ATTENTAT. La jeune démocratie tunisienne, meurtrie il y a cinq mois, a été endeuillée hier par une nouvelleattaque contre la garde présidentielle.

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UNE VIOLENTE EXPLOSION, un bus en flammes en plein cœur de la capitale, et c’est toute la Tunisie qui bascule à nouveau dans l’horreur. En fin d’après - midi hier, au moins 12 agents de la sécurité présidentielle ont été tués, et 17 autres blessés dans un attentat contre un autocar à Tunis, sur l’une des principales artères de la cité. Selon un responsable du ministère de l’Intérieur tunisien, toutes les victimes appartiennent à l’unité d’élite chargée d’assurer la protection de la présidence.

Dans le bus calciné, le chaos. «La plupart de ceux qui se trouvaient dedans sont morts», rapporte un témoin sur place. «C’était effroyable. Une vision d’horreur, un cauchemar», nous confiait hier soir une source gouvernementale, encore sous le choc après s’être rendue sur place. Onze jours après les attentats qui ont endeuillé Paris, c’est la jeune démocratie tunisienne qui est frappée.

Un attentat pas encore revendiqué

Selon de premiers éléments, un kamikaze qui se trouvait dans le bus se serait fait exploser. Toutefois, l’information n’était pas confirmée et l’attentat, pas revendiqué hier soir.

Aussitôt après l’explosion, le président Béji Caïd Essebsi a annulé sa visite d’Etat prévue aujourd’hui en Suisse. Lors d’une brève allocution télévisée, il a—comme en France— proclamé l’état d’urgence dans tout le pays pour trente jours et a instauré le couvre - feu dans le Grand Tunis jusqu’à nouvel ordre.

Les Tunisiens ont déjà vécu plus de trois ans en état d’urgence: depuis le 14 janvier 2011, soit peu avant la fuite du dictateur Ben Ali, bouté hors du pays après un soulèvement populaire. La sécurité a été renforcée sur l’avenue Habib - Bourguiba, près du lieu de l’explosion, où se situent notamment le ministère de l’Intérieur et l’ambassade de France. L’accès à l’aéroport Tunis - Carthage a été interdit aux non - voyageurs.

Au Quai d’Orsay, on invite les ressortissants français à limiter leurs déplacements. Et Paris a condamné avec la plus grande fermeté cet attentat, le troisième à frapper le pays depuis le début de l’année(lire encadré). «Pourquoi on attaque la Tunisie? Parce que c’est un exemple, un Printemps arabe réussi grâce à la jeunesse et au peuple tunisien, a asséné Manuel Valls. C’est le contre - exemple que certains veulent abattre, donc il faut soutenir cette démocratie qui fait face avec beaucoup de courage à de nombreux défis, et notamment celui du terrorisme.»

Ce nouveau carnage intervient en effet cinq mois après l’attaque qui a fait 38 morts sur une plage de Sousse et a porté un coup sévère à l’économie du pays, très dépendant du tourisme. Un nouveau massacre après ceux de Beyrouth(Liban), Paris et Bamako(Mali) qui n’en finit pas de placer ce mois de novembre sous le signe de la terreur.