Du point de vue économique, la France semble être intrinsèquement liée à la Russie par le cordon ombilical des grands projets à développer dont la très fameuse affaire «Mistral» ne représente qu’une infime partie. Gilles Rémy travaillant à la tête de l’une des plus importantes boîtes de conseil sur le marché russe, faisant partie du club très fermé des meilleures sociétés françaises présentes à l’étranger, tenait à nous expliciter sa propre optique des sanctions lâchées, telle une meute lors d’un hallali, contre Moscou.

La Voix de la Russie. Compte tenu du rôle que vous jouez au niveau des relations industrielles et internationales entre la France et la Russie, sauriez - vous nous présenter vos activités incarnées par le groupe CIFAL sur le marché russe?

Gilles Rémy. J’ai commencé mon activité professionnelle dans le commerce international encore à l’époque soviétique, en 1985, plus précisément. J’ai connu des étapes successives qui étaient la fin de l’Union Soviétique, le chaos des années 90 et la stabilisation des années 2000… La société dont je suis PDG est une très ancienne société du commerce international et de représentation industrielle. Nous travaillons très activement en Russie depuis des décennies dans des secteurs qui sont des secteurs de l’énergie, du nucléaire plus particulièrement, du pétrole, de la construction, soit en support d’une société française, soit par nos activités propres: nous avons plusieurs sociétés de droit local en Russie, dans le domaine de la traduction industrielle, de la gestion des ressources humaines ou de la logistique.

CIFAL est également très présent dans les pays de l’Asie Centrale et d’ailleurs c’est la seule société occidentale présente sur l’ensemble des pays autour de la Caspienne, du Kazakhstan à l’Azerbaïdjan en passant par le Turkménistan.

LVdlR. En entrant dans le vif du sujet, pourriez - vous nous donner votre approche du domaine économique. François Hollande vient de demander à ses alliés de l’OTAN de durcir les sanctions à l’encontre de la Russie? Le trouvez - vous normal?

Gilles Rémy. Comme la totalité des milieux économiques français je ne crois pas une seconde au préjudice des sanctions pour l’économie russe ou en tout cas si cela peut avoir des conséquences sur l’économie russe, cela aurait des conséquences bien - bien supérieures sur l’économie française et sur l’économie européenne.

Je crois que le risque dans lequel nous sommes aujourd’hui c’est une pression américaine qui est de plus en plus forte et qui vise principalement, outre l’aspect géostratégique, la pénalisation de l’industrie européenne très engagée sur le marché russe.

On ne peut pas considérer que la politique des sanctions soit uniquement du ressort européen. Les Etats - Unis jouent un rôle décisif dans ce domaine.

LVdlR. Un grand analyste de l’économie russe Jacques Sapir nous a raconté que de nos jours la France est devenue troisième exportateur en Russie. Peut - on encore améliorer ce résultat?

Gilles Rémy. Bien entendu, nous occupons une place de choix dans le développement de l’économie russe, car nos industries, notre savoir - faire sont tout à fait complémentaires. Je pense que c’est bien le cas dans le nucléaire et dans le secteur militaro - industriel, dans celui des infrastructures. Nous avons énormément à coopérer dans tous ces domaines!

Et je pense que si l’UE passait à un troisième niveau de sanctions, je pense que la France deviendrait la première victime de ces sanctions très probablement puisque par rapport à d’autres pays travaillant en Russie et très engagés dans l’industrie de la souveraineté que ce soit dans le domaine spatial, le nucléaire, l’énergie, évidemment nous souffririons beaucoup plus que les autres industriels européens!

Commentaire de l’Auteur. Désormais je suis tranquille: la Russie a su passer ses épreuves dans le domaine de la souveraineté industrielle. Ce n’est plus l’Etat moribond et gâteux qu’était l’URSS, mais un pays fort, aguerri, avec une économie militaire et civile bien développée puisqu’il y a même des exportations massives de l’agroalimentaire, de l’électricité, de l’aluminium, et même des machines et outils en direction de l’Asie, de l’Amérique Latine et des pays arabes. Il y a une autosuffisance de l’ensemble accouplé avec un pragmatisme monétaire à cent lieues de la politique insensée soviétique où il suffisait de se dire communiste pour avoir accès à des donations du matériel et denrées de la part d’un Etat idéologiquement sous - développé. En outre, la Russie d’aujourd’hui possède encore un produit qui manque cruellement à sa voisine l’Europe: l’idéologie religieuse et les valeurs traditionnelles de la nation, de la Patrie, de la famille dont les Français sont si nostalgiques en leur for intérieur. Alors on verra bien qui pourra vivre sans qui et au prix de quelles pénuries et privations.