Quelques “petits faits”(à la Stendhal), en l’espace de quelque chose comme 48 heures, et voici éclairée d’une lumière crue la scène où le bloc BAO nous joue et nous rejoue sans fin la grande tirade de la civilisation occidentale, de la démocratie, des droits de l’homme, des alliances “du cœur et de l’esprit”. Parallèlement, la crudité du double langage débarrassé de son double, entre “alliés” et “associés” du bloc BAO, s’impose d’une façon tonitruante et somme toute rafraîchissante, pour nous exposer la vérité des situations et des sentiments qu’ils se portent les uns aux autres … Voici donc les cloportes.
Le cloporte est un petit crustacé, – le seul crustacé entièrement terrestre, – évoluant dans les milieux humides et obscurs, notamment sous les pierres, dont la mission confiée à lui par le Créateur est fort utile pour sa participation «au recyclage de la nécromasse,[… en suscitant un]retour plus rapide des nutriments dans le sol». Respect… Mais “cloporte”, c’est aussi une expression argotique méprisante, désignant notamment “une vieille personne peu dynamique”, c’est - à - dire une sorte de troisième âge moisi et encombrant, aux entreprises douteuses et dérisoires. Il figure dans l’arsenal des insultes du capitaine Haddock et dans le symbolisme fameux d’un film de 1965, de la veine du populisme, anarchiste de droite et argotique(l’équipe Boudard - Simonin - Audiard, avec les metteurs en scène et les acteurs correspondants), où il était question de la métamorphose de minables petits voyous en escrocs de belle allure, une sorte de “révolte” aux dépens d’un truand de haute volée qui se fait ainsi arnaquer. C’est donc de ces cloportes - là que nous parlerons, en empruntant le titre du film(La métamorphose des cloportes), et dont la métamorphose se marquerait dans la dissolution de leurs sentiments obscurs et humides d’allégeance et de labeur, au profit d’un cynisme revendicatif vis - à - vis de leurs employeurs soudain placés en position vulnérable, eux - mêmes(les cloportes) poussés par une frustration qui ne cesse d’augmenter. Si vous jugez tout cela dérisoire, vous ne vous trompez pas car nous sommes dans une époque qui suscite dans son fonctionnement les extrêmes, jusqu’à faire croire à des interférences mystérieuses: plus les événements sont colossaux, plus les causes originelles en apparaissent absolument dérisoires. Des cloportes de plus en plus dérisoires(2 centimètres de long au mieux) ne cessent d’accoucher d’une nécromasse gigantesque, à la mesure deGaïaelle - même… Ainsi allons - nous exposer trois cas d’actualité qui illustrent cette étrange situation, qui l’éclairent en faisant surgir sa propre vérité.

Pour faire carrière à la CIA & au MI6, ignorez l’Irak

D’abord, nous revenons sur uneBrève de crisede ce même 24 juin 2014, qui décrit, justement à notre sens, les circonstances qui ont mené à l’ignorance extraordinaire des préparatifs de l’offensive d’ISIS en Irak. On ajoutera aux citations contenues dans ce texte celle - ci, venue de Michael Stephens, analyste de la branche qatari duRoyal United Services Institute(RUSI), qui nous explique les causes de l’indifférence complète de la CIA, du MI6 & Cie pour les informations venues des SR kurde sur la préparation de l’offensive IRIS - en - Irak. La cause se nomme simplement: carriérisme … Ainsi s’explique encore mieux l’amertume des officiers du renseignement kurde qui se sont confiés auTelegraph. On ne peut ignorer le découragement complet de Lahur Talabani, chef du service de renseignement kurde, qui laisse bien augurer des perspectives de coopération avec le bloc BAO(«I have completely lost hope in America after listening to President Barack Obama. I blame him personally for what has happened in Syria, in the Middle East, in Iraq at the moment. I have no hope any more»). Premier circonstance où l’on constate la fatigue psychologique des cloportes devant un tel gâchis … On peut d’ailleurs se demander qui est le cloporte de l’autre en la circonstance. Les officiers de la CIA et du MI6 ont montré, ou disons plus justement “confirmé”, la course de la dégradation de leur profession, en pleine accélération depuis 9/11 et la priorité absolue accordée au terrorisme et auxnarrativede communication qui vont avec. Le résultat est ce comportement où la seule mesure est la conformité aux exigences et aux impératifs de la communication, dans le chef des directions politiques et de la politique - Système que ces dernières ont pour charge de développer.

