Selon Le Monde Et si c’était tout simplement l’une des plus grandes réussites de la communication des Bleus? Depuis des mois, les journalistes qui suivent l’équipe de France entendent régulièrement les mêmes phrases revenir, que ce soit de la part de Didier Deschamps, de son staff ou des joueurs. Peu importe les questions posées, d’ailleurs." Vous avez vos questions, j’ai mes réponses ": la phrase restée célèbre de Georges Marchais, l’ancien secrétaire général du Parti communiste, semble parfaitement illustrer certains discours tout faits des Tricolores.
En politique, on appelle cela des éléments de langage. Dans le monde des Bleus post - Ukraine, ils peuvent se résumer en quelques slogans." La star, c’est l’équipe. " " Le collectif(ou" le groupe ", il y a plusieurs versions),c’est le plus important. "" Il n’y a pas de joueur plus important qu’un autre. "Combien de fois avons - nous entendu réciter ces phrases au cours des dernières semaines? Nous avons arrêté de compter.Pas de tête qui dépasseLes messages - subliminaux ou pas - qu’elles contiennent sont nombreux: pas de guerre d’ego, pas de jalousies; un groupe qui vit bien et motivé par un intérêt supérieur, celui de la représentation de l’équipe nationale durant cette Coupe du monde. Il faudra peut - être avoir la prudence d’attendre des moments plus difficiles que ce premier tour pour voir si ces discours ne se fissurent pas au fur et à mesure que la compétition avance. Mais disons qu’en attendant d’observer le comportement des Bleus face à des situations compromises, il ne serait pas raisonnable de ne pas apprécier ces louables intentions affichées. Il y a pourtant un hic. Car un message qui découle implicitement de cette communication répétitive semble s’être ancré dans l’inconscient collectif, et ce message est en partie faux. Cette équipe, dont l’âme véritable serait né un soir de novembre 2013 face à l’Ukraine, au stade de France, jouerait sans véritable leader. La star, ce serait le collectif, donc. Contrairement aux grandes équipes de France qui ont gagné des titres ou construit la légende des Bleus, celles de Platini et Zidane. Et, dans une moindre mesure, celle de Kopa. Knysna est passé par là, l’heure n’est plus vraiment à la célébration des individualités. L’équipe de France n’a pas de grand leader, entend - on. Le costume était trop large pour Franck Ribéry, qui n’est d’ailleurs pas là, et dont l’absence au Brésil - sans vouloir faire injure au talent du joueur du Bayern Munich - ne s’est pas fait cruellement ressentir jusqu’à présent. Pas de tête qui dépasse. Ces Bleus ont un collectif, et c’est encore mieux.Le football français avait repris le mythe gaulliste de l ' homme providentielObservons d’abord que la France du ballon rond a par le passé construit son histoire en s’appuyant sur la légende du grand leader. Ce fut Platini dans les années 1980. Puis Zidane une quinzaine d’années plus tard. Le football hexagonal semblait avoir transposé sur les pelouses le mythe gaulliste de l’homme providentiel. Ce mythe, comme beaucoup, repose sur une part de vérité, mais comporte aussi une grande part d’exagération. Si Michel Platini a porté les Bleus lors de la victoire à l’Euro 1984, avec ses neuf buts notamment, il ne faudrait pas sous - estimer l’importance du " carré magique " qu’il formait avec ses trois coéquipiers, Giresse, Tigana, et Genghini(remplacé ensuite par Fernandez). Lors de la Coupe du monde 1986, malgré un Platini affaibli, la France atteint d’ailleurs les demi - finales. Douze ans plus tard, Zinédine Zidane a certes offert la Coupe du monde à la France de deux coups de tête en finale. Mais il a aussi raté deux matchs cruciaux, lors desquels des piliers comme Didier Deschamps – tiens, tiens, nous y voilà déjà – ont permis à l’édifice de faire mieux que se maintenir. Le mythe du leader possède par ailleurs un défaut: faire reposer les espoirs de réussite sur les épaules d ' un seul homme. On l ' a vu en 2002, à trop miser sur le rétablissement de la cuisse de Zidane, cela peut avoir de fâcheuses conséquences. S’il n’est peut - être pas totalement infondé et qu ' il comporte même des avantages dans la mesure où il rappelle une évidence, celle que le football se joue à onze et avec des remplaçants, le nouveau mythe des Bleus sans leader, mus par leur force collective, a pour défaut de minimiser le rôle moteur de certaines individualités. Pourtant, dans cette équipe de France, " Bleu Brésil " n ' a pas eu de difficulté à trouver des leaders. Présentation et explications de cette liste subjective.Patrice se " kiffe " toujours en 2014. De quoi avoir le sourire. David Vincent / APPatrice Evra, le leader des vestiaires. Quoi, l’ex - capitaine chasseur de taupes – il en" rigole "aujourd’hui -, un véritable patron? On entend d’ici les doutes et les réactions indignées. C’est que Patrice Evra, souvent critiqué, ne laisse pas indifférent. A commencer par lui - même." Le Pat’ de 2010 et celui de 2014, je les kiffe tous les deux ", a - t - il lancé, un brin cabot, aux journalistes dans son appel du 18 juin 2014, pour sa première conférence de presse depuis une éternité. A 33 ans, le défenseur est l’un des Bleus les plus capés(60 sélections), une donnée appréciable au sein d’une équipe jeune et inexpérimentée. Franck