A la demande de la fondation Jean - Jaurès, l ' institut de sondages Ifop s ' est posé la question. L ' étude a été menée par Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l ' institut.

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Résultat? Les personnes de confession musulmane ont massivement voté pour François Hollande en 2012 contribuant à sa victoire. Partisans toutefois déçus de lui à cause principalement des problèmes économiques et sociaux, comme l ' illustre l ' abstention massive de cet électoral lors des municipales de 2014.

Pour réaliser une telle étude comportant des aspects délicats, puisqu ' en France il est interdit d ' effectuer des statistiques ethniques, «nous avons croisé deux méthodes: une méthode classique, à savoir un sondage sur la présidentielle de 2012 au cours duquel nous avons demandé aux gens pour qui ils avaient voté, tout en leur demandant d ' indiquer leur religion», explique Jérôme Fourquet.

Son équipe a récolté dans sept villes(Roubaix, Marseille, Perpignan, Toulouse, Aulnay - sous - Bois, Mulhouse et Creil) les personnes inscrites dont le prénom évoque l ' origine " arabo musulmane ", peu importe si une personne est pratiquante. Le critère de l ' origine a été important pour l ' étude puisqu ' elle se concentre sur la communauté arabo - musulmane immigrée.

«Dans la première, on a des réponses sur les individus. Dans la seconde, on a une analyse dite ' écologique ', c’est - à - dire à l ' échelle d ' un quartier». Mais il se défend du sondage exhaustif. «Il s ' agit de tendances», précise Jérôme Fourquet.

L ' étude peut sembler choquante. Mais «on pense que si l ' on veut lutter contre les discriminations aujourd ' hui, comme la droite et la gauche le préconisent, il faut en mesurer l ' état. On n ' a pas la prétention de mesurer au millimètre, mais notre étude permet d ' avoir des tendances et de tordre le cou à certaines idées reçues», explique - t - il.

L ' ouvrage comportant tous les résultats du sondage, titré «Karim vote à gauche et son voisin vote FN», est publié aux Éditions de l ' Aube. L ' éditeur indique dans la présentation de l ' étude: « Depuis plusieurs décennies, on s’interroge à chaque élection sur la manière dont ont voté les électeurs en fonction de leur genre, de leur âge, de leur profession et, évidemment, de leur religion. Pendant longtemps, l’enjeu consistait à mesurer le vote “catholique” ou le vote “juif”.

Aujourd’hui, ­l’enjeu c’est aussi le vote “musulman”. Ce dernier a suscité de nombreux commentaires après les dernières élections municipales. Des socialistes battus, expliquant que leur défaite tenait à l’abandon de l’électorat musulman, conséquence du mariage pour tous.

Des leaders des ­Républicains, se réjouissant d’avoir récupéré le vote musulman. Enfin, quelques observateurs en mal de sensationnel sont allés jusqu’à annoncer le basculement de cet électorat vers le Front national. L’objectif de cet essai est très simple: étudier à la fois le vote “musulman” – vers qui se tourne - t - il et quelles sont ses motivations? – et l’impact électoral, s’il existe, de la présence d’une population d’origine " arabo - musulmane " dans les différents quartiers.

Dans cette enquête dirigée par Jérôme Fourquet apparaît le visage d’une France trop rarement représentée comme une réalité dans l’analyse des votes, alors qu’elle est, inversement, surexposée comme un fantasme dans l’imaginaire collectif.»