Comment les jeunes sont - ils amenés à consulter?

Les jeunes viennent rarement volontairement dans les consultations jeunes consommateurs proposées(voir le site de la Mission Interministérielle de la lutte contre la drogue et la toxicomanie(MILDT):www. drogues. gouv. fr). Le plus souvent, ils sont mineurs et viennent poussés par les familles, après avoir été surpris en train de fumer du cannabis, en état d ' ivresse, ou pour des abus d ' écran. Nous enregistrons un pic de consultations début septembre, après les expériences de l ' été, puis fin novembre suite au premier bulletin scolaire et en avril avant le bac. Dans ces moments, les parents ouvrent les yeux ou sont plus inquiets. Parfois, c ' est le collège ou le lycée qui impose la démarche, voire la police en cas d ' infraction.

Les parents peuvent - ils venir seuls à la consultation?

Le plus souvent, l ' ado n ' envisage pas de cesser sa consommation car au début, la prise de produit lui apporte l ' illusion d ' une solution à son mal - être. Parfois, il refuse donc de venir et nous recevons les parents seuls. Mais ce n ' est jamais du temps perdu. Nous les conseillons surla manière d ' aborder le sujet avec leur enfant. Nous les déculpabilisons en leur montrant que la société estaddictogène, car elle facilite l ' accès aux substances licites ou non, et valorise des sensations toujours plus fortes, plus rapides. Ils ont tout intérêt à prendre contact le plus tôt possible et l ' ado peut venir consulter en étant mieux disposé dans un deuxième temps.

Comment s ' y prendre avec un jeune peu coopératif?

Nous le rassurons en lui expliquant qu ' on ne va pas lui imposer une psychothérapie. Ensuite, nous reconnaissons avec lui, sans le juger, qu ' il consomme ducannabis(ou de l 'alcool) pour faire la fête ou pour fuir une situation inconfortable. Puis nous lui proposons d ' évaluer sa consommation. Il affirme qu ' il n ' est pas accro, soit. Mais si ses parents disent l ' inverse, qu ' en est - il? On l ' aide aussi à peser le pour et le contre. Il admet souvent qu ' il perd un peu le contrôle quand il fume ou que ce n ' est pas toujours si agréable. C ' est alors qu ' il peut éventuellement envisager une baisse puis un arrêt de la consommation, par exemple en la supprimant en semaine, puis certains week - ends.

Le discours sur les risques pour la santé a - t - il une portée à cet âge?

Tout dépend avec qui. L ' ado plutôt équilibré ne se sent généralement pas concerné et il vaut mieux aborder le problème autrement. Mais celui qui fume pour pallier une vraie déprime ou une fragilité est plus réceptif et nous lui parlons des risques de développerun trouble psychique grave. Nous savons détecter ses fragilités et un relais avec un médecin peut se mettre en place.

Quels résultats obtient - on?

Les jeunes venus consulter ont intégré que ce qu ' ils consomment n ' est pas anodin. 70 % d ' entre eux reviennent, ce qui est positif. Après un deuxième rendez - vous, la moitié reconnait avoir réduit sa consommation, 60 % après une troisième ou une quatrième consultation. On discute aussi du contexte familial, amical, scolaire parce que la prise de ces substances ne peut être considérée isolément. Du coup, le jeune se sent soutenu globalement, pas seulement pour un problème en particulier, et cela l ' encourage.