Ribéry avait loué l’importance de son discours à la mi - temps du match contre la Biélorussie, en 2013. En conférence de presse, ses coéquipiers en équipe de France parlent souvent du latéral de Manchester United comme d’un grand frère qui distille des conseils. Une sorte de capitaine bis. Pour ne prendre qu ' un exemple des louanges de ses coéquipiers, citons Loïc Rémy:" Patrice a un rôle, peut - être le plus important dans le groupe Il a un impact, il nous parle beaucoup. Il a ce rôle de grand frère parce qu ' il nous parle beaucoup. A l ' intérieur du groupe, il fait énormément de bien. "Laissons enfin la parole au principal concerné:" Je suis déjà capitaine avec mon club, ça me suffit.Hugo Lloris est le capitaine des Bleus. Je n’ai pas besoin d’avoir un brassard pour parler dans le vestiaire. Etre capitaine, c’est honorable, c’est beau. Mais ce n’est pas ma priorité. "" Pat’ " n’a pas besoin d’un brassard pour asseoir son autorité. Les taupes peuvent trembler. On plaisante.Karim Benzema, en conférence de presse, à Ribeirao Preto, le 16 juin. Franck Fife / AFPKarim Benzema, le " leader technique ".C’était un jour d’octobre 2013, lors d’un amical face à l’Australie. Il y a une éternité. En ce temps - là, l’attaquant des Bleus avait quasiment perdu sa place de titulaire en équipe de France. Et pour cause: on ne comptait plus les matchs internationaux lors desquels il n’avait pas marqué. Ou plutôt si, le décompte s’effectuait, mais encore plus cruel, en minutes. 1222 minutes d’inefficacité pour un avant - centre. Une éternité. Jusqu’à ce centre de Franck Ribéry. Quand il fit trembler les filets, Karim Benzema entendit une partie du public du Parc des Princes le chambrer:" Il a marqué, il a marqué… "Le joueur aurait pu s’en agacer que l’on n’aurait pas été surpris. Il a préféré sourire et dresser un pouce en direction des spectateurs. Beau joueur. Interrogé à Ribeirao Preto sur cette scène, Karim Benzema a simplement résumé:" Cette image, elle est belle. J’ai rigolé avec les supporteurs qui sont derrière moi maintenant. "Didier Deschamps considère d’ailleurs ce match du 11 octobre comme un déclic. Toujours est - il que depuis l’Australie, la principale arme offensive des Bleus, c’est bien l ' attaquant du Real Madrid. Il a inscrit neuf buts en équipe de France depuis ce 11 octobre, dont un lors de la remuntada face à l’Ukraine au stade de France et trois lors de ce début de Mondial. Sans compter celui accordé au gardien hondurien ou celui refusé face à la Suisse, pour quelques secondes." Avec le forfait de Franck il a encore plus de responsabilités, estime son capitaine Hugo Lloris,mais je pense que c ' est un joueur qui aime ça. "Pour autant, Karim Benzema n’a pas le profil du meneur d’hommes:" Je peux parler beaucoup de football, pendant des heures, mais pas sur d’autres aspects. "Didier Deschamps sera - t - il auréolé au Brésil? Franck Fife / AFPDidier Deschamps, le vrai patron. Pour commencer, laissons la parole à Stéphane Meunier. Le réalisateur desYeux dans les Bleusa côtoyé le le capitaine de France lors de la Coupe du monde 1998. Et à écouter le documentariste, on a l ' impression que Didier Deschamps était plus qu ' un capitaine, pas tout à fait un sélectionneur adjoint, mais presque:" Aimé(Jacquet)avait une grosse responsabilité et du travail, et je pense que Deschamps aussi. Il avait une responsabilité vis - à - vis des autres joueurs. C ' était celui qui parle… "Après deux Coupes du monde marquées par un Raymond Domenech qui avait décidé de laisser les clés du vestiaires aux anciens en 2006 puis qui ne contrôlait plus grand - chose en 2010, Didier Deschamps a rappelé quelques évidences. On peut discuter, mais au bout du compte, c ' est le sélectionneur qui décide et les joueurs qui exécutent, pour reprendre une formule chiraquienne. Et il le fait sans états d ' âme, comme lorsqu ' il s ' agit de ne pas emmener Eric Abidal au Brésil, ou de laisser sur le côté Samir Nasri malgré sa belle saison à Manchester City." Je pense qu ' il va être implacable dans ses choix, se projetait Stéphane Meunier avant même le début de la Coupe du monde,sur l ' exigence qu ' il va avoir et sur les mensonges qu ' il va devoir nous faire pour le résultat, pour le bonheur final. C ' est ça, être intelligent. "Mamadou Sakho, en pleine séance de shampoing, face à l ' Equateur, mercredi 25 juin. Franck Fife / AFPMamadou Sakho, le leader du futur. Dans le " storytelling " des derniers mois, l’équipe de France est née le 19 novembre 2013. Tous les joueurs le répètent à l’unisson: ils n’ont pas vécu de moment plus intense depuis, même s’ils espèrent que le Brésil sera l’occasion de remplacer cet épisode fondateur par un match encore plus fort. Auteur de deux buts, le défenseur fut un élément central de la soirée enchantée face à l’Ukraine. L ' homme par qui est arrivée la réaction qu ' attendaient les spectateurs du stade de France. Mais à 24 ans seulement, son influence ne se limite pas au terrain, où son engagement physique est l’un de ses principaux points forts." Mamad’, c’est un leader de parole, qui parle dans le vestiaire et encourage ", résume Yohan Cabaye. Didier Deschamps l’a déjà qualifié de" leader naturel ". Venant du capitaine des champions du monde 98, le compliment n'est pas anodin.