Par: Abdel Bari Atwan

Le rédacteur en chef du journal «Rai al - Youm» et l’éminent écrivain du monde arabe, Abdel Bari Atwan s ' attarde sur la récente décision de Riyad d’interrompre la diffusion des émissions de la chaîne libanaise Al - Mayadeen sur Arabsat pour conclure que le régime saoudien et ses alliés craignaient les opinions de leurs opposants et leurs tribunes médiatiques.

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«Mettons de côté le prétexte et les causes avancés par les dirigeants saoudiens pour interrompre la diffusion de la chaîne Al - Mayadeen sur Arabsat, dont le siège du conseil d’administration se trouve à Riyad, et l’Arabie en détient un tiers des actions, nous parlons d’un phénomène plus important et plus dangereux; c ' est - à - dire la mutation des autorités saoudiennes en cette partie qui va décider qui est sincère, qui est libre, qui est impartial, qui est ennemi, qui est ami, qui est professionnel, qui non - professionnel, qui doit rester ou ne pas rester sur Arabsat ou Nilesat ou tout autre satellite arabe!

De l’avis de ce journaliste renommé du monde arabe, l’Arabie saoudite et la plupart de ses alliés au sein du Conseil de Coopération du golfe Persique(CCGP) et à la coalition arabe sous la houlette de Riyad, sont ceux qui ont décidé d’interrompre la diffusion des chaînes satellitaires yéménites, liées à Ansarallah. Ils avaient, déjà, empêché la diffusion des chaînes officielles libyennes dont le pays soit la Libye a des actions à l’Arabsat, en tant que pays arabe. Ce sont ces pays - là qui ont fermé les chaînes syriennes. En un mot, il est interdit de donner un avis opposé qui ne leur plaît pas, car ils ne tolèrent pas les opinions de leurs opposants et leurs tribunes médiatiques, bien qu’ils soient pauvres et défavorisés sur le plan financier et technique. Oui, l’Arabie saoudite et la quasi - majorité de leurs alliés s’emparent, aujourd’hui, des empires médiatiques et y consacrent des milliards de dollars.

Abdel Bari Atwan continue: les autorités saoudiennes faisaient et ne cessaient de faire cela et l’Arabie saoudite était passée désormais du cycle des pays capables d’imposer un black - out médiatique, dans lequel elle s’était spécialisée depuis 30 ans et qu’elle avait eu recours, à l’intervention militaire directe, et toutes ces démarchent se faisaient sous prétexte de protéger les nations, de propager les valeurs de l’équité sociale, de consolider les valeurs de la démocratie et d’un appareil judiciaire équitable indépendant.

«Le prétexte avancé par les responsables saoudiens pour avoir interrompu la diffusion des émissions de la chaîne Al - Mayadeen, qui avait invité un expert iranien critiquant l’Arabie saoudite pour son incurie envers la tragédie de Mina, est un prétexte acceptable, mais nous avons le droit de demander cette question aux dirigeants saoudiens: Quelle autre réaction attendaient - ils des responsables iraniens après la mort de plus de 300 pèlerins iraniens et la disparition des dizaines d’autres lors de la bousculade meurtrière de Mina dont le sort reste inconnu? Et ce alors que les autorités saoudiennes refusent toujours de donner des informations sur le sort des pèlerins iraniens et des pèlerins d’autres pays présents à la Mecque!

«Plus de deux mois se sont écoulés de la tragédie de Mina mais aucun bilan authentique n’a été rendu public sur le nombre des victimes ou le destin des pèlerins disparus. Aucun rapport n’a été encore publié sur la manière dont s’est produite cette tragédie. Qui en est responsable? Rien du tout malgré des milliers de caméra - surveillances qui se trouvent partout à Mina!

Une commission d’enquête s’est mise sur pied d’une part et de l’autre le monarque de l’Arabie saoudite a félicité son prince héritier, également le président de la haute Commission chargée de surveiller les affaires du Hadj, pour le déroulement réussi des rituels de cette années», a écrit ce renommé écrivain arabe. Et d’ajouter: «Le Yémen est le pays le plus pauvre du monde arabe, voire du monde entier et il est depuis plus de sept mois la cible des bombardements quotidiens de l’aviation saoudienne, équipée des avions de chasse sophistiqués américains. Les Saoudiens bombardent, massacrent et détruisent. Ils n’épargnent même pas une usine de produits laitiers ou une cérémonie de mariage. Dans le même temps, le blocus maritime, aérien et terrestre du Yémen fait basculer la population dans la famine.

Les citoyens yéménites sont menacés de mort par la famine ou bien par les bombes larguées par les chasseurs saoudiens. Qui a déclenché la guerre contre Ansarallah? Qui a allumé la mèche de ce conflit? Qui a dépensé, durant les trois dernières années, plus de 300 milliards de dollars pour acheter les missiles et les mortiers les plus sophistiqués et les plus meurtrières?»

Abdel Bari Atwan conclut ainsi son article: «Nous en avons assez de votre arrogance et égoïsme. Poursuivez cette méthode! Et vous allez bientôt voir la population déshéritée du monde arabe et les consciences éveillées se mobiliser contre vos gouvernements! Expulsez - nous de l’Arabie saoudite! Ne nous laissez pas entrer dans vos aéroports! Insultez - nous tant que vous voudrez! Mais nous ne cessons d’écrire même sur les murs! C’est la population opprimée du monde arabe qui sera toujours le vainqueur. Les pétrodollars ne persistent pas et l’heureux est celui qui tire des leçons du destin d’autrui».