France - Etat d’urgence: Les premiers dérapages

Par Michel Servin

Alors que l’état d’urgence a été voté, pour trois mois, en raison des attentats du 13 novembre, des militants écologistes viennent d’être assignés à résidence, dans le cadre de la COP21.

Les Français, anesthésiés par les discours néo - conservateurs du chef de l’Etat et de son Premier ministre, éblouis par les cérémonies pavoisées de drapeaux tricolores, dopé par la violence marseillaise,(qu’un sang impur abreuve nos sillons), galvanisé, par les bombes larguées sur l’ennemi, ne semblent pas voir s’installer l’arbitraire, qui se glisse et s’installe, insidieusement, dans notre pays.

Pour la première fois en France, sous la Ve République, des Musulmans semblent avoir été assignés à résidence, sur de simples dénonciations, comme au «bon vieux temps» de l’Occupation.

Plus inquiétant, encore, ce sont des militants écologistes et gauchistes, qui ont été assignés à résidence, sous couvert de la loi établissant l’état d’urgence et votée par le Parlement, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Ainsi, les premiers dérapages auxquels on n’osait croire ont bien eu lieu, sous un gouvernement, dit «de gauche». Dans son discours, en hommage aux victimes des attentats, le président de la République a même averti que la France dérogerait aux obligations de la Convention des droits de l’Homme.

Ainsi, au - delà des bonnes intentions, relayées par des médias béats et quelques bobos parisiens brandissant des slogans de Bisounours, c’est avec une main de fer que le couple Hollande - Valls tient, désormais, le pays. Ce qui était à craindre de Nicolas Sarkozy s’est concrétisé avec son successeur, celui - là même, qui était censé incarner la rupture(«Moi président…»).

Un coup d’Etat a bien eu lieu, le deuxième, en moins de dix ans. Désormais, sous couvert de lutte contre le terrorisme, et dans la droite ligne du " Patriot Act " néo - conservateur américain, la liberté de manifester est entravée, la population, surveillée, les droits fondamentaux, «dérogés».

Face à la montée de l’arbitraire, au cynisme froid d’un président et de son Premier ministre, qui pavoisent après les attentats qu’ils n’ont rien fait pour empêcher, à un chef de la Diplomatie doctrinaire, qui les a, indirectement, encouragés, à une propagande, qui ne se cache plus, à l’indigence de ministres incompétents, à l’irrésistible montée du chômage et de la détresse sociale, aux invectives d’un patronat,(MEDEF), toujours, plus agressif, à une oligarchie, toujours, plus avide, à une justice, toujours, plus inique, à des médias, toujours, plus soumis, le peuple français restera - t - il sans réagir?

Dans son roman satirique 99 francs, dénonçant le monde des communicants et autres publicitaires, Frédéric Beigbeder citait un de leurs principes de base: «Ne prenez pas les gens pour des cons, mais n’oubliez jamais qu’ils le sont». Vu la remontée de François Hollande et de Manuel Valls, dans les sondages, on pourrait croire à l’efficacité de ce principe, mais ce serait oublier qu’il n’est valable que sur le court terme. De fait, s’il ne change pas de stratégie, l’Exécutif se condamne à nager entre les vagues, toujours, plus grosses, tel un «capitaine de pédalo», pris dans une tempête…