On parle de pic quand la présence de polluants dépasse certains seuils. Au - delà du " seuil d ' information ", on doit prévenir les populations. Au - delà du seuil d ' alerte, les autorités doivent intervenir, par exemple en limitant la circulation automobile. Les pics d ' ozone surviennent majoritairement en été, tandis que le pic du mois de mars concernait lesparticules fines.

" Pour ces polluants, les normes baissent régulièrement et c ' est une excellente chose. Les seuils sont ainsi passés récemment à 50 microgrammes par m3 sur 24 h(pour l ' ozone) et 80 microgrammes(pour les particules fines). Il y a deux ans,le pic que nous avons eu en marsn ' aurait donc pas été considéré comme tel ", souligne le Pr Bertrand Dautzenberg, président de l ' Office français de prévention du tabagisme.

Et quand à Paris nous nous alarmions d ' avoir dépassé les 80 microgrammes; à Pékin, c ' était plutôt une bonne journée, car le taux de particules n ' était qu ' à 280 microgrammes par m3!

La formation d ' ozonefait suite à la dégradation de certains polluants sous l ' effet des UV. Ce polluant est particulièrement nocif pour les jeunes enfants dont les alvéoles pulmonaires sont en développement, explique le Dr Claude Lesne, spécialiste de la toxicité des polluants aériens, CNRS(1986-2010).

Les particules fines,dont la taille est inférieure à 2,5 microns, sont principalement dues à la combustion du bois(cheminées, cuisson), aux transports(notamment le diesel), au fuel et au charbon… Elles sont classées cancérogènes de niveau 1 par le CIRC(Centre international de recherche sur le cancer). Mais les réels effets de la pollution sont encore mal connus. Une grande étude a été lancée en avril sous l ' égide de l ' InVS(Institut de veille sanitaire). Elle mesurera d ' ici à 2016 l ' exposition aux polluants de la population française et son état de santé.

Certains y sont plus sensibles

Ces pollutions ont deux effets principaux: elles irritent le système respiratoire, et certaines molécules, en passant dans la circulation sanguine, prennent la place de l ' oxygène sur les globules rouges. Il s ' en suit une hypoxie, c ' est - à - dire une moins bonne oxygénation des tissus.

Premières victimes:les organes gros consommateurs en oxygène comme le cœur et le cerveau. C ' est pour cela qu ' un pic de pollution accroît la fréquence des AVC et des infarctus.

Les très jeunes enfants, les asthmatiques, les personnes âgées,les insuffisants respiratoires, les insuffisants cardiaques, les patients atteints de mucoviscidose supportent mal ces pics.

Prudence aussi pour les allergiques:la pollution rend plus agressifs les allergènes. Augmenter son traitement de fond contre l 'asthmeet les allergies est une bonne solution.

Les précautions que l ' on peut prendre

Si on fait un jogging ou du vélo:" On évite de courir au maximum de sa puissance ou de grimper des côtes trop pentues, car le sport intensif augmente considérablement la ventilation, et donc l ' inhalation de polluants ", précise le Pr Frédéric de Blay, président du groupe santé et environnement à la European Respiratory Society. Pour le reste, insiste le spécialiste, on mène une vie normale, on aère son domicile: tôt le matin ou tard le soir en cas de pic d ' ozone, dans la journée en évitant les heures où le trafic est le plus dense lors pics de particules. On fuit les boulevards passants et on préfère le kangourou à la poussette, car elle est à hauteur des pots d ' échappement. "

Les masques papierfiltrent les particules fines, mais pas les très fines. Vendus dans les pharmacies et les magasins de bricolages, ils s ' humidifient vite: " Le masque devient inefficace, il faut le changer tous les quarts d ' heure ", précise le Pr de Blay.

Chez soi, on n ' oublie pas d ' aérer

L ' air intérieur,auquel nous sommes exposés 90 % de notre temps est souvent plus pollué que l ' air extérieur. Cet air confiné comporte des allergènes(acariens, poils, moisissures des murs et des plantes), des irritants(tabac…), des COV(formaldéhydes, gaz de cuisson). Le meilleur moyen de dépolluer, c ' est d ' aérer! Gare, en revanche, aux huiles essentielles, àl ' encens, aux bougies parfumées… Tous ces moyens perçus comme naturels ou écologiques sont en réalité des sources importantes de particules et de COV.

En forêt, l ' air n ' est pas aussi pur qu ' on le croit

Les vents transportent les pollutions urbaines, les composés aromatiques libérés par les arbres se combinent à ces pollutions et entraînent une forte production d ' ozone. Autre paradoxe, à Strasbourg le centre - ville, piéton, est parfois plus pollué à l ' ozone que la périphérie. En effet, dans les zones de fort trafic, l 'oxyde de carbonechasse l ' ozone. Donc aller se promener au vert, oui, mais pas tout près des centres urbains les jours de grand vent!