Désireux de se faire entendre par les personnalités étrangères en visite au Caire, les partisans de Mohamed Morsi étaient loin du compte mardi, où ils n’étaient que quelques milliers à manifester dans l'après-midi en plusieurs endroits du Caire pour réclamer le retour au pouvoir du président déchu. La mobilisation des “Frères musulmans” était bien modeste, et loin du “million de personnes” ambitionné par les organisateurs pour la journée de mardi. En effet, seuls quelques milliers des partisans de Mohamed Morsi, déterminés à poursuivre leur bras de fer avec l'armée, ont défilé dans l'après-midi en plusieurs endroits du Caire pour réclamer le retour au pouvoir du premier président élu démocratiquement du pays. Ces manifestations, placées sous le slogan “Les martyrs du coup d'État”, entendaient notamment dénoncer ces violences à proximité de la mosquée Rabaa al-Adawiya, où les pro-Morsi tiennent un sit-in depuis un mois. Mais, le constat est là, les “Frères musulmans” semblent avoir perdu leurs capacités de mobilisation, qui faisaient leur force jusque-là. Ceci étant, le vice-président, Mohamed El-Baradeï, a douché une nouvelle fois les espoirs des pro-Morsi, réaffirmant que l'ancien président avait “échoué” et rejetant l'idée qu'il puisse participer au processus de transition. Toutefois, a-t-il souligné, “les Frères musulmans font toujours partie du processus politique, et nous voulons qu'ils y prennent part”. Pendant ce temps, les anti-Morsi font vibrer la corde nationaliste. “À bas l'occupation des Frères musulmans”, “30 juin jour de la libération”, triomphent les graffitis au pied de la statue d'Oum Kaltoum, chanteuse et égérie du patriotisme égyptien et arabe. Les vainqueurs de la rébellion anti-Morsi jouent la carte du nationalisme en assimilant les islamistes à une puissance étrangère. Ce climat, qui vire volontiers au chauvinisme, en particulier envers les Palestiniens et les Syriens, indistinctement soupçonnés d'être des agents dormants islamistes, inquiète de rares figures intellectuelles en Égypte, largement inaudibles dans le concert de louanges à l'armée. Les autorités de transition ont regretté l'effusion de sang mais en ont rejeté la responsabilité sur les militants des Frères musulmans, le mouvement du président déchu Mohamed Morsi. La seule charge officiellement retenue contre le président déchu, placé au secret par l'armée depuis sa destitution le 3 juillet, porte sur les circonstances de son évasion de prison à la faveur de la révolution qui a emporté son prédécesseur Hosni Moubarak en 2011. Il est accusé de complicité d'opérations meurtrières imputées au mouvement islamiste Hamas, branche palestinienne des Frères musulmans, au pouvoir à Gaza. Un tribunal égyptien a statué le 23 juin que le Hamas et le Hezbollah chiite libanais étaient impliqués dans cette évasion massive de prisonniers, une procédure qui a suivi son cours malgré la chute du régime Moubarak et l'élection de Mohamed Morsi. La poursuite du bras de fer entre armée et pro-Morsi fait redouter de nouveaux bains de sang, notamment après la mort de 81 civils et d'un policier dans des affrontements entre islamistes et forces de l'ordre samedi au Caire. À signaler, enfin, qu’un soldat égyptien a été tué mardi dans le Nord-Sinaï, le cinquième membre des forces de sécurité à trouver la mort en 36 heures dans l'instable péninsule du nord-est égyptien, ont indiqué des sources médicales et de la sécurité. Des hommes armés ont attaqué un bâtiment militaire à Al-Arish, capitale régionale, tuant le soldat par balles, ont précisé ces sources. Depuis lundi, trois policiers et deux soldats ont été tués dans le Nord-Sinaï.