New York, 26 fév 2016(AFP) Dans un contexte global difficile pour l ' islam, un musée de New York a osé le pari de faire découvrir aux enfants les cultures musulmanes dans le monde, du Michigan à la Chine.

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Ce mercredi matin, des enfants s ' activent un peu partout au rez - de - chaussée du Children ' s Museum of Manhattan, dans le quartier d ' Upper West Side. Dans le fond de l ' exposition, une petite fille s ' est fait un pagne avec un tissu sénégalais et remue joyeusement. " C ' est super ce truc pour danser! " Non loin de là, des enfants de sa classe tentent de remettre dans l ' ordre une céramique turque et d ' autres hument les odeurs d ' épices de Zanzibar. Au musée des enfants de Manhattan, l ' entrée dans le monde musulman se fait par le toucher, l ' expérimentation, dans un décor de couleurs vives. L ' exposition " America to Zanzibar " porte sur les " cultures musulmanes ", et non sur l ' islam, qui n ' est qu ' évoqué en filigrane, et dont les principes religieux sont absents. " Nous n ' interprétons pas la religion ", explique Andrew Ackerman, directeur exécutif du musée, pour qui l ' exposition montre " comment des gens qui partagent une même foi l ' expriment de manières si différentes ". Pour autant, le choix détonne dans un pays où plusieurs candidats à l ' investiture républicaine pour la présidentielle ont stigmatisé les musulmans ces derniers mois, notamment Donald Trump. Plus généralement, l ' émergence de l ' Etat islamique(EI) ces dernières années a dégradé l ' image de l ' islam dans le monde. Andrew Ackerman assure que ce contexte est étranger à la décision de monter cette exposition ou à son contenu, qu ' il affirme préparer depuis six ans. Pour lui, il s ' agissait avant tout d ' ouvrir une fenêtre sur la culture des pays de tradition musulmane, qui est généralement mal mise en valeur ou " pas représentée du tout ". " Le défi était de représenter toutes ces cultures. Comment choisir, pour donner le meilleur aperçu possible? Ce questionnement était complètement indépendant de tout événement récent ", soutient - il. L ' une des originalités de l ' exposition est qu ' elle fait le lien avec l ' héritage musulman aux Etats - Unis et n ' évoque pas seulement des pays lointains. Les enfants aperçoivent ainsi la mosquée de Dearborn(Michigan, nord), une maison de thé d ' inspiration tadjik à Boulder(Colorado, ouest) ou les tissus sénégalais vendus à Harlem. Une salle est aussi dédiée aux témoignages de musulmans américains qui ont rassemblé des objets, des livres, des disques ou des photos. " Nous voulions vraiment intégrer l ' histoire américaine, qui est plus diverse que dans le reste du monde ", justifie Andrew Ackerman, soulignant que New York comprend des représentants de tous les pays musulmans. - " pas que la Syrie " - " C ' est très bien. Ils apprennent à connaître une autre culture ", s ' enthousiasme Judith Espaillat, maîtresse de second grade, équivalent du CE1. Le mot musulman évoque peu de choses à Alex, l ' un de ses élèves, mais il ne s ' est pas ennuyé une seconde. Durant la première semaine de l ' exposition, qui a démarré le 13 février, le musée a vu passer 13.000 visiteurs, malgré le froid polaire. " Ils veulent montrer que cette culture est normale, pas folle ", observe Francesca Azzariti, Italienne qui vit à New York. Outre les tissus et la céramique, le musée consacre une pièce aux mosquées et à la richesse de leur architecture. Il rappelle aussi, grâce à divers objets, la contribution des musulmans aux sciences. " C ' est un bon antidote à la manière dont les gens parlent de la culture musulmane. Elle est diverse, inoffensive, contrairement à ce que les médias nous montrent en permanence ", abonde Grania Brigden, Britannique vivant en France. " C ' est bien de voir les autres éléments(du monde musulman), la nourriture, les couleurs ", poursuit - elle. " L ' islam, c ' est l ' Afrique, l ' Asie, ce n ' est pas que la Syrie. " L ' exposition va durer au moins un an et pourrait ensuite voyager dans d ' autres villes des Etats - Unis. Destinée aux enfants, elle est aussi un bon point d ' entrée pour les adultes. " Il y a beaucoup de gens qui ne se définissent pas comme amateurs de musée mais qui viennent ici parce que c ' est pour les enfants ", explique Andrew Ackerman. " Si nous pouvons susciter la curiosité ", dit - il, " en tant que musée, c ' est parfait ".