Kerry humilié au Caire

Tournons - nous maintenant vers l’Égypte, où John Kerry vient de faire visite. Il y apportait un double message, bien dans la manière d’Obama et de cet étrange bloc BAO, agissant en faux - nez du Système, qui croit habile d’exiger(et de payer) les allégeances d’une part, d’asséner les leçons de morale aux opérateurs de ces allégeances d’autre part. Ainsi son sens de l’équité est - il rencontré, sous les applaudissements du parti des salonards implanté dans les quartiers chics des capitales et lestalk - showsdes TV à la mode. Le résultat, pour John Kerry est conforme à la mise et à l’esprit de la chose, et un simple renouvellement du script habituel: un désastre et une humiliation pour les USA, où l’on trouvera mêlés les habituels paquets de $millions, la litanie des droits de l’homme et le sort de trois journalistes d’Aljazeera. Ainsi nous en instruit Simon Tysdall dans leGuardiandu 24 juin 2014: «Egypt ' s military - dominated government has delivered a humiliating, public slap in the face to John Kerry, the US secretary of state, by sentencing three al - Jazeera journalists to long prison terms only hours after Kerry personally expressed his deep concern about the case in high - level meetings in Cairo.[…]The verdict, by a court responsive to government wishes, will also be seen as a deliberate, crude signal to President Barack Obama, who criticised Egypt ' s deteriorating human rights record after the former general, Abdul Fattah al - Sisi, seized power in a coup last year. Sisi has since had himself voted president. His elected predecessor, Mohammed Morsi, and thousands of his Muslim Brotherhood supporters remain in jail while hundreds of others have been killed.»In what US officials said were “candid” talks with Sisi, Kerry “emphasised our strong support for upholding the universal rights and freedoms of all Egyptians, including freedom of expression, peaceful assembly and association”. He noted a number of promises by Egyptian leaders “are yet to be fulfilled”, but added that “the United States remains deeply committed to seeing Egypt succeed”. The hollowness of all this careful diplomatic language was exposed for all to see by the court ' s verdict, which diplomats and observers said was reached without the complication of supporting evidence. It seems clear now that Kerry was wasting his breath; the sentences were pre - determined, intended as a stark warning to Egyptian and foreign media and as a symbol of the regime ' s determination to demonstrate its independence of Washington.»This is ironic given that, before the talks, the US had made available most of the $575m(£328m) in military aid frozen by Congress after the coup against Morsi. Kerry offered more blandishments in the form of 10 Apache attack helicopters, which he said would be supplied to Egypt “very soon”. This is exactly the sort of deadly air power that Iraq ' s government has pleaded for but has so far been denied by Obama. Kerry must now be asking himself whether it was entirely sensible to offer such diplomatic, financial and military support to Sisi unconditionally before their meeting and before the court announced its verdict. This is not the way hard - headed, worldly - wise American secretaries of state, such as Henry Kissinger, George Shultz and James Baker, would have gone about it. All old Middle East hands, they would surely have driven a tougher bargain. On the other hand, they would all probably have placed America ' s and Israel ' s strategic interest in a strong, stable pro - western Egypt above human rights issues. Perhaps this is what Kerry has done, too.»

Décadence! La servilité sans loyauté

… On a rarement assisté, dans un épisode aussi réduit dans le temps, sur un sujet aussi bien identifié, de peu d’importance opérationnelle mais d’une importance très grande du point de vue symbolique et de la communication, à une humiliation aussi délibérément calculée pour donner son plein effet. L’acte en lui - même est de peu de poids du point de vue stratégique, du point de vue des “intérêts stratégiques” dont Tysdall parle dans ses deux dernières phrases, et alors on serait tenté de le considérer comme accessoire. On se tromperait grandement. L’acceptation cynique de l’aide US suivie de l’humiliation du donateur qu’on a décrit signale un état psychologique particulier, qui n’a rien de commun avec celui d’un Sadate ou d’un Moubarak accueillant un Kissinger, un Schultz ou un Bakerin illo tempore. Dans ce temps - là, le rapport maître - serviteur était coloré(!) d’une certaine complicité qui assurait la loyauté, – qu’on pardonne le mot, mais il n’y en a pas d’autre, – du second pour le premier. Dans le cas Sisi - Kerry, aucune complicité, donc aucune loyauté garantie, mais l’assurance de la trahison à la première occasion(n’est - elle pas déjà en cours, avec les manœuvres russo - saoudiennes à destination de l’Égypte?). Alors que, du temps de Kissinger - Schultz - Baker, le cynisme était celui des complices, aujourd’hui il est celui des dupes.

Coup d’État par les écoutes

Le dernier cas est, bien entendu, celui du ministre polonais Sikorski. En fait, c’est tout le gouvernement, sinon le système polonais qui sont secoués par le scandale des écoutes / des enregistrements qui éclate depuis plus d’une semaine avec les révélations du magazineWProstqui ont commencé il y a une dizaine de jours, et qui se composent actuellement de deux livraisons de révélations, les lundis 16 et 23 juin.(Wprostsemble suivre la “méthode” Snowden: disposition d’un fonds, avec distillation des révélations paquet par paquet.) On trouvera des appréciations complètes sur ce qui est présentement connu à ce jour, notamment dans un article deDeutsche Wellele 23 juin 2014 et un autre duChristian Science Monitorle 23 juin 2014. On observe qu’il s’agit d’un scandale qui paraît plus lié, selon les propres mots de Sikorski lui - même, à des activités de “crime organisé” qu’à des activités politiques. Le magazineWprostappartient à une personne, Sylwester Latkowski, au destin incertain, allant d’une implication dans une affaire de meurtres, à un séjour en prison pour fraude et vol par extorsion. Dedefensa. org