Les résultats complets seront annoncés lundi, mais le président du Haut Conseil électoral a confirmé la victoire du premier ministre turc. Au son des klaxons et sous une nuée de drapeaux, ses partisans ont envahi les rues de la capitale Ankara après l'annonce de sa victoire par les chaînes de télévision turques.

« Aujourd ' hui est un nouveau jour, une nouvelle étape pour la Turquie, c ' est la naissance de la Turquie, qui va renaître de ses cendres», a lancé Erdogan à ses milliers de partisans venus l ' acclamer devant le siège de son Parti de la justice et du développement(AKP) à Ankara.

Erdogan après l ' annonce de sa victoire à la présidentielle le 10 août. | AP / Burhan Ozbilici

Avec 51,8 % des voix, il devance de treize points Ekmeleddin Ihsanoglu, candidat commun des laïques kémalistes et des nationalistes(38,5 %). Selahattin Demirtas, du Parti démocratique du peuple(HDP, principale force pro - kurde), a obtenu 9,7 %, selon les chaînes de télévision.

ROULEAU COMPRESSEUR

Grand favori de ce scrutin, l ' homme fort de la Turquie, 60 ans, au pouvoir depuis 2003, n ' avait pas caché qu ' il souhaitait garder la haute main sur l ' exécutif etrenforcer les prérogatives du chef de l ' Etat, jusque - là largement honorifiques, au prix d ' une réforme de la Constitution.

A la manière d ' un rouleau compresseur, le premier ministre avait écrasé la campagne par son charisme et la toute - puissance financière de son Parti de la justice et du développement(AKP), qui n ' ont laissé que peu de chances à ses deux rivaux.

M. Ihsanoglu, qui n ' a pu lui opposer que son image de grand - père rassurant mais sans relief, a dénoncé dimanche une« campagne injuste et disproportionnée»de son rival, mais sans parvenir à susciter le sursaut des« masses silencieuses»qu ' il espérait. Quant au candidat des Kurdes, un avocat de 41 ans, il n ' a pas réussi à mordre au - delà de cette communauté de 15 millions d ' âmes.

DÉRIVE AUTORITAIRE ET SCANDALESToujours populaire malgré les critiques et les scandales, le premier ministre est, lui, parvenu à mobiliser largement ses troupes. Paradoxalement, son triomphe intervient au terme d ' une année politique très difficile pour son camp. En juin 2013, des millions de Turcs ont dénoncé dans les rues sa dérive autoritaire et islamiste. La sévère répression de cette révolte a sérieusement écorné l ' image du régime. L ' hiver dernier, c ' est un scandale de corruption sans précédent qui a éclaboussé le pouvoir. M. Erdogan a dénoncé un« complot» de son ex-allié islamiste Fethullah Gülen, avant de purger la police et de museler les réseaux sociaux et la justice. Mais, même contesté comme jamais, Recep Tayyip Erdogan a remporté les élections locales de mars et reste très populaire dans un pays qu'il a débarrassé de la tutelle de l'armée et dont la majorité religieuse et conservatrice a profité de la forte croissance économique sous son règne.