Après ses échecs successifs, en Syrie, en Irak, au Liban et au Yémen, Riyad veut les compenser, ce qui nécessitera une évolution intérieure et un compromis avec les acteurs régionaux, dont l’Iran.
Selon le site d’information libanais, An - Nashra, les observateurs politiques, qui suivent les événements intérieurs de l’Arabie saoudite, depuis le début de son offensive militaire contre le Yémen, estiment que des évolutions importantes se produisent, en Arabie saoudite, mais qu’il ne faut pas considérer ces évolutions comme de véritables «changements». D’après ces analystes, il faut mettre ces évolutions, d’abord, sur le compte de la succession du pouvoir, après la mort de l’ancien roi Abddallah ben Abdelaziz, quand son successeur Salman ben Abdelaziz a procédé à la distribution des postes importants de l’Etat à ses proches. Mais une nouvelle vague de limogeages et de nominations a, également, eu lieu, à partir du 29 avril, et, maintenant, les observateurs attendent les retombées de ces événements, aux différents niveaux, intérieur, arabe, régional, et même, international. Sur le plan intérieur, ces récentes évolutions ont été, parfois, comparées à une césarienne, c’est - à - dire, un processus très rapide et brutal. Cela témoigne, sans doute, de l’existence de contradictions importantes, à l’intérieur du régime politique de l’Arabie saoudite, révélées au grand jour, suite au déclenchement de l’opération «Tempête décisive» contre le Yémen. Ces événements ont, d’ailleurs, montré que l’Arabie saoudite connaît des problèmes structurels très graves et très compliqués, qui engendrent des tensions non négligeables à l’intérieur de la famille royale, notamment, entre le clan des Sudaïri et les autres clans princiers. Mais cela ne se limite pas, seulement, à la famille royale saoudienne, car cette contradiction et cet écart sont, également, perceptibles entre les princes saoudiens et les citoyens de leur royaume. Il n’y a pas de fondements démocratiques, en Arabie saoudite. Les citoyens sont privés de la liberté d’expression. Les femmes n’ont pas le droit de cité, dans la société saoudienne. La perspective du développement politique, économique, culturel et social du royaume est décevante. Certains analystes des questions politiques et sociales des pays arabes du Sud du golfe Persique estiment que l’équipe, qui règne, actuellement, en Arabie saoudite, est, totalement, soumise aux visions idéologiques du Wahhabisme, tant, dans sa politique intérieure, que dans sa politique étrangère. Cela ne manque pas de créer de véritables dégâts, pour les intérêts du régime saoudien, à l’intérieur et à l’extérieur du pays. La moindre tension pourra, donc, provoquer de véritables conflits entre la nouvelle équipe dirigeant le pays et les institutions religieuses wahhabites, à l’intérieur de l’Arabie saoudite. Certains observateurs estiment que ces conflits idéologiques pourront dépasser le niveau actuel et se transformer en une confrontation directe, comme cela a été le cas, en Egypte, entre le camp du Président Abdel Fattah al - Sissi, d’une part, et de l’autre, le camp des partisans du mufti d’Al - Azhar, au sujet des modifications faites, dans les méthodes de l’enseignement et de la propagande des principes islamiques. En ce qui concerne l’Arabie saoudite, les évolutions récentes ont commencé avec la survenance de tensions bien perceptibles entre le prince Moqren et le ministre de la Défense, Mohammed ben Salman,(fils du roi), après le début de l’agression militaire contre le Yémen. La tension s’est propagée, ensuite, aux différents clans de la famille royale. D’après la fuite d’informations concernant des guerres du pouvoir, au sein de la famille royale, on dit qu’un nombre important de princes saoudiens s’est abstenu de signer la lettre d’allégeance au nouveau prince héritier. Parmi eux, il y a plusieurs membres du Conseil d’allégeance, dont: Ahmad ben Abdelaziz, Abdallah ben Abdelaziz, Mamdouh ben Abdelaziz, Motab ben Abdelaziz, Talal ben Abdelaziz, Bandar ben Abdelaziz, Turki ben Abdelaziz, Abdelrahman ben Abdelaziz. Parmi les jeunes princes de la troisième génération, nombreux étaient ceux qui n’ont pas signé cette lettre d’allégeance. Certains observateurs s’interrogent, aussi, sur les raisons la décision du roi Salman ben Abdelaziz de limoger son prince héritier, Moqren. Or, jamais un prince héritier saoudien n’avait été limogé de son poste, en Arabie saoudite. Il y a des indices, qui montrent que le prince Moqren n’était pas du tout d’accord avec les changements que le roi et ses jeunes partisans voulaient introduire, au niveau des postes - clés, en estimant que leur système politique était trop vieux et qu’il fallait y faire entrer un sang jeune, pour s’adapter au monde contemporain. D’après d’autres analystes, deux éléments étrangers ont influé, aussi, sur le processus des changements politiques, en Arabie saoudite. Il s’agit, d’abord, de la volonté des Etats - Unis, qui exigent des modifications fondamentales, chez leur allié saoudien. Le Président des Etats - Unis, Barack Obama, l’a exprimé, au moins, une fois, lors de sa visite, en Arabie saoudite, pour présenter ses condoléances au nouveau roi, à l’occasion du décès de son prédécesseur. Etant le premier chef d’Etat étranger à voyager, en Arabie saoudite, en compagnie de son épouse, le Président Obama a eu des discussions assez tendues avec les hautes responsables saoudiens. Selon des sources bien informées, le Président Barack Obama a déclaré, directement, au roi Salman ben Abdelaziz que l’Iran n’était pas un ennemi de l’Arabie saoudite, et que le vrai ennemi du régime saoudien était son intolérance avec ses propres citoyens, et avec ses voisins, dans la région, d’où la montée de l’idéologie du terrorisme takfiri, nourrie par l’idéologie wahhabite des Saoudiens. Le deuxième élément extérieur, qui a pesé sur les événements internes du royaume saoudien, est, sans doute, la guerre contre le Yémen. Mohammad ben Nayef,(nouveau prince héritier), et Adel al - Jubaïr,(nouveau ministre des Affaires étrangères), sont des vrais défenseurs de l’agression militaire contre le Yémen voisin. Ces deux hommes veulent - ils adopter une politique belliciste, au niveau régional, tant au Yémen, qu’en Syrie? Or, les Etats - Unis semblent chercher une solution diplomatique, pour la crise actuelle, au Yémen, en Syrie et en Irak. On dirait bien que l’Arabie saoudite veut compenser ses échecs successifs, en Syrie, en Irak, au Liban et au Yémen. Mais au lieu d’adopter une approche belliciste, les dirigeants saoudiens auraient plutôt intérêt à s’adapter aux réalités de la région et de leur royaume.