Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a été hué et chahuté à Soma, dans l’ouest de la Turquie, où il s’est rendu mercredi. L’explosion d’une mine de charbon, qui a fait au moins 274 morts, provoque une fronde populaire à travers le pays.

L’accident soulève une vive émotion dans le pays. Deux jours après l'explosion survenue mardi dans une mine de charbon de Soma, dans l'ouest de la Turquie, le dernier bilan fait état d’au moins 274 morts. Trois jours de deuil national ont été décrétés. Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, s’est rendu sur place, mercredi 14 mai. Lors de son intervention à la mairie de Soma, il a fait état d'une "enquête approfondie" sur les causes de l'accident et promis de faire toute la lumière sur cette tragédie. Il a aussi balayé les critiques, alors que son gouvernement est pointé du doigt, donnant des exemples d'accidents survenus dans plusieurs pays occidentaux et affirmant "que les accidents au travail arrivent partout dans le monde". À l'issue de son intervention, Recep Tayyip Erdogan a été hué par plusieurs dizaines d'habitants en colère, qui lui reprochent de négliger la sécurité dans le secteur minier. Certains manifestants scandaient : "Gouvernement démission !". Et malgré un nombre important de policiers, qui se sont immédiatement interposés, des manifestants ont donné des coups de pieds au véhicule dans lequel se trouvait le dirigeant turc. Manifestations pour dénoncer la passivité du gouvernement Mercredi à Istanbul également, des milliers de manifestants se sont heurtés à la police anti-émeute près de l'emblématique place Taksim. Les protestataires, pour la plupart membres de syndicats de gauche, ont scandé des slogans antigouvernementaux, tandis que la police répondait par des tirs de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc. Une manifestation d'étudiants a été dispersée à Ankara et d'autres rassemblements sporadiques ont été organisés dans les grandes villes du pays. Dans la soirée, la confédération des syndicats de la fonction publique (KESK) a annoncé sur son site qu'elle déclencherait un mouvement de "grève" dès jeudi pour protester contre ce qu'elle appelle le "massacre de Soma". Les explosions dans les mines sont fréquentes en Turquie, en particulier dans celles du secteur privé où, souvent, les consignes de sécurité ne sont pas respectées. Selon les médias locaux, trois semaines avant l’accident, le Parlement a refusé de former une commission pour faire un état des lieux sur la sécurité des mines en Turquie. Les trois partis d'opposition ont soumis des propositions qui ont toutes été refusées par l'AKP, le parti majoritaire de la justice et du développement. Le ministère du Travail a, quant à lui, publié un communiqué dans lequel il affirme que la mine de Soma a été contrôlée en mars et qu'aucune atteinte aux réglementations en vigueur n'a été relevée. Le bureau du procureur régional a lancé mercredi une enquête judiciaire sur cet accident. La recherche de survivants toujours en cours Sur place, en dépit des efforts ded secouristes, les espoirs s'amenuisent pour retrouver vivants une centaine de mineurs encore bloqués sous terre. Les brancards ne transportent que des cadavres. Le médecin responsable des secours pour l'association SAR (Search and Rescue), Erdem Bakin, a souligné les risques encourus par les sauveteurs. "On ne va pas au-delà de 100 mètres au fond de la mine, personne ne peut aller jusqu'au bout, c'est impossible car il y a de très grands risques d'asphyxie à cause du gaz", a expliqué le spécialiste, qui veut pourtant garder un peu d'espoir. Au moment de l'explosion, mardi après-midi, 787 employés se trouvaient dans les galeries souterraines. Selon les autorités, 363 mineurs ont été sauvés, tandis que la compagnie qui gère la mine en dénombre "près de 450". Plus de 80 personnes ont été blessées, dont quatre grièvement. L'explosion a apparemment été provoquée par un transformateur électrique.