Par René Naba
L’Iran a, d’ores et déjà, accédé au rang de «puissance du seuil nucléaire» contre la volonté des Occidentaux et hors leur technologie, indépendamment des péripéties des négociations internationales sur le nucléaire iranien.
[caption id = " attachment _ 29896 " align = " alignnone " width = " 498 "]Le ministre iranien des affaires étrangères. REUTERS / Carlos Barriarif[/ caption]
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Ce fait a constitué, en soi, un exploit technologique, en ce que cet objectif, hautement, stratégique a été atteint, en dépit d’un embargo de trente ans, doublé d’une guerre de près de dix ans, imposée à l’Iran, par Irak interposé, et d’une «guerre de substitution» à la Syrie, le maillon intermédiaire de l’axe de la Résistance à l’hégémonie israélo - américaine, dans la zone. Il a, de ce fait, suscité l’admiration de larges fractions de l’opinion de l’hémisphère Sud, en ce qu’il apporte la preuve éclatante que la technologie de pointe n’est pas incompatible avec l’Islam, dès lors qu’elle est soutenue par une volonté d’indépendance, débouchant, de surcroît, sur la possibilité, pour l’Iran, de se doter d’une dissuasion militaire, tout en préservant son rôle de fer de lance de la Révolution islamique. Dans une zone de soumission à l’Ordre israélo - américain, le cas iranien est devenu, de ce fait, un cas d’école, une référence en la matière, et, l’Iran, depuis lors, est devenu le point de mire d’Israël, sa bête noire, dans la foulée de la destruction de l’Irak, en 2003, et du quasi démantèlement de la Syrie, du fait d’une connivence souterraine tacite entre Israël et les pétromonarchies arabes, avec la caution du bloc atlantiste. John Kerry, secrétaire d’État américain, désireux de mettre la pression sur son homologue iranien, Mohammad - Javad Zarif, dans la dernière phase des négociations sur le nucléaire iranien, a fait mine de se lever, menaçant de quitter la salle de conférence, pour retraverser l’océan Atlantique et retourner aux États - Unis. Un geste, doublé d’une démonstration de force, sur le terrain, avec le test d’une version «sûre» de la bombe nucléaire B61-12, sans ogive, sur le site de Tonopah, au Nevada; Un test, ordonné, délibérément, par les États - Unis, en toile de fond des négociations de Vienne, comme pour forcer la main des Iraniens. Mohammad - Javad Zarif, qui signifie le cavalier magnifique, diplômé des universités de San Francisco,(Californie), et de Denver,(Colorado), se leva, alors, lentement, et fixant son interlocuteur américain, lui dit: «Nul ne saurait contraindre l’Iran». Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, opina dans le même sens que son allié iranien: «Nul ne saurait contraindre la Russie, non plus», a - t - il surenchéri, songeant, notamment, aux sanctions occidentales, dont la Russie en est l’objet, du fait de l’Ukraine. Répliquant à la démonstration de force américaine, la Russie et l’Iran ont, alors, avancé, depuis Moscou, une proposition, pour contrer l’expansion de l’OTAN à l’EST: Un contre projet de bouclier anti - missile de l’OTAN, commun à la Chine, l’Inde, la Russie et l’Iran. John Kerry, dont la fille a épousé un Iranien, aurait dû se souvenir que l’Iran, qui a inventé le jeu d’échec, - un jeu de patience, de calcul et de riposte oblique - ne se laisse pas, facilement, impressionner. Au delà des études comparatives sur les avantages et les inconvénients de l’accord, sur le nucléaire iranien, un délice du jeu habituel des experts, l’Iran a voulu adresser un message subliminal au reste du Monde, particulièrement, le Monde arabo - musulman, en pleine ébullition sectaire, en ce que l’Iran a voulu se poser en cas d’école et non, en menace du Monde arabe, majoritairement, sunnite?

