Les passes d'armes se sont multipliées lundi soir lors du premier débat entre les candidats à la Maison-Blanche. La démocrate a marqué plus de points.

Ce devait être le match du siècle et, au niveau du combat, le premier débat a tenu ses promesses. S'il n'y a pas eu de KO, il est clair que Donald Trump a plutôt passé une mauvaise soirée lundi face à Hillary Clinton.

Pour les deux candidats à la Maison-Blanche, l'objectif était double: s'affirmer comme un occupant crédible du Bureau ovale et séduire les électeurs indécis ou peu motivés qui pourraient faire la différence le jour du scrutin.

Sur ces deux tableaux, l'ancienne secrétaire d'État a marqué des points appréciables. Le milliardaire, en revanche, n'est pas apparu capable de hausser le niveau par rapport à ce qu'il produit habituellement sur ses podiums de campagne.

Il a répété les mêmes formules sans jamais expliquer comment il s'y prendrait pour concrétiser ses promesses. S'il a assené quelques coups à son adversaire, l'efficacité a plutôt été du côté de Clinton, qui a défendu ses arguments avec la conviction d'un avocat et attaqué Trump avec la méthode d'un procureur.

Beaucoup de mimiques et d'interruptions d'un côté, une posture très contrôlée de l'autre. Le face-à-face a débuté de manière sobre, mais les passes d'armes se sont multipliées dès le premier quart d'heure. Quatre d'entre elles sont allées au-delà des escarmouches.

Hillary Clinton est passée à l’offensive en accusant Donald Trump d’avoir quelque chose à cacher en refusant de dévoiler ses déclarations de revenus, comme le veut la convention en campagne présidentielle. « Ce doit être quelque chose de très important, de terrible même, qu’il essaie de cacher », a-t-elle suggéré. Si le magnat de l’immobilier devait « s’approcher de la Maison-Blanche, quels seraient les conflits ? À qui doit-il de l’argent ? » a poursuivi la démocrate.

« Je dévoilerai mes déclarations de revenus — contre l’avis de mes avocats — lorsqu’elle [Clinton] rendra publics les 33 000 courriels effacés », a rétorqué Trump, ramenant sur le tapis l’affaire du serveur privé que Hillary Clinton a utilisé lorsqu’elle était secrétaire d’État.

Donald Trump a ainsi tenté de tirer sur les boulets que traîne Hillary Clinton depuis le débat de la campagne. Selon un récent sondage du New York Times, quelque deux électeurs sur trois estiment qu’elle manque d’honnêteté et un seul électeur sur trois environ juge qu’elle peut être un agent de changement. En plus d’aborder l’enjeu du serveur privé, Trump n’a pas manqué de souligner que Clinton évolue dans la sphère politique depuis plus de 30 ans et que son expérience était « mauvaise ».

Racisme et misogynie

Hillary Clinton, à qui l’électorat noir, hispanique et féminin est largement acquis — lequel doit aller voter en masse le 8 novembre si elle veut remporter la présidentielle —, n’a pas manqué de rappeler les propos jugés racistes et misogynes de son rival républicain. Dans un long échange portant sur la controverse au sujet du lieu de naissance de Barack Obama, Hillary Clinton a affirmé que Trump « a vraiment basé le début de sa carrière politique sur le mensonge raciste que notre premier président noir[Barack Obama] n’était pas un citoyen américain ». Ce n’est que le 16 septembre dernier que Donald Trump a finalement déclaré qu’il croyait que M. Obama était bel et bien né aux États-Unis.

En fin de débat, elle a également rappelé que Trump avait déjà traité des femmes « de porcs, de ploucs et de chiennes ».

« Clinton a montré qu’elle était plus prête à diriger le pays que son rival », estime Julien Tourreille, chercheur à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand à l’UQAM. « Elle n’est pas tombée dans le piège de paraître trop condescendante envers son adversaire [ce qui avait fait perdre des points à Al Gore vis-à-vis de George W. Bush lors du premier débat présidentiel en 2000]. Elle a aussi été habile en exploitant certaines portes ouvertes par Trump sur les femmes et le racisme. »

De son côté, malgré des interruptions, des propos cinglants et des échanges musclés, Donald Trump est apparu plus calme et posé que d’ordinaire. Il a ainsi évité lui aussi de tomber dans le piège de paraître imprévisible, irascible et impétueux, ce qui a fait sa marque de commerce au cours de la campagne. « Le débat était animé, mains moins acrimonieux que ce à quoi on pouvait s’attendre », estime M. Tourreille.

Le tempérament du candidat républicain était en effet l’une de ses principales vulnérabilités pour ce premier débat, et Hillary Clinton comptait bien l’exploiter. Quelque deux électeurs sur trois aux États-Unis estiment qu’il n’a pas un comportement approprié pour occuper la Maison-Blanche, selon un récent coup de sonde effectué par le New York Times.

Au coude-à-coude

Le débat avait lieu alors que la course s’est grandement resserrée. Donald Trump a réussi à gruger jour après jour l’avance de plus de 7 points que Mme Clinton détenait début août. En incluant les candidats des tiers partis Gary Johnson et Jill Stein, qui recueillent à eux deux quelque 10 % des intentions de vote, la démocrate ne jouissait plus lundi que d’une avance de 1,5 % sur son rival républicain, selon la moyenne des sondages compilés par le site RealClearPolitics.

Si l’histoire peut servir de guide, il y a relativement peu de gains à faire au détriment de son adversaire lors d’un débat, faisait remarquer dimanche Nate Silver sur le site d’analyse électorale FiveThirtyEight.com. Autrement dit, il y a peu de chances qu’un partisan de Donald Trump change de camp pour aller dans celui de Hillary Clinton et vice-versa. Si gain il y a, celui-ci se fait principalement en allant chercher les indécis et les personnes qui jettent jusqu’ici leur dévolu sur un tiers parti. Or ce groupe est anormalement nombreux cette année, soit 18 % des électeurs, comparativement à entre 5 et 10 % il y a quatre ans.

A lire: Notre interview avec William Blum: 

''Trump est beaucoup moins susceptible de déclencher une guerre contre la Russie que Clinton''