Après la démonstration de force du peuple yéménite descendu massivement samedi dernier dans les rues de la capitale Sanaa, il est probable que la situation au Yémen prenne désormais une nouvelle tournure.

En effet, la manifestation qui a regroupé plus d’un million de personnes est la plus importante que le pays a connue. Elle confère une légitimité populaire au nouveau Conseil suprême politique, auquel les participants ont apporté leur soutien, tout en signifiant au monde entier leur volonté «d’émancipation de la tutelle saoudienne».

Le Conseil politique a été créé après l’échec des dernières négociations inter-yéménites sous les auspices de l’ONU au Koweït, faute de compromis entre les parties en conflit.

Ce Haut Conseil suprême, composé de dix membres, représentant pour moitié AnsarAllah et pour l’autre moitié le Congrès général du peuple (CGP), de l’ex-président Ali Abdallah Salah, est venu sceller un accord entre ces deux forces principales qui se sont opposées à l’agression saoudienne.

Il devient ainsi la première autorité politique dans le pays et sera le seul interlocuteur des forces yéménites dans les futurs pourparlers de paix à venir, en vue d’une sortie de crise.

Après l’aval du Parlement yéménite et l’appui de la société civile, c’est au tour du peuple yéménite d’exprimer dans la rue son soutien à ce Conseil, dont la création va permettre aux forces nationales de renforcer le front interne dans leur lutte contre la coalition saoudienne et leurs supplétifs à un moment déterminant de l’agression meurtrière déclenchée le 26 mars 2015 par le royaume wahhabo-sioniste contre son voisin yéménite.

La légitimité incontestable de cette nouvelle autorité politique, va mettre fin à «la légitimité» du président Abd Rebbo Mansour Hadi, qui a été utilisée comme carte politique par l’Arabie Saoudite et ses alliés pour monter l’opération de l’invasion du 26 mars 2015 et massacrer sa population civile, en utilisant des armes prohibées, en l’affamant par un blocus total et en détruisant ses infrastructures. On se souvient du dernier « exploit » en date de la pseudo-armée saoudienne : le bombardement d’un hôpital de Médecins sans frontières le 15 août qui a fait 19 morts et 24 blessés, soulevant un tollé auprès de l’opinion internationale.

Sur le terrain des opérations militaires, le rapport de forces est loin d’être en faveur de Riyad, qui s’achemine vers une défaite humiliante malgré les effets d’annonce sur des victoires fictives.

Les comités populaires et l’armée restée fidèle à Ali Abdallah Salah ont tenu en échec la coalition saoudienne aidée par les États-Unis, l’entité sioniste et d’autres pays occidentaux.

En effet, malgré l’intensification des offensives aériennes et terrestres faisant suite à l’échec des négociations, la coalition saoudo-sioniste a été incapable de prendre le contrôle de Sanaa, Taez ou Maarib.

De son côté, le peuple yéménite offre une farouche opposition et les forces de la résistance ont pénétré en territoire saoudien à divers endroits, ce qui pourrait donner à cette guerre une tournure décisive, allant dans le sens d’une défaite saoudienne cinglante.

Ceci inquiète fortement les commanditaires occidentaux qui semblent sentir le vent tourner, et une réunion est prévue à Djeddah à la fin du mois entre Américains, monarchies du golfe et l’envoyé spécial de l’ONU au Yémen, Ismaïl Ould Cheikh, afin d’étudier la situation.

La confiance occidentale envers le pantin saoudien semble avoir atteint ses limites, et au lendemain de la manifestation de Sanaa, le porte-parole de la Marine US à Bahreïn a déclaré que les États-Unis avaient décidé de restreindre le nombre de conseillers militaires américains en Arabie saoudite.

Simultanément, le porte-parole du Pentagone, Adam Stump, précisait samedi dans un communiqué de presse que le soutien de Washington à la coalition commandée par Riyad n’était pas «un chèque en blanc».

Par Yahia Gouasmi