La fable du nucléaire israélien

Passons sur cette fable: «Israël, unique démocratie du Moyen orient, sentinelle du Monde libre, face à la barbarie arabo - musulmane» ne saurait, en premier, introduire l’arme atomique, dans la zone, qui tient lieu de viatique, en dépit des supplices de Mordechai Vanunu, qui a eu l’audace de briser le tabou, en dépit des fuites répétées dans la presse spécialisée occidentale. Le motus est complet. Jalousement, gardé par les cornacs d’Israël, en Europe, particulièrement, la France. Le primat d’Israël conditionne le récit médiatique occidental et obère la crédibilité de sa démarche, en ce qu’elle révèle une distorsion de comportement des pays occidentaux, face aux puissances nucléaires. Les États - Unis et lUnion européenne contrôlent 90% de l´information de la planète, et sur les 300 principales agences de presse, 144 ont leur siège, aux États - Unis, 80, en Europe, et 49, au Japon. Les pays pauvres, où vit 75% de l´humanité, possèdent 30% des médias du monde. Israël, unique puissance nucléaire du Moyen - Orient, a, ainsi, constamment, bénéficié de la coopération active des États occidentaux, membres permanents du Conseil de sécurité,(États - Unis, France, Grande - Bretagne), pour se doter de l‘arme atomique, bien que non adhérent au Traité de Non - prolifération. Il en est de même de l’Inde et du Pakistan, deux puissances nucléaires asiatiques antagonistes, qui bénéficient, néanmoins, d’une forte coopération nucléaire, de la part des États - Unis et de la France, en dépit de leur non ratification du Traité de Non - prolifération nucléaire. L’argumentaire occidental gagnerait, donc, en crédit, si la même rigueur juridique était observée, à l’égard de tous les autres protagonistes du dossier nucléaire, au point que la Chine et la Russie, les principaux alliés de l’Iran, se sont dotées d’une structure de contestation du leadership occidental, à travers l’Organisation de coopération, dite «le groupe de Shanghai», pour en faire une OPEP nucléaire, regroupant les anciens chefs de file du camp marxiste,(Chine et Russie), ainsi que les Républiques musulmanes d’Asie centrale, avec l’Iran, en tant qu’observateur.

Le différentiel de comportement entre l’Iran et le Monde arabe

Au delà du conflit politique entre l’Iran, Chef de file de l’Islam chiite, et l’Arabie saoudite, Chef de file l’Islam sunnite, pour le leadership régional, et, au delà vers le Monde musulman, au delà des résultats des négociations sur le nucléaire iranien, se pose, d’une manière sous - jacente, le problème du différentiel de comportement, face aux Occidentaux, entre l’Iran et les pays arabes, principalement, les pétromonarchies et les pays gravitant dans leur orbite. Face au bloc atlantiste, l’Iran s’est présentée à la table des négociations, accoudée sur deux alliés solides, la Chine et la Russie, le chefs de file du BRICS, l’un des vecteurs du nouveau monde en gestation, quand l’Arabie saoudite engage une guerre contre le Yémen, à l’aide d’une coalition de 7 pays et à l’aide de mercenaires pilotes américains et français, à 7.500 dollars la sortie aérienne, sans le moindre résultat, quatre mois après l ' offensive contre le pays le plus pauvre du Monde arabe, et que les pétromonarchies arabes, majoritaires, au sein de la Ligue arabe, se prosternent devant les Occidentaux, pour solliciter leur intervention militaire contre des pays arabes, dans la pure tradition du néo colonialisme, accentuant, durablement, la sujétion arabe. Les suppliques de Youssef Qaradawi, implorant l’OTAN de bombarder un pays, la Syrie, qui a livré quatre guerres contre Israël, la connivence de Jabhat An - Nosra, la franchise d’Al - Qaïda, en Syrie, avec Israël, sur le Golan, un territoire syrien occupé, - non pour le libérer, mais pour faire tomber le régime de Damas -, la défection de Mous’ab Youssef, fils d’un fondateur du Hamas, la branche palestinienne de la Confrérie des Frères Musulmans, au profit d’Israël, et sa délation de Marwane Barghouti, un des chefs du combat national palestinien, en Cisjordanie, constituent autant d’illustrations pathologiques de la défragmentation mentale arabe et les ravages du sectarisme wahhabite, impulsé par la dynastie saoudienne.

