Par Abdel Bari Atwan

Abdel Bari Atwan s’attarde sur les relations qu’établissent l’Egypte et l’Arabie et qui vont se tenir sur fond des divergences de vue au sujet des dossiers régionaux. Ainsi Atwan juge de courte durée les collations et les alliances politiques et militaires car elles prennent forme, essentiellement, pour des raisons personnelles(entre les leaders et chefs politiques) ou pour des raisons stratégiques. Les relations saoudo - égyptiennes en sont, peut - être, l’exemple le plus manifeste.

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Deux ans après le vif attachement annoncé par le Caire et Riyad, l’un à l’autre, et l’aide de plus de 30 milliards de dollars apportée par l’Arabie, les Emirats arabes unies et le Koweït à l’Egypte, sous le nom de crédit et financier(!), l’Egypte et l’Arabie se voient aujourd’hui confrontées à une détérioration de relations, ce qui n’est pas à être négligé même avec les flatteries d’Abdel Fattah al - Sissi lorsqu’il saluait le rôle et la direction de l’Arabie dans les cérémonies du Hadj, en ces dernières années, allant plus loin en disant que l’Arabie est remplaçable dans cette affaire!! Atwan avance deux questions importantes qui pèsent sur les relations Riyad / Le Caire: primo, la prise de positions envers les Frères musulmans autrement dit les groupes extrémistes et secundo, la prise de positions vis - à - vis de l’ordre syrien et les opérations militaires russes contre les terroristes en Syrie. Et le point qui mérite réflexion c’est que l’Arabie et l’Egypte s’éloigne sur ces deux affaires dans la mesure où cette divergence de vue s’est transformée en une confrontation. Un peu d’histoire pour être plus clair: les relations saoudo - égyptiennes ont commencé à se refroidir depuis le moment où Malek Salman Ben Abdel - Aziz est arrivé au pouvoir et a décidé, aussitôt, d’abandonner les politiques de son frère Malek Abdullah. Ainsi, il a changé les coalitions et les alliances régionales et opté pour une coalition régionale avec la Turquie et le Qatar, ce qui signifiait la fin de coopérations avec les Frères musulmans et ses sous - ensembles et l’adoption d’une position hostile envers les opérations militaires russes en Syrie pour éradiquer Daech. Certes, les relations des deux pays n’ont pas été encore rompues mais elles sont arrivées à une étape de dégradation considérable. A l’appui, on peut évoquer la non - participation de Malek Salman à la réunion de Charm el - Cheïkh, à laquelle ont participé les pays aidant l’Egypte. En effet, Malek Salman a quitté, très tôt, le Sommet arabe, déroulé fin mars, pour ne pas participer à la réunion de Charm el - Cheïkh, prévue pour quelques jours plus tard. Il a aussi annulé, ou peut - être reporté, sa visite au Caire, qui aurait dû se réaliser, il y a environ 20 jours, alors qu’il retournait de Washington. Tout cela témoigne alors d’un débrouillage dans les relations personnelles et politiques entre le président égyptien et le roi d’Arabie. Atwan rappelle ensuite que la détérioration des relations entre les Etats arabes ne s’apparaisse pas en général par des canaux diplomatiques mais via des messages indirects. Et en l’occurrence, le gouvernement égyptien a un long antécédent dans l’usage de l’arme puissant de médias. Un examen des journaux et des émissions télévisées de ces derniers jours en Egypte, montre, de la meilleure manière, que les médias égyptiens sont bourrés des analyses, reportages et articles, critiquant l’Arabie. A cela s’ajoute le fait(faut - il l’appeler impardonnable?) qu’une délégation du parti du Congrès yéménite, présidée par Ali Abdallah Saleh, l’ennemi farouche de l’Arabie, a été accueilli, récemment, au ministère égyptien des Affaires étrangères et que les chaînes yéménites liées à Abdallah Saleh telles que «al - Yaman al - Youm», «SABA» et «al - Iman», ont repris leurs activités sur NilSat(égyptien) d’autant plus que les médias égyptiens voire le gouvernement égyptien ne donne plus aucune attention ni importance aux progressions de la coalition arabe sur le territoire yéménite. Du côté saoudien, les Al - e Saoud ne sont pas tant habiles dans le jeu médiatique. A chaque fois qu’ils se sont engagés sur ce terrain, ils n’ont reçu que des résultats inverses!! Et pourtant, ils ont décidé, toujours, d’entrer dans cette compétition médiatique, se lançant dans une campagne indirecte de critiques contre l’Egypte et ses médias. L’Arabie est allée même plus loin en invitant, vers la fin du mois dernier, Yûsuf Al - Qaradâwî(un des célèbres membres des Frères musulmans, ennemi farouche des responsables actuels de l’Egypte) à participer aux cérémonies de la fête nationale, qui a été, d’ailleurs, couvertes très largement dans le but de transmettre un message puissant à l’Egypte. Il est donc à noter que le simple rappel du nom de Yûsuf Al - Qaradâwî devant le président égyptien, Abdel - Fattah al - Sissi provoque l’ire de ce dernier. Imaginez alors que cet ennemi d’al - Sissi est invité à l’ambassade saoudienne à Doha d’autant plus que l’ambassadeur saoudien et les autres diplomates saoudiens lui ont réservé un accueil chaleureux!! Le défi principal qui se dresse devant les responsables égyptiens c’est de savoir comment peuvent - ils créer un équilibre entre leur soutien manifeste aux raids aériens russes contre les positions des terroristes en Syrie et leurs relations stratégiques avec les Saoud et certains d’autres pays arabes du bassin du golfe Persique. En tout cas, le président égyptien a, récemment, eu un contact avec son homologue russe auquel il a exprimé son soutien officiel aux frappes russes contre les positions des terroristes en Syrie, ce qui témoigne de e que Sissi a décidé de s’éloigner de son ex - allié saoudien ou au moins opter pour une politique indépendante de ce régime, à l’échelle internationale, car il sait, bien, actuellement, que le pouvoir financier des Saoud s’affaiblit, vu la baisse des cours du brut d’autant plus que le bateau saoudien aux prises de la crise yéménite risque chavirer à tout instant…