Alors que les accords de Schengen sont de plus en plus contestés, Alexis Feertchak analyse la décision d'Angela Merkel de fermer provisoirement la frontière entre l'Allemagne et l'Autriche.

Avec le rétablissement d'un contrôle aux frontières entre l'Allemagne et l'Autriche, «Maman Merkel» change-t-elle de visage? Les journaux français, qui faisaient de la chancelière allemande l'égérie d'un sursaut moral européen face à la crise migratoire, va-t-elle derechef être affublée d'un casque à pointe comme lors de la crise grecque et de sa gestion germanique un rien martial? Bref, rejoint-elle la politique des barbelés du populiste Viktor Orban qui souhaite dès demain clôturer définitivement la frontière entre la Hongrie et la Serbie? Là est le paradoxe: loin de représenter une volte-face germanique, le rétablissement des frontières allemandes, suspendant de facto l'application des accords de Schengen, est la continuation logique de la politique d'accueil généreuse décidée par l'Allemagne le 3 septembre dernier. Les frontières ne semblent plus être l'apanage des méchants, ceux qui refusent d'accueillir des migrants, mais s'ouvrent par nécessité aux gentils, qui acceptent de prendre leur part de la misère du monde.

Depuis dimanche, apparaît, malheureusement en filigrane seulement, un nouvel éloge des frontières: celles-ci sont naturellement nécessaires au maintien de l'ordre public, à la prise en compte de la sécurité nationale, mais elles le sont encore au regard du devoir humanitaire qui exige que soit garanti le droit d'asile sur le continent européen.

Cet éloge des frontières, pour reprendre le titre du livre prophétique de Régis Debray, est malheureusement inavoué et non assumé par les gouvernements français et allemand, qui préfèrent faire peser la responsabilité de ce rétablissement des contrôles aux frontières sur la mauvaise volonté des pays d'Europe centrale, qui ont décidé, comme la France il y a encore peu de temps, de refuser catégoriquement le système des «quotas» mis en branle par la Commission européenne.

La chancelière allemande a aussi tenu à défendre l'accord signé entre l'Union Européenne et Ankara. Depuis mars 2016, Ankara s'est en effet engagé à stopper les flux de réfugiés qui tentent d'atteindre l'Europe et notamment la Grèce en passant par la Turquie, tout en permettant à un certain nombre de demandeurs d'asile de se rendre dans l'UE légalement. En échange, l'Union européenne a promis de financer une partie de cet accueil des migrants en versant 6 milliards d'euros à la Turquie, d'accélérer le processus d'intégration de la Turquie dans l'UE et d'exempter de visa les citoyens turcs dans l'espace Schengen. Un accord fragile, que la Turquie a menacé à plusieurs reprise de rompre, estimant que l'Union Européenne ne tenait pas ses engagements. 

Enfin, pour la chancelière, l'Europe sort renforcée de la crise des réfugiés. Cette dernière aurait permis d'améliorer le dialogue et la coordination entre pays européens. «Tout le monde doit contribuer à la politique migratoire européenne. Par exemple, la Pologne doit participer à la défense des frontières extérieures, dans la mer Egée» a conclu Angela Merkel. 

Ces déclarations interviennent alors que le parti conservateur de la chancelière, la CDU, fait face à des échéances électorales particulièrement difficiles et que la cote de popularité du chef du gouvernement ne cesser de baisser. Simultanément, l'hostilité à l'égard de la politique migratoire de la chancelière augmente, notamment après la vague d’attaques de cet été qui comprend une attaque à la hache près la ville de Wurzburg et un attentat-suicide à Ansbach en Bavière. Des migrants ont été identifiés comme responsables de ces attaques, liées au terrorisme islamiste.

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