Il n'allait donc pas bien dans sa pauvre tête. Il buvait. Il lui arrivait de battre sa femme. Même qu'il avait été suivi psychologiquement. Et le plus important, ce qu'il faut retenir avant toute chose, c'est qu'il n'était pas musulman. Ou alors si peu que ça ne vaut même pas la peine d'en parler.

C'est le père du tueur qui le dit. Lui-même est un musulman pieux. Et, fort de sa pratique religieuse, il déclare que son fils ne respectait pas le Ramadan. Et qu'on ne le voyait pas à la mosquée. Donc rien à voir avec l'islam. Plutôt que de pleurer la mort de son fils (un tueur, mais son fils quand même !), Mohamed Mondher Lahouaiej-Bouhlel préfère protéger la réputation de la religion qui est la sienne.

Normal : il est membre du parti islamiste tunisien Ennahdha… 

Un flot visqueux d'eau bénite pour noyer le poisson. Dans cette compétition aquatique, la palme revient au sociologue Michel Wieviorka. Dans le Journal Du Dimanche, il s'est emporté contre les commentateurs qui "sans la moindre prudence ont parlé d'emblée de terrorisme et d'islam". Lui reste prudent, et sa prudence se fonde sur une donnée irréfutable : le tueur, dit-il, "n'a pas accompagné sa course folle d'incantations du genre "Allah Akbar"". C'est bien vrai, ça… Sur la promenade des Anglais, on n'a entendu aucun "Allah Akbar". Le moteur du camion semi-remorque faisait beaucoup de bruit. Et les cris des hommes, des femmes et des enfants écrasés encore plus. Michel Wieviorka doit avoir des problèmes d'acoustique. Il sélectionne certains sons et pas d'autres. C'est spécial. Sa pensée aussi… 

Il nous faut maintenant quitter les rivages de la sociologie pour voguer vers ceux de la psychiatrie. Le tueur, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, était, selon ce qui nous est dit, un déséquilibré. Tout comme l'était sans doute le chauffeur-livreur de l'Isère qui a décapité son patron selon un mode d'emploi élaboré par Daesh et qui a déposé sa tête sur un drapeau de l'organisation islamiste. D'éminents psychiatres, psychanalystes et psychothérapeutes se penchent sur ces troubles très spécifiques. 

D'après leurs travaux, il ressort qu'aucun déséquilibré de culture catholique n'est allé avec son camion écraser une centaine de musulmans le jour de la rupture du jeûne… Aucune trace non plus d'un Juif fou qui avec une machette aurait tenté d'égorger un imam… Pareillement, nulle enquête n'a démontré qu'un déséquilibré protestant aurait envisagé de s'attaquer aux enfants d'une école coranique… 

En revanche, il a été prouvé que parmi les jeunes musulmans qui sont partis pour la Syrie et l'Irak, il y avait un certain nombre de déséquilibrés. Les spécialistes estiment en effet qu'égorger un homme au couteau et violer une petite fille de 12 ans témoigne d'un trouble manifeste du comportement. C'est ce qu'ils disent. Ils doivent savoir… 

Ceux qui nous gouvernent et nous informent aiment beaucoup le mot "déséquilibré". Ils adorent également l'expression "vivre ensemble". C'est prêché et préconisé après chaque attentat. Alors écoutons ces bonnes paroles. Et tous en chœur chantons :"déséquilibrés de toutes races, de toutes religions, unissez-vous !". Quelle belle ronde fraternelle que celle des déséquilibrés catholiques, juifs, bouddhistes, hindouistes, musulmans, se donnant tendrement la main ! Il reste – désolé de terminer sur une note aussi grinçante – que certains déséquilibrés ont des couteaux, et les autres pas.