Après un long 'teasing' orchestré de main de maître, Motorola a donc finalement levé le voile sur le Moto X, le premier smartphone de l'ère Google, nouveau propriétaire de l'américain. On allait voir ce qu'on allait voir, promettait le fabricant à longueur de bribes d'informations distillées pendant plusieurs mois. Avec ce terminal 'made in USA' (un argument supplémentaire ?), Motorola allait enfin renouer avec le succès, lui qui avait pendant de nombreuses années trusté la place de deuxième vendeur de la planète derrière Nokia avant de sombrer corps et âme dans les limbes des classements mondiaux, parfaitement incapable de se renouveler. Est-ce donc le jour de gloire pour le fabricant ? Si le Moto X ne semble pas être un smartphone raté, il n'apporte pour autant pas la rupture annoncée, celle qui en ferait un incontournable. Le design d'abord. S'il s'agit toujours d'une affaire de goût, on peut toujours constater que ce Moto X suit fidèlement la tendance à l'uniformisation des form-factors. Rien ne le distingue de ses concurrents directs, notamment les Samsung. On sait que proposer un design de rupture peut être pénalisant, les consommateurs aimant être rassurés mais ici, pas l'ombre d'une originalité. 2000 combinaisons, et après ? Quant aux finitions, le plastique est encore une fois à l'honneur. Certes, cela fait baisser le prix unitaire mais cela ne donne pas forcément envie. Pour un retour en force, on s'attendait peut-être à un peu mieux, Motorola aurait peut-être du lorgner du côté de Sony (Xperia Z) ou même HTC (avec le One) qui ont mis l'accent sur des matériaux nobles comme l'aluminium. Côté technique, Motorola n'a pas cherché à jouer la carte de la course à la puissance même si son smartphone est 4G, motorisé par un Qualcomm Snapdragon S4 Pro cadencé à 1,7 GHz associé à deux cœurs spécifiques, et épaulé par 2 Go de RAM. L'appareil photo ne fait "que" 10 megapixels mais a-t-on vraiment besoin de plus ? Nokia pense que oui. Par ailleurs, le Moto X ne propose qu'une résolution 720p et pas 1080p. Pourtant, la photo et la vidéo sont au coeur des usages actuels. Par contre, le fabricant promet 24 heures d'autonomie, ce qui pourra apparaître comme un atout de taille si évidemment cela se vérifie. Non, très vite, Motorola a mis en avant les capacités de personnalisation de son bébé promettant "le premier smartphone que vous pouvez dessiner vous-même". En effet, le Moto X pourra être personnalisé au moment de la commande sur le site dédié Moto Maker. Mais au final, l'utilisateur pourra jouer avec les couleurs de la coque (ultra déjà-vu), de la bordure et des boutons. Motorola promet 2000 combinaisons possibles. Et après ? La personnalisation des smartphones n'est pas une nouveauté et le fabricant n'apporte finalement rien de neuf. Par ailleurs, il faut noter que cette possibilité n'est pour le moment offerte qu'aux abonnés d'AT&T, puisque réalisée uniquement dans l'usine texane du groupe. La question est de savoir si Google prévoit d'étendre le concept au monde entier, ce qui semble peu probable. Des innovations gestuelles vraiment utiles ? La filiale de Google a également voulu mettre l'accent sur l'ergonomie. C'est peut-être le point où le Moto X possède un vrai atout. Avec l'assistant Google Now, toujours à l'écoute, il est possible d'activer des fonctions ou de programmer des tâches à la voix. Quand on se saisit du téléphone, les notifications apparaissent sur l'écran de verrouillage, quand on le secoue, l'appareil photo s'active... Sur le papier les idées sont intéressantes mais ne relèvent-elles pas du gadget ? Le pilotage à la voix, déjà vu avec Siri sur iOS, est amusant cinq minutes mais constitue-t-il une ergonomie fondamentale ? Est-ce un argument de vente suffisant ? Quant à l'ergonomie gestuelle, attendons de vérifier son efficacité. On se souviendra que les innovations de ce type développées par Samsung pour le S4 étaient prometteuses mais finalement assez pénibles à l'usage et de nombreux utilisateurs préfèrent désormais s'en passer. Bref, encore une fois, est-ce un argument de vente ? Finalement ce Moto X ne viendra pas concurrencer Apple, Samsung, HTC et Sony sur le haut de gamme. Il ne vise pas non plus les technophiles. Ce n'est pas son objectif. Avec un prix en-dessous des 200 dollars avec abonnement et un focus sur la personnalisation et l'ergonomie, Motorola cherche à séduire, le milieu du marché avec des attentes assez basiques. Dans ce cadre, le fabricant américain a peut-être sa carte à jouer. Mais par rapport à toute l'opération marketing qui a été organisée, par rapport à l'attente suscitée et aux promesses qui ont été faites, on peut raisonnablement etre un peu déçu. Ce Moto X n'est-il qu'un Androphone de plus ?