La crise ukrainienne en cours qui a beaucoup de traits communs avec la « révolution orange »
avortée de ۲۰۰٤ / ۲۰۰۵ constitue en fait une réaction nationale à une politique dominatrice de l’Union Européenne. Après avoir intégré en ۲۰۰٤ une série de républiques issues du bloc soviétique anciens pays membres du COMECON et du PACTE DE VARSOVIE(Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie, Roumanie, Bulgarie) l’Union européenne a en effet mis en œuvre à partir de Mai ۲۰۰۸ une politique d’extension de sa zone d’influence pour l’étendre jusqu’aux frontières occidentales de la Russie en tentant de signer des accords d’association avec les anciennes républiques soviétiques: Belarus, Ukraine, Moldavie, Géorgie et Arménie. Trois mois après le lancement de cette politique le président géorgien Sakashvilli, fidèle agent des intérêts occidentaux dans son pays se lançait en Abkhazie et en Ossétie du Sud dans une aventure militaire à laquelle la Russie allait répondre avec la rapidité et le succès que l’on sait. Cette politique portant le nom aguicheur de « partenariat pour l’Est» est en fait à l’image de celle du partenariat méditerranéen une politique visant à imposer le libre - échange aux pays visés. Il s’agit d’une politique de domination sous tous ses aspects: idéologique, financier, économique et militaire acté dans ۸۰ ۰۰۰ pages de règlements à accepter en l’état et qui a le caractère d’un contrat léonin puisque l’UE négocie en tant que puissance économique globale avec chacun des pays - cibles. Que peut peser dans une négociation le gouvernement moldave face à ce mastodonte technocratique? Le Belarus solidement arrimé à l’espace économique russe par l’alliance douanière existant avec la fédération de Russie et el Kazakhstan n’a pas cédé aux pressions de Bruxelles, la Moldavie et la Géorgie elles ont cédé mais, au dernier moment et malgré les menaces de Barroso, le moins faible de ces Etats l’Ukraine, soucieux de maintenir des relations importantes avec son voisin russe s’est ravisée, engendrant le courroux de Bruxelles. D’où les manifestations pro européennes de Kiev de ces derniers jours où les manifestants bien formés – pas tous ukrainiens selon certaines sources -, bien encadrés et bénéficiant de la sympathie immédiate des médias occidentaux disposent de moyens matériels très importants: sonorisations puissantes, écrans géants, conteneurs de matériel installés en pleine ville, et pour certains d’entre eux ont recours à des outils qui dans l’Europe de rêve qu’ils défendent les conduiraient directement devant un tribunal de flagrants délits. Conduire des attaques de cordons de police à pied protégeant des bâtiments officiels avec un tractopelle est une action qui aurait peu de chances de rester impunie sous les cieux(pourtant si attirants pour ces manifestants) de l’UE. Mais le revers ukrainien de l’UE ne l’empêche pas de renoncer à sa politique expansionniste. Pour preuve un nouveau document établissant la carte des grands corridors de transport sur l’espace européen qui s’arrête très précisément à la frontière orientale de l’Union qui tend ainsi les bras aux futurs « partenaires de l’Est» à commencer par l’Ukraine, sans oublier la Moldavie et le Belarus Le paradoxe de la situation est que l’UE en période de crise, d’abord économique et sociale, mais de plus en plus en crise de légitimité – des voix toujours plus nombreuses s’élèvent ici et là pour demander ou la sortie de l’Euro ou même la sortie de l’UE – lance des programmes pour renforcer ses réseaux de transport et les projeter vers sa périphérie orientale, programmes dont la réalisation ne pourrait à terme que favoriser des relations économiques faciles et denses entre pays voisins engagés dans des programmes de coopération entre égaux qui constituent l’alternative la plus probable à la centralisation capitaliste orchestrée par l’UE et à la domination du continent par une technocratie au service des grands groupes capitalistes européens et étasuniens.Comarguer