Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, et Sundar Pichai, PDG de Google, ont tous les deux exprimé leur soutien à la communauté musulmane après un discours très virulent de Donald Trump.

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Il est rare que Sundar Pichai prenne la parole pour discuter d ' autre chose que de Google. Samedi, le PDG du groupe américain a publié un texte très personnel pour soutenir la communauté musulmane aux États - Unis. «Nous ne devons pas trahir nos valeurs. Nous soutenons les musulmans et les autres minorités aux États - Unis et dans le monde», écrit - il. L ' entrepreneur, qui est né en Inde, utilise son propre exemple pour prôner la tolérance et louer l ' ouverture d ' esprit des États - Unis. «Je suis arrivé[ici] il y a 22 ans. J ' ai été assez chanceux de pouvoir y intégrer une université. Puis, petit à petit, j ' ai vu que travailler pouvait m ' ouvrir davantage de portes», se souvient - il. «Je me sentais intégré à ce pays, comme je me sentais intégré en Inde durant mon enfance.»

Les propos de Sundar Pichai suivent de près ceux d ' une autre grande figure du Web et des nouvelles technologies. Mercredi dernier, Mark Zuckerberg s ' est lui aussi fendu d ' un message de soutien envers la communauté musulmane. «Je ne peux qu ' imaginer la peur que les musulmans doivent ressentir, la crainte d ' être persécutés pour les actions d ' autres personnes», a - t - il écrit. «Si vous êtes musulmans, en tant que chef de Facebook, je peux vous assurer que vous êtes les bienvenus ici et que nous nous battrons pour préserver vos droits et bâtir un environnement paisible et sans danger pour vous.»

Un débat politique

Ces deux déclarations sont une prise de position politique forte. Le statut de Mark Zuckerberg a été publié quelques heures après un discours de Donald Trump. Le candidat américain aux primaires républicaines appelait à empêcher l ' immigration des musulmans aux États - Unis. Sans le nommer directement, Sundar Pichai fait clairement référence à l ' homme politique dans son texte. «C ' est un crève - cœur d ' entendre des discours d ' intolérance, qui disent que notre pays irait mieux sans les voix, les idées ou les contributions d ' un certain groupe de personnes, simplement du fait de leur origine ou de leur religion», a expliqué le PDG de Google.

Il est rare que les patrons de la Silicon Valley affichent ainsi leurs opinions personnelles, même si leur penchant pour les démocrates est connu. Lors des élections américaines de 2012, Barack Obama avait reçu 83% des fonds provenant de donateurs issus des dix premières entreprises de nouvelles technologies.

Les sociétés de la Silicon Valley s ' engagent généralement en politique lorsque cela sert leurs intérêts. Uber a affronté le maire démocrate de New York Bill de Blasio, car ce dernier menaçait de limiter sa croissance. Le combat le plus emblématique de la Silicon Valley reste néanmoins celui en faveur d ' une réforme de la politique d ' immigration. Cette dernière est fondamentale, car elle régit les règles selon lesquelles les entreprises peuvent recruter des étrangers. En 2013, Mark Zuckerberg a lancé la fondation FWD. us, afin de faciliter l ' arrivée de travailleurs migrants aux États - Unis. Elle est soutenue par Bill Gates, fondateur de Microsoft, Marissa Mayer, PDG de Yahoo!, ou Drew Houston, PDG de Dropbox. Selon Mark Zuckerberg, les immigrants sont «la clé» du succès économique des États - Unis. Facebook, en tant qu ' entreprise, aimerait évidemment en bénéficier.

Engagement difficile

Même si la fondation FWD. us s ' est déjà publiquement opposée à Donald Trump, les propos récents de Mark Zuckerberg et Sundar Pichai sont d ' une autre trempe. Ils témoignent de valeurs personnelles, qui ne profitent pas directement à leur entreprise. En ce sens, ces discours pro - musulmans évoquent l ' engagement des entreprises du Web en faveur des droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres. Facebook, Google, Microsoft ou Apple participent tous à la gay pride de San Francisco. Ils ont aussi fait des dons importants pour des associations LGBT ou des efforts de lobby en faveur du mariage homosexuel. Pour les entreprises, il s ' agit aussi bien d ' un enjeu d ' image que d ' agir en faveur de leurs propres employés. Jusqu ' au plus haut niveau: Tim Cook, PDG d ' Apple, a publiquement annoncé son homosexualité l ' année dernière.

Mais il s ' agit aussi de répondre à une demande des utilisateurs, qui utilisent souvent les plateformes en ligne pour exprimer leurs revendications. C ' est le cas des militants LGBT mais aussi de la communauté musulmane, elle aussi très présente sur Facebook. Vient s ' ajouter à cela la dimension internationale de ces sites Web. On utilise YouTube, Google ou Facebook à Paris, à San Francisco comme à Tunis. Le message de Mark Zuckerberg est aussi une main tendue vers les utilisateurs de Facebook de confession musulmane, pour les encourager à utiliser son service.

Défendre les droits des minorités est un terrain miné pour les entreprises du Web. Leur bonne volonté est entachée par les polémiques à répétition sur leur politique de modération. Comment se dire défenseur des minorités lorsque ces dernières sont victimes de propos de haine sur ses propres pages ou de règles jugées injustes? Facebook, par exemple, a été très critiqué quand il a forcé certains utilisateurs, notamment des drag queens et des personnes transexuelles, à utiliser leur nom de naissance sur son site. Le même problème se pose pour la communauté musulmane. Au nom de la liberté d ' expression, le réseau social autorise les critiques, même violentes, contre des entités. Par exemple, il est possible de créer un groupe «mort à l ' Islam», mais pas «mort aux musulmans»(car il s ' agit d ' une attaque haineuse directe). Une subtilité qui est vécue par certains comme une hypocrisie. En Allemagne, où Facebook est régulièrement accusé de donner une plateforme d ' expression à l ' extrême droite, ses locaux ont été vandalisés samedi soir. «Il serait peut - être temps de mettre vos idéaux en pratique», résume un internaute.