«Le petit écran a étendu les frontières du village et du quartier à la dimension du globe.» Cette citation d'Hervé Bourges prend tout son sens quand il s'agit de parler aujourd'hui de la globalisation numérique et de la surveillance audiovisuelle planétaire, qui s'impose et qui monte à la vitesse de l'éclair. Cette ancienne lettre du village envoyée à dos de cheval de Troie et marquée par le sceau de l'amitié et de la fraternité a laissé place à l'émail électronique créé par un groupe de jeunots en panne d'idées et reçu dans un garage dans la Silicon Valley. Cette révolution numérique a créé une fracture sociale à laquelle l'Algérie et certains pays du Maghreb et du Moyen-Orient ne sont pas préparés ou ne semblent pas adaptés. Quand une ministre de la Ptic, Mme Derdouri, tente de minimiser la panique qui s'empare du monde suite à l'affaire Snowden, qui a créé un séisme diplomatique surtout au sein des pays partenaires de l'Otan, on est obligé de penser que peut-être la démarche est saine et justifiée. L'Algérie qui n'a pas des traductions numériques et qui obéit plus au téléphone arabe qu'à l'appareil de réception créé par l'américain Edison, n'avait rien à cacher ou à transmettre. Quand on sait qu'il existe seulement 3 millions de foyers algériens connectés à Internet et que la majorité des utilisateurs des nouvelles technologies numériques utilisent le Net à des fins de divertissement et de communication, on se pose la «net» question. Au moment où un jeune étudiant américain de 20 ans échoue à créer un lien d'amitié avec une fille et invente par vengeance intellectuelle, le plus vaste réseau de société rassemblant plus d'un milliard de personnes, l'Algérie, elle, échoue dans son programme gouvernemental Ousratic, qui visait à offrir un PC pour chaque foyer. Dans un gouvernement où le géant Microsoft n'a pas réussi à imposer son réseau de sécurité informatique, la protection électronique n'est pas sa priorité ni celle des utilisateurs algériens. Un gouvernement où la majorité des ministères fonctionnent encore avec des fax pour communiquer leurs actions, alors que cette pratique a disparu depuis dix ans en Europe, l'affaire Snowden n'inquiète pas le sommet. L'Algérie n'a aucune technologie à vendre pour être espionnée, aucune économie forte pour être découverte et aucune donnée politique claire pour être partagée. L'Algérie n'a pas de secret à révéler, pas de noms pour la présidentielle 2014, pas de candidats clairs pour avril prochain et surtout pas des plans de voiture hybride à copier ou de devise forte à dévaluer. L'Algérie qui n'a pas été touchée par la tempête des subprimes qui a plongé le monde occidental dans une profonde crise financière entre 2007 et 2011, ne sera pas touchée également par l'affaire Snowden qui a déclenché la plus vaste opération d'espionnage dans le monde. Elle puise en réalité sa richesse du ventre de la terre pour faire tourner ses entreprises économiquement. Elle n'avait pas besoin de Silicon Valley pour faire tourner son affaire. C'est pourquoi parfois, à quelque chose malheur est bon.