Les jeunes sont les protagonistes de cette rébellion. Lors de chaque vague de protestations, ils bâtissent de nouvelles structures populaires de résistance.

***

Ces derniers jours enPalestineont rappelé les images de lapremière Intifada.Des pneus que l’on brûle dans les rues, des jeunes portant des foulards palestiniens et jetant des pierres, et l’armée israélienne qui les affronte avec ses gaz lacrymogènes, ses grenades à bruit et ses tirs à balles réelles. Des villages palestiniens entiers sont en état de siège. Tels des incendies qu’on ne peut maîtriser, les affrontements se multiplient dansJérusalemet dans les zones palestiniennes de part et d’autre de laLigne verte.

Les causes premières de cette rébellion sont toujours les mêmes: le régime d’occupation israélien, l’apartheid et la colonisation rendent la vie desPalestiniensinsupportable. Pourtant, il y a des différences fondamentales entre aujourd’hui et naguère et ce sont les actions de la nouvelle milice des colons qui détermineront si, oui ou non, une nouvelleIntifadava se déclencher dans toute son intensité.

La différence la plus visible dans la réalité sur le terrain entre la première et la secondeIntifadasréside dans le rôle prépondérant des colons israéliens dans les attaques contre lesPalestiniens. La population des colonies s’est muée en milices bien armées, bien organisées et motivées par une idéologie. Elles organisent des raids dans les villages palestiniens, attaquent lesPalestiniensdans les rues et même chez eux, dans leurs foyers. Depuis la mort horrible, l’an dernier, du jeuneMuhammad Abu Khdeirbrûlé vif àJérusalemjusqu’au tout récent incendie criminel de la maison desDawabshahàDima,au cours duquel les parents et un enfant en bas âge ont perdu la vie, les colons ont mené toute une série d’attaques terroristes contre lesPalestiniens. Israëlencourage et soutient ces milices fanatiques pour qu’elles se chargent des besognes les plus sales de l’agression et de la répression israéliennes enCisjordanie.

Confiner de force les Palestiniens dans des bantoustans

Le discours inaugural du Premier ministre israélienNetanyahuà propos d’une «guerre totale», y compris la réoccupation de la majeure partie des zones résidentielles palestiniennes enCisjordanie– définies par les accords d‘Osloen tant que «zones A» – a été très apprécié de ces milices de colons et de leurs partis au pouvoir. Toutefois, comme l’ont fait remarquer très rapidement les organes israéliens de l’armée et des renseignements, un déploiement militaire massif enZone An’est ni dans l’intérêt des colons ni dans celui du reste de l’establishment politique israélien. Tous ont un but commun: expulser le plus grand nombre possible dePalestiniensdeJérusalemet du reste de laCisjordanieet les confiner dans les bantoustans emmurés spécialement créés pour eux. Le meilleur moyen d’y arriver est de concentrer la pression à l’extérieur de ces bantoustans.

Des quatre brigades militaires supplémentaires envoyées enCisjordanie, il n’y en a aucune dans les principales villes palestiniennes. Contrairement à lapremière Intifada, durant laquelle l’armée avait recouru à une violence extrême et avait effectué en permanence des patrouilles dans les villes palestiniennes afin d’en conserver le contrôle, ou, lors de laseconde Intifada, contrairement à la ré - invasion israélienne de laCisjordaniedans le but de détruire les infrastructures de l’Autorité palestinienne, cette fois, laZone An’est pas la cible des opérations.

Suivant la même logique que celles des massacres de la population palestinienne àGaza,Israëlattaque à partir de la périphérie. Les ghettos restent sous contrôle palestinien alors qu’Israëlrend la vie insupportable dans les 60 pour 100 restants de laCisjordanie, grâce à la construction du mur de l’apartheid, aux démolitions de maisons, à la menace immédiate de destruction de 89 communautés, au refus de l’accès à l’eau, aux check - points, aux confiscations de terres et aux attaques par les colons.

Les jeunes ont surmonté leurs craintes

Cette politique a un impact sur la résistance palestinienne. LesPalestinienssous menace directe d’épuration ethnique sont aux avant - postes des protestations. Les jeunesPalestiniensdeJérusalempoursuivent leur mission consistant à «secouer» le joug de l’oppression israélienne sur leur économie, leurs écoles et leurs maisons. Rien ne les intimide: ni les exécutions à bout portant ni les nouvelles lois punissant les jets de pierres de peines allant jusqu’à 20 années d’emprisonnement.