Face à une cohorte de supplétifs:

Ahmad Chalabi, office boy irakien de l’administration américaine, lors de l’invasion de l’Irak; - Moussa’b Youssef, fils d’un des fondateurs du Hamas, indicateurs, pour le compte des services israéliens et délateur du dirigeant palestinien, Marwane Barghouti; Khaled Mecha’al, le chef politique de ce mouvement, branche palestinienne de la Confrérie des Frères Musulmans, à l’abri, dans sa luxueuse résidence climatisée, au Qatar, alors que la bande de Gaza demeure à l’état de ruine, un an après sa destruction, par Israël, l’allié souterrain des pétromonarchies du Golfe; Lokmane Slim, le Chiite de service anti - Hezbollah, pour le compte de l’ambassade américaine de Beyrouth; Bourhane Ghalioune et les Kodmani’s Sisters, Basma et Hala Kodmani, supplétifs syriens de l’administration française, lors de la guerre islamo - atltantiste contre la Syrie; Mounzer Safadi, agent de liaison syro - druze d’Israël, auprès des groupements jihadistes de Syrie - Jabhat An - Nosra, Da’ech et l’Armée Syrienne Libre; Nadia Fani, fille d’un grand syndicaliste tunisien, dont la cinéaste a dilapidé le capital de sympathie, par sa quête d’un rebond professionnel, auprès des élites mondialisées, représentées par l’ultra féministe islamophobe française, Caroline Fourest, actant sa soumission à la pensée dominante, par son voyage à Canossa - Israël, tout comme son compatriote tunisien, Hassan Chalghoumi,(guide de la Mosquée de Drancy France); Walid Farès, un des plus grands sanguinaires, parmi les dirigeants des milices chrétiennes de la guerre du Liban, reconverti dans l’expertise contre - terroriste, à Washington…L’Iran offre, en contrepoint de cette engeance, une brochette de dirigeants de premier plan, tous, formés, dans les universités occidentales, mais sans la moindre ambiguïté, quant à leur allégeance nationale iranienne. À l’exemple de l’équipe des négociateurs du contentieux nucléaire avec le groupe des pays occidentaux, dont voici la liste, à titre d’illustration: Mohammad Nahavandian. Chef du cabinet du Président Hassan Rohani,(Ph. D. Economie - George Washington University). Mohammad - Javad Zarif, ministre des Affaires étrangères et négociateur en chef aux négociations nucléaires. Diplômé de l’Université de San Francisco,(Californie), et titulaire d’un doctorat de l’Université de Denver,(Colorado). Ali - Akbar Salehi, Chef de la délégation iranienne, à la Commission de l’Énergie atomique de Vienne,(Ph. D. – Nuclear engineering Massachusetts Institute of Technlogy - MIT). Mahmoud Vaezi, ministre des Télécommunications, titulaire d’un diplôme d’ingénieur électrique de Sacramento et de San Jose State University,(Californie), d’un doctorat de l’Université de Louisiane, ainsi que d’un diplôme de relations internationales de l’Université de Varsovie. Abbas Ahmad Akhoundi, ministre des transports, titulaire d’un doctorat,(Ph. D. de l’Université de Londres. La mise en concurrence de la France et de la Russie, pour la construction de 16 centrales atomiques, en Arabie saoudite, pour la gestion énergétique de l’ère post - pétrolière, ne saurait remédier au handicap congénital fondamental de la dynastie wahhabite à son accession au savoir scientifique et à la maîtrise de la technologie, en ce que la pyscho - rigidité dogmatique saoudienne en constitue son plus puissant frein. L’Iran apparaît, ainsi, comme contre un parfait contre - exemple de l’Arabe saoudite, et constitue, à ce titre, une menace existentielle, pour la dynastie wahhabite et tous les cloportes gravitant dans son orbite. Le clivage n’est, donc, pas entre Sunnites et Chiites, mais entre reptiles et vertébrés.