qui promet non pas d’abroger mais d’amender la loi, avait toutefois fait part de son «soutien» aux manifestants. Reste que les chances de Poisson de se qualifier à la primaire de droite sont assez maigres. «Alors, ce sera Marine Le Pen, ce n’est pas la meilleure, mais elle a des convictions», enchaîne, sans hésiter, le retraité sexagénaire. Tout en regrettant que Marion Maréchal-Le Pen, plus incisive que sa tante sur ces thématiques, ne soit pas candidate.

Le moins dernier, une grande manifestation contre le mariage homosexuel s'était passé au Mexique.

A lire: Londers: Deux hommes ont arraché le voile d'une femme en pleine rue