• Ce que dit la Constitution
Le nouveau gouvernement de Manuel Valls sera annoncé mardi 26 août dans l ' après - midi, après la démission de l ' équipe précédente la veille. Mais pourquoi une démission plutôt qu ' un simple remaniement? Les ministres contestataires auraient puêtre simplement «démissionnés», sans entraîner l ' ensemble du gouvernement avec eux.

Les deux cas de figure sont régis par l ' article 8 de la Constitution, qui ne fait pas de distinction formelle:

Le président de la République nomme le premier ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui - ci de la démission du gouvernement. Sur la proposition du premier ministre, il nomme les autres membres du gouvernement et met fin à leurs fonctions.

Il existe toutefois des différences de contexte assez identifiables: selon Arnaud Dilloard, docteur en droit,« la démission, souvent inéluctable, est provoquée par une perte de confiance entre l ' exécutif et l ' organe devant lequel il est responsable», en l ' occurrence le président de la République.

En revanche, dans le cas d ' un remaniement,« le gouvernement n ' est pas en déficit de confiance, il a encore les moyens politiques de gouverner, son chef reste le même et seuls quelques ministres sont concernés par un départ».

  • Une question d ' autorité

Selon l ' Elysée, c ' est effectivement une question d ' autorité: le choix d ' une démission de l ' ensemble du gouvernement« visait à s ' assurer que le nouveau[gouvernement] s ' inscrirait totalement et réellement dans la cohérence de la ligne fixée par le chef de l ' Etat».

Destiné à imposer leur autorité, ce geste survient alors que François Hollande et Manuel Valls voient leur popularité décroître dangereusement dans les sondages, sur fond de marasme économique persistant, avec une croissance à l ' arrêt au premier semestre et un chômage au plus haut.

Une telle démarche a permis à Manuel Valls de voir lundi chaque ministre un par un, en leur demandant de faire allégeance, renforçant ainsi la ligne gouvernementale et resserrant les rangs.

M. Valls a été nommé en avril à la tête d ' un«gouvernement de combat»précisément parce qu ' il détenait un capital de fermeté dans un exécutif qui en manquait cruellement.«S ' il n ' avait pas réagi, il n ' avait plus une once de crédibilité», reconnaît l ' un de ses partisans.

  • Et maintenant un discours de politique générale?

Avec cette démission, il ne s ' agit pas de revoir la ligne politique. Cette dernière doit au contraire être confirmée et le chef du gouvernement reconduit dans ses fonctions, comme l ' explique Arnaud Dilloard:

« Les départs forcés en raison d ' une divergence officielle de vue ne sont pas légion. Aujourd ' hui, la fronde est telle au sein de l ' exécutif que c ' est le président de la République lui - même qui a décidé de faire taire ces voix dissidentes. Mais il a décidé en plus de provoquer la démission de l ' ensemble du gouvernement(…); le président a voulu à la fois frapperfort et renouveler sa confiance envers le premier ministre dans un évident souci de cohésion.»

Cependant, la démission du gouvernement a conduit certains, comme Luc Chatel, secrétaire général intérimaire de l ' UMP, à réclamer que manuel Valls se livre à un nouveau discours de politique générale et engage sa confiance, comme il l ' a fait en entrant en Matignon il y a cinq mois:

« Ce qui est important, c ' est qu ' ensuite il aille devant le Parlement, qu ' il y ait un discours de politique générale, que nous sachions quelle sera la politique de ce gouvernement et qu ' il engage sa responsabilité devant l ' Assemblée nationale.»

Ce n ' est pour l ' instant pas le scénario privilégié, car il risquerait de mettre en évidence une forte méfiance des «frondeurs» au sein de la majorité socialiste. Or, qu ' il s ' agisse d ' un nouveau gouvernement ou d ' un simple remaniement, rien n ' impose à un premier ministre d ' en passer par là: seule la confiance du président lui est institutionnellement nécessaire.