S’il est une raison pour laquelle les jeunesPalestiniensdeJérusalemsont plus souvent les auteurs des actuelles agressions au couteau, c’est bien la répression qui ne cesse de se durcir. Depuis l’homicide par le feu deMohammed Abu Khdeir, l’IntifadaàJérusalemn’a plus cessé. Dans le reste de laCisjordanie, des vagues périodiques de protestations vont et viennent, mais selon un tempo de plus en plus rapide. La semaine dernière, sept jeunes ont été tués et près de 800Palestiniensont été blessés. LesPalestiniensà l’intérieur de laLigne verte, qui sont confrontés à un racisme virulent, à un apartheid institutionnel et à des mesures d’épuration ethnique, ont organisé des protestations dans leurs villes et municipalités.

LesPalestiniensqui résident dans leszones Ade laCisjordanie,exception faite des camps de réfugiés, se sont pour une bonne part tenus à l’écart de la mobilisation, jusqu’à présent. Pour nombre d’entre eux, l’absence complète de direction politique pèse toujours trop lourd pour qu’ils engagent. Ni l’Autorité nationale palestinienne(ANP)ni les partis politiques palestiniens ne sont capables de proposer des directions stratégiques face au rejet parIsraëld’unÉtat palestinien.Ils ne peuvent répondre aux demandes palestiniennes en faveur de l’autodétermination – y compris le droit au retour et la fin de l’apartheid pour les citoyens palestiniens d’Israël. Ils ont été incapables de créer des structures pour dépendre leur peuple.

Révolte contre Israël et contre l’AP

L’actuelle explosion de protestations ne vise pas uniquementIsraël.C’est également une manifestation de la frustration des gens confrontés au choc de l’agression israélienne enCisjordanie. Leurs protestations expriment un désir général d’en finir avec une représentation inefficiente et inepte.

L’APest consciente de cette colère. Le récent discours deMahmoud AbbasauxNations unies, mettant en garde contre le danger de voir les mesures israéliennes «saper les structures de l’Autorité nationale palestinienne, voire mettre un terme à l’existence de cettedernière», n’était rien d’autre qu’un appel àIsraëlet à ses partisans à ne pas éroder complètement la capacité de l’APd’exercer son contrôle dans les bantoustans de laZone A. L’actuelle vague de protestations peut même servir à souligner son point de vue, selon lequel l’ANPest une pièce centrale dans le plan israélien d’épuration ethnique et de bantoustanisation de laCisjordanieà court terme.

Enfin, l’actuel partage de pouvoir entre l’occupation israélienne et l’APen tant que garante de la stabilité dans les bantoustans de laZone Ane durera pas. Afin que l’APpuisse conserver un minimum de crédibilité face à son peuple, elle doit se faire passer pour un mouvement national de libération en mettant fin à la coordination sécuritaire avecIsraël,en rompant ses accords économiques avecIsraël, en appelant aux boycott, désinvestissement et sanctions complets en vue d’isoler le régime colonial et d’apartheid israélien et de protéger son peuple. Si l’ANPagit de la sorte,Israëlva l’écraser. Et si elle n’assure pas ce programme minimum, le peuple palestinien va se révolter.

Le contexte politique, social et économique tout entier prépare la population palestinienne à cette insurrection. Les partisans de lasolution à deux Étatsont perdu espoir en unÉtat palestinien. La situation économique continue à se détériorer rapidement, même enZone A.Le chômage monte en flèche pour atteindre des chiffres désespérants. Les gens cherchent la dignité et un avenir pour eux - mêmes, ils cherchent la liberté et l’indépendance pour leur nation et ils ont l’intention d’en payer le prix. Les jeunes sont les protagonistes de cette rébellion. Via chaque vague de protestations, ils bâtissent de nouvelles structures populaires de résistance.

Il faudrait quand même voir siIsraëlet l’APsont capables de contrôler la recrudescence actuelle de la rébellion. Il y a deux jours, les institutions de sécurité israélo - palestiniennes se sont mises d’accord pour calmer la situation,NetanyahuetAbbasont fait des déclarations appelant à mettre un terme aux confrontations. Aujourd’hui, pourtant, la vague de protestations est plus forte que jamais dans toute laCisjordanieet à l’intérieur de laLigne verte, alors que les colons sont une fois de plus de sortie dans les rues pour s’en prendre auxPalestiniens.

Le véritable question n’est pas de savoir si une troisièmeIntifadava avoir lieu, mais plutôt de savoir quand elle sera assez forte pour durer. Le facteur décisif, c’est le projet israélien d’implantation coloniale. Même en l’absence d’une direction palestinienne efficiente, si les colons et leur État continuent à attaquer le peuple palestinien, nous assisterons tôt ou tard à l’émergence d’uneIntifadatotale s’appuyant sur une organisation émanant de la base.