«Piégé»: tel est le commentaire qui revient le plus souvent dans la presse française après la volte-face du président américain Barack Obama, qui a annoncé la convocation du Congrès, et la désormais solitude de François Hollande dans le conflit syrien. «Comme Barack Obama, François Hollande est pris dans un tourbillon d'événements incontrôlés», écrit Pierre Rousselin dans Le Figaro, mais surtout, pour l'éditorialiste du quotidien libéral, le chefHollande «piégé» par la reculade d'Obama, selon la presse française de l'Etat est «piégé sur le front interne et bien isolé sur le front extérieur». Avec la défection des Britanniques et le recul des Etats-Unis, Philippe Waucampt (Le Républicain lorrain) estime amèrement que le président français est désormais «dans le rôle du cocu magnifique». Pour François Sergent de Libération, «Hollande peine à justifier la guerre». Et si «le Président, dans la constitution monarchique de la Ve République, a tout pouvoir pour faire la guerre», relève-t-il, «peut-il aujourd'hui être le seul chef d'Etat à user de la force sans un vote de la représentation nationale, sans même un discours ?» «Le piège s'est refermé pour ces responsables occidentaux qui s'étaient avancés très vite en annonçant leur volonté de +punir Damas qui aurait fait usage de gaz mortels+», constate Dominique Quinio dans le quotidien catholique La Croix. Patrick Apel-Muller pose cette question dans le quotidien communiste L'Humanité: «Comment décréter la guerre ou la paix pourrait-il être l'apanage d'un homme seul au XXIe siècle ?» Tout en estimant «intenable l'alignement de François Hollande, résolu à décider contre une énorme majorité de Français et à se passer de l'assentiment de la représentation nationale». Dans le journal économique Les Echos, Cécile Corduret pense que «soucieux de sauver la face, l'exécutif maintient ses ambitions et refuse de demander un vote au Parlement, comme l'ont fait ses alliés». Selon elle, «c'est aussi une position à contre-emploi». Selon des analystes, la semaine s'annonce extrêmement compliquée pour François Hollande. Le chef de l'État est contraint de temporiser après la décision de Barack Obama, samedi, de consulter le Congrès, en congé jusqu'au 9 septembre. «Sur le front intérieur, le président de la République doit faire face à la contestation croissante de l'opposition qui réclame un vote au Parlement - et pas seulement le simple débat prévu mardi », ajoutent-ils. Jeudi et vendredi, au G20 de Saint-Pétersbourg, Hollande, devenu au débotté le meilleur allié de Washington, pourra difficilement échapper au vent polaire qui souffle entre Barack Obama et Vladimir Poutine. Entre-temps, jeudi à Vilnius, en Lituanie, Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense, fera face à ses homologues européens, confortés pour la plupart par le «no» britannique à l'intervention en Syrie. Bref, la passe est délicate pour le chef de l'État qui a revêtu une nouvelle fois l'uniforme. Presque un vrai moment de solitude.