Le ramadan débute dans quelques jours. En France, en Belgique, les MRE s’attendent à un difficile mois de jeûne en raison notamment des longues journées auxquelles ils devront faire face, mais pas seulement.

« Le Maroc nous manque, parce que ici c’est facile et difficile en même temps », « On va faire autour de 18h de jeûne, mieux vaut être au Maroc »…Voilà autant de pensées qui traversent l’esprit des Marocains de l’étranger à moins de cinq jours du début du ramadan.

En effet, en France et en Belgique - les pays de l’UE abritant la plus importante communauté de Marocains à l’étranger- le jeûne débutera le 6 ou 7 juin. Les familles ont déjà commencé à se ravitailler pour l’occasion et les associations s’organisent déjà pour la rupture commune du jeûne. « Nous ouvrons ces moments à toutes les religions. Catholiques, juifs, bouddhistes,…viennent partager avec nous des pâtisseries, du thé, du lait, bref tout ce qui fait un bon ftour », explique Mohamed Eslassi, président de l’association des Marocains d’Aix-les-Bains, une commune du sud-est de la France.

De longues journées de jeûne pour un même rythme de travail

Mais les moments qui précéderont le ftour s’annoncent plutôt difficile pour les jeûneurs. Salem Fkire de l’association Cap Sud MRE tient à souligner que « le jeûne est une fête », mais qui pourrait être « psychologiquement difficile » pour la communauté cette année. « Le mois de juin a les plus longues journées de l’année et on est obligé de garder le même rythme professionnel. Ce n’est pas toujours évident », explique-t-il.

En effet, certains musulmans en général et marocains en particulier ont du mal à suivre le même rythme de travail pendant le mois de jeûne. « Certains réussissent à trouver un terrain d’entente avec leurs patrons pour aménager leurs horaires, d’autres en revanche n’ont font face des refus catégorique et cela entraine souvent des tensions avec les employeurs », explique M. Eslassi.

On n'hésite pas à s'adapter si possible

Mohamed Harba est paysagiste. Quand il était employé, il travaillait à temps plein. Mais depuis qu’il gère sa propre société dans laquelle il emploie également des Marocains, il aménage l’emploi du temps général pendant le mois de jeûne. « J’essaie de réduire le temps de travail, ou alors j’organise les congés », explique le chef d’entreprise. Après, il reconnait que le secteur dans lequel il opère lui offre cette facilité. « Il y a des secteurs où on ne peut pas se le permettre ici en France, certaines industries notamment. Donc, les gens sont obligés de travailler », argue-t-il.

En Belgique aussi, le problème est souvent manifeste. « Certains communautaires pensent que leurs employeurs sont obligés de considérer qu’ils jeûnent. Ils revendiquent le repositionnement de leur heure de table, afin de sortir plus tôt. Leur productivité baisse et cela crée parfois des tensions avec les patrons », explique Khalid Mansouri, député à Bruxelles. Ce que confirme Khalid Zeguendi du journal Le Maroxellois. D’après lui, « de plus en plus de Marocains » de Belgique rentrent au Maroc pendant le mois de ramadan, pour ne plus être contraints aux réalités de leur pays d’accueil. « Ils préfèrent jeûner au bled », souligne-t-il. D'autant plus qu'au Maroc le jeûne dure autour de 16h, soit deux heures moins qu'en Europe.

Le ramadan ne doit être un prétexte pour personne

Mais tous ces MRE refusent que le ramadan soit « un alibi » pour les musulmans peu travailleurs pendant le mois de ramadan. « Le jeûne est une question personnelle. On ne peut pas dire que je fais le ramadan, donc j’ai le droit de travailler moins », estime M. Mansouri. « Ce sont les musulmans qui doivent d’adapter à la vie de leurs pays d’accueil, pas le contraire », martèle Zeguendi.

En France en revanche, on estime cependant que l’effort doit être partagé. « Le ramadan ne doit être un prétexte ni pour les musulmans prêts à revendiquer des choses, ni pour les employeurs. Chacun devrait essayer de comprendre l’autre et faire des efforts dans ce sens. C’est cela le vivre-ensemble », explique Salem Fkire.

YABILADI